Algérie: la France sort prudemment du silence
Après un mois de quasi mutisme sur l'Algérie, la France est sortie du silence pour saluer les annonces d'Abdelaziz Bouteflika et...

Algérie: la France sort prudemment du silence

Après un mois de quasi mutisme sur l'Algérie, la France est sortie du silence pour saluer les annonces d'Abdelaziz Bouteflika et...
Public Sénat

Par Cécile FEUILLATRE

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Après un mois de quasi mutisme sur l'Algérie, la France est sortie du silence pour saluer les annonces d'Abdelaziz Bouteflika et demander une transition "raisonnable", une position en retrait alors que la contestation reprend de plus belle.

Depuis le début le 22 février de la fronde inédite qui secoue l'Algérie, la France, qui entretient des relations complexes et passionnelles avec son ancienne colonie, était restée d'une prudence de Sioux, s'accrochant à une ligne de "ni ingérence ni indifférence".

Elle pouvait cependant difficilement garder le silence après les annonces surprises d'Alger lundi soir, d'abord interprétées comme une victoire des manifestants, puisque M. Bouteflika renonce à briguer un 5e mandat.

Mais le président algérien, qui reste au pouvoir, a aussi annoncé un report sine die de l'élection présidentielle prévue le 18 avril, et une période de transition aux contours incertains.

"Je salue la décision du président Bouteflika, qui signe une nouvelle page dans le développement de la démocratie algérienne", a déclaré depuis Djibouti Emmanuel Macron. Le jeune président français (41 ans), qui s'est toujours présenté comme moins encombré par l'histoire coloniale que ses prédécesseurs plus âgés, a salué "la dignité", "les espoirs" et "la volonté de changement" de la jeunesse algérienne.

"Que la France sorte de son silence, c'est tant mieux. Il y a une nouvelle donne, Paris ne pouvait pas ne pas en tenir compte", estime l'historien Benjamin Stora.

"Après, ça reste des formules diplomatiques classiques. Le plus important, c'est ce qui va se passer vendredi (traditionnelle journée de manifestations) pour avoir une idée de la suite", ajoute-t-il.

- "Position déjà dépassée" -

Surtout, M. Macron a appelé à "une transition d'une durée raisonnable", actant en creux le report de l'élection.

Devant le Sénat, son Premier ministre Edouard Philippe a demandé "la mise en place d'un calendrier politique de transition raisonnable, puisque l'affichage et le respect de ce calendrier est une condition de crédibilité essentielle à l'ensemble du processus".

Or, c'est précisément le report de l'élection qui a poussé plusieurs milliers d'étudiants à redescendre dans les rues d'Alger ce mardi: ils dénoncent "une ruse" du président Bouteflika pour se maintenir au pouvoir et gagner du temps, et crient "non aux prolongations".

Les propos du président français ont d'ailleurs été mal perçus par les manifestants à Alger.

"Hé la France, on a eu notre indépendance seuls, on a vaincu le terrorisme seuls, on sortira le système seuls", disait un des post-it collés sur un mur de dazibao place Audin, non loin de la Grande Poste.

"Diviser pour mieux régner, c’est la politique de la France", pouvait-on également lire sur une pancarte brandie par un étudiant de 22 ans, Hamid, pour qui Paris aide le régime algérien "à rester contre la volonté du peuple".

"La position du président Macron est déjà dépassée dans la rue algérienne. Il est clair que les manifestants ne vont pas accepter cette transition, ils ont déjà changé leurs slogans. Le +Pas de 5e mandat+ s'est transformé en: +pas une minute de plus!+", analyse Andrew Lebovich, de l'ECFR (European Council on Foreign Relations).

"Paris est dans une position difficile, divisé entre la crainte d'une déstabilisation de l'Algérie - que personnellement je pense exagérée- et celle de se voir accusé d'ingérence", poursuit-il. Or, celui qui va diriger la transition, Ramtane Lamamra, nommé lundi nouveau vice-Premier ministre, est un ancien diplomate, très connu internationalement, et "très apprécié à Paris", souligne M. Lebovich.

"Pour la France, ça peut représenter une voie de sortie de crise, sans déstabilisation", estime-t-il.

"On regarde les annonces d'Alger avec circonspection, on se demande si c'est une bonne nouvelle ou une façon de garder la main", reconnaît de son côté un diplomate sous couvert de l'anonymat.

"Depuis le début, on est dans une position extraordinairement contrainte, tout ce qu'on peut dire sera retenu contre nous. Dans ce contexte, il n'y a pas énormément d'inflexion, la déclaration du président est assez prévisible", ajoute-t-il.

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