Air France-KLM: Macron demande des clarifications à La Haye
L'incursion "inattendue" de l'Etat néerlandais au sein du capital du groupe aérien Air France-KLM a provoqué la stupéfaction en France: le...

Air France-KLM: Macron demande des clarifications à La Haye

L'incursion "inattendue" de l'Etat néerlandais au sein du capital du groupe aérien Air France-KLM a provoqué la stupéfaction en France: le...
Public Sénat

Par Sonia WOLF

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

L'incursion "inattendue" de l'Etat néerlandais au sein du capital du groupe aérien Air France-KLM a provoqué la stupéfaction en France: le président Emmanuel Macron a réclamé à La Haye des clarifications sur cette décision considérée comme "inamicale" à Paris.

La Haye a d'abord dévoilé mardi avoir pris une participation de 12,68% dans Air France-KLM, puis précisé mercredi soir avoir atteint son objectif en montant jusqu'à 14% du capital, soit une part équivalente à celle de l'Etat français (14,3%), et s'arrêter là.

Quelques heures plus tôt, assurant que Paris n'avait "pas été informé de cette décision et de sa mise en oeuvre", Emmanuel Macron a appelé les Pays-Bas à "clarifier" leurs intentions, estimant que "ce qui importe c'est que l'intérêt de la société soit préservé". Le ministre de l'Economie français Bruno Le Maire recevra son homologue néerlandais en fin de semaine, selon Paris.

Un conseil d'administration exceptionnel du groupe franco-néerlandais s'est réuni mercredi et a appelé à la "vigilance".

Selon le quotidien De Volskrant, le Premier ministre Mark Rutte a personnellement averti M. Macron tandis que le ministre des Finances néerlandais a appelé M. Le Maire, mais une fois l'opération terminée.

Ce dernier a critiqué une "décision incompréhensible et inattendue", estimant que "dans un environnement extrêmement concurrentiel", l'objectif devait "rester le même pour les Pays-Bas comme pour la France: le renforcement d'Air France-KLM".

- Techniques de trader -

Auparavant, Bercy avait qualifié cette opération d'"inamicale" et "surprenante", estimant que la démarche rappelait des "techniques de trader plutôt que d'un Etat actionnaire".

"La position de KLM s'est sans cesse érodée ces derniers mois", a déploré le ministre néerlandais Wopke Hoekstra en annonçant l'opération mardi. "Nous avons désormais le pouvoir de vote", a-t-il déclaré, promettant d'être un '"actionnaire actif".

Pour De Volkskrant, le gouvernement s'est senti contraint d'investir dans Air France-KLM, jugeant son influence insuffisante pour protéger les intérêts nationaux. La Haye craint qu'à terme, une grande partie des vols de KLM ne soit transférée à Paris, ce qui ferait perdre à l'aéroport de Schiphol sa fonction de hub, selon la ministre de l'Infrastructure néerlandaise Cora van Nieuwenhuizen.

Air France, KLM : leur poids dans le groupe
Comparatif des chiffres d'affaires, des résultats d'exploitation, des effectifs et des flottes d'Air France et de KLM en 2018
AFP

Selon Bercy, un protocole d'accord portant sur "la préservation de la plateforme de Schiphol" avait été "négocié par Air France-KLM avec les autorités néerlandaises" et était prêt à être signé mardi. "Pour l'instant il va être mis de côté", a ajouté le ministère.

Selon M. Hoekstra, cela faisait plusieurs années que l'Etat néerlandais réfléchissait à entrer dans le capital d'Air France-KLM en raison d'importants doutes sur la stratégie de la compagnie.

-"un peu de mystère" -

A la Bourse de Paris, l'action Air France-KLM a plongé de 11,74% à 11,24 euros mercredi, certains opérateurs craignant une "escalade de tensions".

Pour Bernard Garbiso, secrétaire général de la CFE-CGC côté Air France, "la prise de position de l'Etat (néerlandais, NDLR) montre un certain chauvinisme néerlandais sur KLM. C'est un coup politique". "Il ne faut pas oublier qu'à une époque, Air France a permis de sauver KLM", a-t-il ajouté.

Le ministère français de l'Economie a dit "récuser absolument" un manque de coopération de Paris sur la gouvernance d'Air France-KLM, faisant état d'"un dialogue nourri avec La Haye sur la prise en compte des intérêts néerlandais" depuis plusieurs mois.

"Il y a un peu un mystère sur ce que souhaitent véritablement les Néerlandais", a estimé la même source, en assurant que les préoccupations sur Schiphol et sur la gouvernance ont été "prises en compte".

La question d'une croissance équilibrée des deux compagnies revient souvent sur la table depuis la fusion d'Air France et KLM en 2004, la compagnie néerlandaise progressant sagement, sa soeur française étant secouée régulièrement par des conflits sociaux.

Le capital d'Air France-KLM se répartit désormais entre l'Etat français (14,3%), l'Etat néerlandais (14%), Delta Air lines (8,8%), China Airlines (8,8%), les employés (3,9%), 0,3% en autocontrôle, le reste étant aux mains d'actionnaires non identifiés.

L'irruption des Pays-Bas au sein du capital intervient également après une période de fortes tensions autour du renouvellement du mandat de Pieter Elbers, PDG de KLM depuis 2011, et de l'entrée au conseil de surveillance de KLM du Canadien Benjamin Smith, aux commandes d'Air France-KLM depuis septembre.

Les frictions semblaient s'être apaisées le 19 février, M. Elbers ayant reçu confirmation de la reconduction de son mandat. Il avait en outre été nommé directeur général adjoint d'Air France-KLM tout comme Anne Rigail, patronne d'Air France.

Partager cet article

Dans la même thématique

Air France-KLM: Macron demande des clarifications à La Haye
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Illustrations – Reseaux Sociaux – France
5min

Politique

Ingérences électorales : faut-il sanctionner les réseaux sociaux ? 

Après trois opérations de désinformation en quelques jours ciblant des candidats déclarés ou pressentis à l’élection présidentielle, Sébastien Lecornu a rappelé que la lutte contre les ingérences était une priorité. La gauche appelle le gouvernement à en faire plus et à sanctionner les réseaux sociaux participant à la diffusion.

Le

Train retardé : les sénateurs créent une garantie de correspondance, en cas de trajet opéré par plusieurs compagnies
6min

Politique

Harmonisation des titres, garantie de correspondance, ouverture de SNCF Connect : les propositions des sénateurs pour faciliter les trajets en train

Les sénateurs ont rendu public, ce mercredi, leurs propositions pour harmoniser les tarifs et conditions d’achats des billets sur le réseau de trains, alors que les opérateurs sont toujours plus nombreux avec l’ouverture à la concurrence. Des propositions que les rapporteurs ont bon espoir de voir reprises par les députés dans le projet de loi-cadre.

Le