Aides d’Etat : le Sénat renforce les contreparties environnementales imposées aux entreprises
Le Sénat, à majorité de droite, a adopté contre l’avis du gouvernement et du rapporteur LR un amendement communiste qui vise à renforcer les contreparties environnementales imposées aux entreprises aidées par l’Etat. Elles devront baisser leurs émissions de gaz à effet de serre.

Aides d’Etat : le Sénat renforce les contreparties environnementales imposées aux entreprises

Le Sénat, à majorité de droite, a adopté contre l’avis du gouvernement et du rapporteur LR un amendement communiste qui vise à renforcer les contreparties environnementales imposées aux entreprises aidées par l’Etat. Elles devront baisser leurs émissions de gaz à effet de serre.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

C’est le genre d’amendement qui passe tard, en fin d’examen d’un texte. Contre l’avis du rapporteur général de la commission des finances, le sénateur LR Albéric de Montgolfier, et du gouvernement, le Sénat a renforcé les contreparties environnementales imposées aux entreprises qui bénéficient d’aides de l’Etat. Une mesure votée dans le cadre de l’examen du troisième projet de loi de finances rectificative. Elle pourrait concerner des entreprises comme Air France ou Renault.

Le Sénat, bien qu’à majorité de droite et du centre, a adopté peu avant minuit, dans la nuit de dimanche à lundi, cet amendement du groupe CRCE (communiste). Un amendement adopté à main levée, sans débat, au terme d’un week-end d’examen de plus de 1000 amendements déposés sur ce texte. Etant adopté contre l’avis de la majorité sénatoriale et du gouvernement, il ne serait pas surprenant qu’il ne soit pas conservé en commission mixte paritaire, où députés et sénateurs chercheront un texte commun.

« Baisse minimale des émissions de gaz à effet de serre de 7,6 % »

L’amendement du sénateur du Val-de-Marne, Pascal Savoldelli, vise à renforcer une mesure déjà votée par les députés. « L'article tel que voté à l'Assemblée nationale ne semble pas satisfaisant dans la mesure où il ne concerne que les entreprises qui réalisent plus de 500 millions de chiffre d’affaires et seulement lorsque l'Etat est rentré au capital » soulignent les sénateurs communistes dans le texte de l’amendement, qui permet d’« élargir le champ des entreprises concernées ». Les sénateurs du groupe CRCE, qui compte aussi dans ses rangs les écologistes Guillaume Gontard et Esther Benbassa, « estiment que l'ensemble des aides d'Etat et pas seulement la participation directe via l'agence de participation de l'Etat doivent faire l'objet de contreparties environnementales réelles ».

Sur ces contreparties, l’amendement apporte des engagements chiffrés. Il vise les entreprises « dont plus de la moitié du bilan carbone serait liée à l’utilisation directe ou indirecte d’énergie fossile ». Dans ce cas, « les aides sont conditionnées à une baisse minimale des émissions de gaz à effet de serre de 7,6 % pour l’exercice 2021, en référence au dernier « gap report » de l’Organisation des Nations Unies, qui actualise les efforts de réduction à fournir pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris ». Charge au Haut Conseil pour le climat de définir « en fonction du secteur d’activité, les efforts à fournir au-delà de ce seuil, à horizon 2030 » afin d’atteindre l’objectif d’une hausse maximale des températures de 1,5 degré.

Greenpeace a dénoncé « le greenwashing de LREM à l’Assemblée nationale »

A l’Assemblée, les députés avaient bien adopté un article visant à conditionner les aides. Mais sa portée reste en effet limitée. Greenpeace y a davantage vu un « amendement pour « faire semblant » », une « supercherie », dénonçant « le greenwashing de LREM à l’Assemblée nationale ». Des amendements des groupes Ecologie démocratie solidarité, de Matthieu Orphelin, et de la France Insoumise, pour renforcer ces conditions, avaient été rejetés.

Dans le même esprit, le sénateur écologiste du Morbihan, Joël Labbé, a défendu un amendement visant à baisser à 250 millions d’euros de chiffre d’affaires le seuil des entreprises concernées. Il n’a pas été adopté, en raison du vote du premier amendement.

Un autre amendement de Joël Labbé a en revanche été adopté, tout comme un amendement similaire du sénateur UDI (groupe Union centriste) du Doubs, Jean-François Longeot. Il rejoint une des propositions de la Convention citoyenne pour le climat « en fixant des objectifs minimaux de réduction par secteurs d’activité. Ces objectifs minimaux devront être compatibles avec la Stratégie nationale bas carbone ». L’amendement précise que « le Haut Conseil pour le climat contribuera à la détermination de ses objectifs afin de garantir que ces engagements soient ambitieux et en cohérence avec l’urgence climatique ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Aides d’Etat : le Sénat renforce les contreparties environnementales imposées aux entreprises
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le