Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.
Robin Jeangerard

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« Il y en a certains qui sont déjà extrêmement mécontents de leur portrait et je devrai dire certaines en particulier », confie Alain Duhamel sur son dernier ouvrage, préférant conserver le mystère à l’égard des principaux intéressés. Pour les lecteurs curieux, oubliez les anecdotes peoples, l’écrivain n’est pas là pour étaler la vie privée des politiques, mais plutôt leur caractère. « L’envers du décor ce n’est pas ce qui me motive, ce qui m’intéresse c’est leur personnalité politique. C’est important de savoir qui sont ceux qui détiennent une part d’influence politique et dans quelle mesure peut-on leur faire crédit ou pas. Dans ce livre il y a ceux dont moi je pense qu’on peut leur faire crédit et ceux à qui je suis persuadé qu’on ne peut pas faire confiance », précise-t-il avec un ton toujours très sérieux.

Les politiques manqueraient-ils de culture ?

Avec six heures de lecture par jour, Alain Duhamel se désole que la classe politique n’en fasse pas (ou plus) autant. Elle semble désormais préférer les réseaux sociaux aux livres. Selon l’éditorialiste, « dans les années 80, il y avait Mitterrand, Giscard, Chirac, Marchais, Barre, on aimait ou on n’aimait pas mais il y avait un niveau. Aujourd’hui, on n’aura pas le même sentiment. »

Une faiblesse qui souffre heureusement de quelques exceptions. Pour le journaliste, Jean-Luc Mélenchon en fait partie : « Quand on parle de lui, on parle de ses excès, de ses outrances, de sa violence mais on le réduit- trop à ça, alors que c’est aussi l’un de la demi-douzaine d’hommes politiques que je connais en activité vraiment cultivé et avec un niveau intellectuel plutôt supérieur à la plupart de ses rivaux. »

Le président du Sénat, un « ennemi politique de Macron »

Interrogé sur le  président du Sénat, Alain Duhamel loue son agilité politique, « d’autant plus redoutable et influent qu’il respecte à la lettre la constitution et que son  autorité n’est pas contestée parmi ses troupes ». Mais pour le journaliste,  il incarne d’abord une forme d’opposition à l’exécutif  : « Gérard Larcher a été un adversaire jusqu’à la dissolution et est un ennemi depuis la dissolution, ce qui n’est pas la même chose parce qu’il est beaucoup plus brutal qu’il ne l’était, plus ouvertement pugnace. Le Sénat n’a jamais été amoureux d’Emmanuel Macron et Emmanuel Macron n’a jamais été amoureux des collectivités locales », constate l’essayiste.

Gaulois réfractaires

Fin connaisseur des politiques, Alain Duhamel ne se prive pas non plus d’analyse à l’égard des Français, quitte à froisser : « Je crois que rien ne peut séduire les Français. Je pense qu’ils sont dans un état que je déplore d’ailleurs, du rejet du monde politique, de la représentation politique, de défiance, que je trouve d’ailleurs totalement disproportionné […]. Ils n’ont pas forcément raison d’avoir été déçus parce que la France ne se porte pas plus mal que les pays qui lui sont comparables, je dirais même globalement au contraire. »

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

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