Albert Camus, le sens de la nuance
60 ans après sa mort, il demeure l’un des auteurs français les plus lus, dans l’hexagone et à l’étranger. Albert Camus est une figure de l’engagement, voire « l’icône de la révolte », selon le titre du dernier documentaire de Fabrice Gardel. Pourquoi, malgré certains positionnements controversés ou mal compris de l’écrivain, sa pensée reste-t-elle une source d’inspiration ?

Albert Camus, le sens de la nuance

60 ans après sa mort, il demeure l’un des auteurs français les plus lus, dans l’hexagone et à l’étranger. Albert Camus est une figure de l’engagement, voire « l’icône de la révolte », selon le titre du dernier documentaire de Fabrice Gardel. Pourquoi, malgré certains positionnements controversés ou mal compris de l’écrivain, sa pensée reste-t-elle une source d’inspiration ?
Public Sénat

Par Mariétou Bâ

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Son visage est brandi sur des pancartes. Son regard intelligent et son charme côtoient, sur un morceau de carton, des slogans justes et intemporels. Traduits en plusieurs langues, les mots inspirants d’Albert Camus trouvent toujours leur place dans les mouvements de défense des libertés en France, mais aussi au-delà des frontières, à Honk-Kong par exemple.

« C’est en Espagne que ma génération a appris que l’on peut avoir raison et être vaincu », Albert Camus

Aujourd’hui référence littéraire et philosophique, Albert Camus, dont l’instituteur a détecté très tôt une maturité et une intelligence, ne vient pas d’une famille d’intellectuels. Sa mère ne sait pas lire. Il forge sa personnalité et sa manière d’appréhender la vie par des évènements concrets. Adolescent, il joue au foot et se met à cracher du sang. Il est atteint d’une tuberculose. Proche de la mort, il embrasse naturellement la vie. Il s’éprend de plusieurs femmes, et vit des passions amoureuses, comme il vit son engagement, intensément. Il intègre le parti communiste algérien en 1935 et avant de lui tourner le dos. Il soutient les républicains espagnols contre Franco et dira : « c’est en Espagne que ma génération a appris que l’on peut avoir raison et être vaincu ». Albert Camus s’essaiera au journalisme et deviendra une plume acérée. Il écrira une série d’articles sur la misère en Kabylie et l’exploitation coloniale. Pendant l’occupation, il défend la liberté, une plume à la main, dans les pages du journal clandestin Combat.

CAMUS-extrait-revolte
00:50

Quel héritage de la pensée Camusienne ?

En publiant L’Homme révolté en 1951, Albert Camus suscite l’intérêt de Hannah Arendt, ou de dissidents politiques comme Alexandre Soljenitsyne, mais devient l’objet de nombreuses critiques à Paris, notamment celles de Sartre avec lequel il s’oppose au nom de la vérité. Pour celui qui n’est pas encore prix Nobel de littérature, la violence du régime communiste n’est pas acceptable. D’où qu’elle vienne il la refuse, mais si elle est parfois inévitable. Une posture, une nuance, qui le projette pour Sartre dans le camp des bourgeois. Une facilité de penser diront certains, au nom de laquelle, cherchant en tout le point d’équilibre il s’empêche de prendre fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie.

S’il dénonce les inégalités subies par les Algériens, ajoutées aux violences et à l’exploitation, l’homme ne cache pas son attachement au pays qui l’a vu grandir. Il prône la liberté des opprimés, mais n’accepte pas l’indépendance. « Chaque mort sépare un peu plus les deux populations », dira-t-il alors. Une absence de position claire toujours critiquée aujourd’hui.

Mais l’incapacité de Camus, à choisir un camp plutôt qu’un autre, rend la lecture de ses écrits peut-être encore plus nécessaire aujourd’hui qu’hier dans une époque où chacun est sommé de choisir un camp et de nommer ses ennemis.

 

Retrouvez le débat d'Un monde en docs consacré à Camus sur notre site;

Partager cet article

Dans la même thématique

BIDONVILLE A MAYOTTE
7min

Politique

Inégalités dans les outre-mer : école, santé, pouvoir d’achat… Les propositions de la commission d’enquête du Sénat pour combler les disparités avec la métropole

La commission d’enquête sénatoriale sur les « inégalités systémiques » frappant les territoires ultramarins a rendu ses conclusions ce jeudi. Lancée par les sénateurs communistes, elle formule une soixantaine de propositions balayant le spectre des difficultés outre-mer, de la gestion sanitaire à la souveraineté économique.

Le

Presidential candidate Jean-Luc Melenchon gives a press conference in Paris
7min

Politique

Écorégions : Jean-Luc Mélenchon propose de redessiner la carte des régions pour faire de la France « la première République écologique du monde »

En pleine séquence de canicule, le chef de file de La France insoumise relance son projet de « république écologique ». Le candidat à l’élection présidentielle propose, s’il accède à l’Élysée, de remplacer les régions actuelles par treize « écorégions » organisées autour des bassins versants. Une réforme institutionnelle ambitieuse, qui reste à ce stade une proposition de campagne.

Le

Session of questions to the government at the National Assembly
9min

Politique

Main tendue de Laurent Wauquiez à Édouard Philippe : « C'est le retour de la droite la plus bête du monde », tacle le camp de Bruno Retailleau

Dans les colonnes du Figaro, le patron des députés de droite, Laurent Wauquiez semble avoir, une fois de plus, savonné la planche du candidat à la présidentielle de son parti, Bruno Retailleau, estimant, sans le nommer, qu'il devrait « savoir se retirer le plus tôt possible » au profit du candidat le mieux placé pour rassembler la droite et le centre, en l'occurrence Édouard Philippe. Si l'entourage de Laurent Wauquiez dément tout soutien au candidat Horizons, ses propos agacent mais ne surprennent pas vraiment le camp du Vendéen.

Le

Albert Camus, le sens de la nuance
3min

Politique

Loi d’urgence agricole : « Si le Sénat fait le choix de faire capoter le texte, ce sera sa responsabilité », tacle Marc Fesneau, président des députés MoDem

Invité de la matinale de Public Sénat ce jeudi, Marc Fesneau a réaffirmé les lignes rouges de la majorité gouvernementale concernant le projet de loi d’urgence agricole, actuellement examiné au Sénat. La réintroduction de plusieurs pesticides par les sénateurs menace de « faire capoter le texte », qui ne pourra être voté en l’état à l’Assemblée, avertit l’ancien ministre de l’agriculture.

Le