Agriculture: entre « esprit de conquête » et « déception », les débats lancés à l’Assemblée
Entre l'"esprit de conquête" de la majorité et la "déception" des oppositions, le projet de loi sur l'agriculture a entamé mardi...

Agriculture: entre « esprit de conquête » et « déception », les débats lancés à l’Assemblée

Entre l'"esprit de conquête" de la majorité et la "déception" des oppositions, le projet de loi sur l'agriculture a entamé mardi...
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Par Isabelle CORTES, Charlotte HILL

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Entre l'"esprit de conquête" de la majorité et la "déception" des oppositions, le projet de loi sur l'agriculture a entamé mardi huit jours de débats au long cours à l'Assemblée, allant du prix payé aux agriculteurs à l'alimentation et au bien-être animal.

Après les quatre mois d'Etats généraux de l'alimentation, le texte est "équilibré" et "bien éloigné des visions parfois folkloriques" de l'agriculture, a affirmé le ministre Stéphane Travert (ex-PS) en ouverture, vantant "un changement de paradigme", notamment pour rendre l'"esprit de conquête" à l'agriculture.

Député de la Creuse et éleveur, le rapporteur Jean-Baptiste Moreau vante un texte "ambitieux" pour répondre aux "réalités du terrain".

Objet d'une intense mobilisation des députés et lobbies, le projet de loi a suscité plus de 2.300 amendements, entamés passé minuit. Et le temps programmé des débats, "tronqués" selon certains groupes ou non inscrits, a été rallongé sur demande LR : l'Assemblée siègera, week-end compris, jusqu'au vote mercredi prochain.

Premier volet : mieux rémunérer les agriculteurs dans un contexte de "guerre des prix" dans l'agroalimentaire, en inversant la construction du prix pour partir du coût de revient des agriculteurs.

"Un agriculteur sur deux gagne moins de 350 euros par mois" et "un agriculteur se suicide tous les trois jours", a souligné Richard Ramos (MoDem), pointant "le fossé que la grande distribution a largement creusé entre agriculteurs et consommateurs".

Si "tout le monde partage l'objectif", selon le rapporteur, les réponses ne font pas l'unanimité.

Les LR, tels leur président et ex-responsable syndical agricole Christian Jacob, songent à voter contre une loi qui "n'accouchera pas de grand-chose".

A l'offensive pour le démarrage de l'article 1er, ils ont notamment plaidé pour des "indicateurs publics", car, "entre David et Goliath, le risque est que la grande distribution fasse des pressions autour du prix."

Pour Charles de Courson (UAI), "si nous ne cassons pas la concentration de pouvoir renforcée vers quatre groupements d'achat, la contractualisation ne sert à rien".

Le ministre a défendu la contractualisation, qui "ne peut fonctionner que si les agriculteurs utilisent les outils supplémentaires de regroupement".

- "Cul entre deux chaises" -

Comme certaines organisations agricoles, FNSEA en tête, pour qui "l'attente est immense", les LR jugent le texte pas à la hauteur sur "les charges" et "le poids des normes". "Rien sur la PAC", le foncier, les accords de libre-échange, critiquent aussi ses orateurs.

"Nous sommes tous, d'une façon ou d'une autre, des filles et fils de paysans. Montrons-leur que l'amour que nous leur portons n'est pas que dans le pré", a glissé Julien Dive.

Et "s'il y a du bon dans cette loi", a jugé mardi Michel-Edouard Leclerc sur son blog, "il y a de l'enfumage" pour "regonfler les marges de certains distributeurs". "Mauvaise foi" et "stratégie : diviser les et monter les contre eux", a riposté sur Twitter le rapporteur.

A gauche, les socialistes affichent leur "déception" devant un volontarisme "trop peu affirmé". "On attendait la marche en avant, on se retrouve avec un pas de côté", selon Guillaume Garot, ex-ministre délégué à l'Agroalimentaire, dont le groupe entend "donner de la chair".

Pour les communistes, ce texte, "corseté par son idéologie libérale", "de près, ce n'est rien". "Vous avez manqué de courage" en évitant "l'affrontement contre la grande distribution", a reproché leur président André Chassaigne, dépeignant la contractualisation comme "une farce".

L'Insoumis François Ruffin a critiqué "une loi famélique" et une majorité "le cul entre deux chaises" qui "tente de réguler un peu et signe le Ceta, les accords avec le Mercosur, le Mexique".

Le second volet sur une alimentation plus saine et durable plus un respect du bien-être animal promet des débats "plus musclés", anticipe le rapporteur, prévoyant que LR "nous présente en vilains écolos bobos".

Il y aura des "oppositions internes" par "conviction personnelle" chez LR, PS, "chez nous aussi", selon lui.

Chef de file MoDem, Marc Fesneau a appelé devant la presse à ne pas "braquer" le monde agricole sur "des situations où il n'y a pas de solution même technique", Nicolas Turquois, agriculteur, avertissant contre une loi "trop bobo".

Des élus de plusieurs groupes, y compris certains marcheurs comme Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot, espèrent néanmoins "de nouvelles avancées", dont une "programmation raisonnée de la fin du glyphosate" gravée dans la loi. Sur le glyphosate, l'ex-ministre PS Delphine Batho a affirmé que l'Uipp (Monsanto, Bayer, etc) avait eu accès ces dernières semaines à son amendement d'interdiction "plus de 90 heures" avant les députés.

Le bien-être animal promet également d'agiter l'hémicycle.

Au lendemain d'un appel de Brigitte Bardot entre autres pour la vidéosurveillance dans les abattoirs, l'UAI Thierry Benoît a ironisé sur la "retraitée de Saint-Tropez" là où Olivier Falorni (non inscrit) a défendu la vidéosurveillance, "promesse électorale d'Emmanuel Macron".

parl-ic-chl/bd

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