Aides publiques aux entreprises : « C’est de la survie de notre industrie qu’il s’agit », défend le président du groupe Renault

Auditionnés par la commission d’enquête sur les aides publiques aux entreprises, les dirigeants du groupe Renault se sont félicités du fonctionnement actuel des aides, nécessaires d’après eux pour réaliser la transition du secteur vers l’électrique et résister à une concurrence internationale sous perfusion.
Louis Mollier-Sabet

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Après les représentants d’Auchan et Michelin, ce sont les dirigeants du groupe Renault qui ont été auditionnés par la commission d’enquête sur les aides publiques aux grandes entreprises, lancée par le groupe communiste. La problématique se pose d’une façon particulière dans un secteur « engagé dans une transition inédite » vers l’électrification et « extraordinairement exposé à la concurrence internationale », a d’abord tenu à rappeler Jean-Dominique Senard, le président de Renault.

Dans un contexte géopolitique « brutal », l’industriel a dessiné une Europe coincée entre « deux blocs très ambitieux qui utilisent le levier des aides publiques de manière extrêmement volontariste », à savoir les Etats-Unis et la Chine. Du côté américain, Jean-Dominique Senard s’est dit « frappé de la vitesse et de l’efficacité avec laquelle l’Etat fédéral et les entreprises américaines se sont associées pour développer » l’Inflation Reduction Act (IRA), qui a permis de mobiliser 400 milliards de dollars pour la filière automobile.

Le soutien total de la Chine à l’un de ses secteurs industriels clés serait encore plus important d’après le président de Renault, qui évoque une « partie émergée de l’iceberg » d’environ 150 milliards sur dix ans. « On a changé d’époque », analyse Jean-Dominique Senard, pour qui « il n’y a pas un grand État dans le monde où l’industrie ne fonctionne pas par osmose entre la puissance économique, politique voire militaire. »

250 millions d’euros d’aides publiques en 2023

Ainsi, s’il y a vingt ans « il y avait eu des mouvements de délocalisations liés à des questions de compétitivité afin d’attirer des capitaux », les mutations du capitalisme et les ruptures géopolitiques des dernières années ont fait des aides publiques aux entreprises un « facteur indispensable de la compétitivité de notre industrie », d’après l’ancien patron de Michelin. En tout état de cause, l’enjeu est capital en termes de finances publiques, puisqu’une étude de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) évalue le montant global des aides aux entreprises à 157 milliards d’euros pour l’année 2019. Une somme qui représente un gros tiers du budget de l’Etat, et ce avant les dispositifs mis en place pendant la crise covid – le plan de relance puis France 2030, notamment.

En ce qui concerne le groupe Renault, Jean-Dominique Senard a dressé un tableau précis des aides publiques reçues. Au total, Renault a bénéficié d’un peu moins de 250 millions d’euros d’aides publiques sur l’année 2023, dont 134 millions de Crédit impôt recherche (CIR), 60 millions provenant du programme France 2030, 25 millions au titre d’aides à l’emploi (chômage partiel notamment), 9 millions d’aides régionales et 4 millions de réductions d’impôts. Ainsi, une part importante de ces aides publiques est orientée au titre du CIR vers la recherche et le développement, a insisté le président de Renault, qui a rappelé qu’en 2023, le groupe avait investi 2 milliards dans la R & D en France, soit plus de 75 % des dépenses de R & D du groupe.

Chacun de ces dispositifs est assorti de conditions et de contrôle que l’industriel a aussi détaillé, notamment sur le cas de France 2030 : « C’est un exemple très efficace de stratégie publique en matière industrielle, avec des objectifs pour accompagner transition et produire deux millions de véhicules électriques en 2030. Ces aides publiques financent donc principalement notre pôle électricité. » Les représentants du groupe Renault ont par ailleurs, et à de nombreuses reprises, salué la « qualité » des « échanges avec l’Etat » sur cette question du contrôle des aides publiques.

PGE : « On a payé notre dû pour le service rendu »

Fabien Gay, le rapporteur communiste de la commission d’enquête a ensuite interpellé les dirigeants sur les prêts garantis par l’Etat (PGE) accordés à l’entreprise : « Il y a eu une unanimité pour qu’on accompagne les entreprises à passer ce cap extrêmement dur. Pour les grandes entreprises, il y avait quand même l’idée de conserver des emplois grâce aux PGE et au chômage partiel. Or, un mois après avoir reçu un PGE de 5 milliards, vous annoncez la suppression de 15 000 postes dont 4 600 en France. Je précise que c’est un prêt que vous avez remboursé, mais en même temps est-ce que vous comprenez que ça interpelle ? »

Sur la question des PGE, Jean-Dominique Senard a d’abord précisé que sur l’enveloppe de 5 milliards d’euros contractée auprès de banques privées, l’entreprise n’en avait en fait utilisé que 4, qu’elles les avaient remboursé en avance, avec 76 millions d’intérêts aux banques, et 45 millions rendus à l’Etat au titre des garanties fournies. « On a payé notre dû pour le service rendu », a-t-il conclu. D’après lui, la question du plan de restructuration de 2020 et des suppressions de postes doit être décorrélée de celle des PGE : « J’étais absolument contraint de mettre ce plan en œuvre parce qu’il fallait redimensionner Renault, qui était structuré pour produire 6 millions de véhicules alors qu’on en produisait 3,4 millions, ce n’était plus tenable. […] Il y aurait eu restructuration du groupe sans Covid, les PGE sont tombés en même temps, mais ça n’a rien à voir. »

Licenciements et aides publiques aux entreprises : deux sujets « à ne pas confondre »

À nouveau interrogé par Fabien Gay sur les licenciements qui interviennent dans d’autres entreprises qui bénéficient d’aides publiques et versent des dividendes substantiels, Jean-Dominique Senard a rejeté ce cadrage de la question en estimant que ces deux questions étaient des sujets « parallèles », qu’il avait « du mal à confondre. »

« À la fin c’est bien la survie de notre industrie qu’il s’agit. Il faut démystifier tout ça et convaincre que ces aides publiques ne tombent pas dans un trou béant. Il y a un fléchage extrêmement précis et Renault n’a pas failli à son devoir de ce côté-là », a conclu Jean-Dominique Senard, alors que Total et Sanofi seront respectivement auditionnés mardi et mercredi.

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