Allocution d’Emmanuel Macron : « Il est face à un pays qu’il a lui-même fracturé », tacle Olivier Faure

Invité de la matinale de Public Sénat, le patron du PS Olivier Faure explique ne rien attendre de l’allocution d’Emmanuel Macron ce lundi 17 avril. La gauche mise sur la mobilisation et différentes propositions de loi, dont un texte référendaire, pour continuer à s’opposer à la réforme des retraites malgré sa promulgation.
Caroline Deschamps

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une nouvelle prise de parole pour tenter de recoller les morceaux. Trois jours après la promulgation de la réforme des retraites, amputée par le Conseil constitutionnel d’une large partie des mesures d’adoucissement au recul de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, Emmanuel Macron s’exprimera à la télévision ce lundi, à 20 heures. Si la décision du Conseil constitutionnel a généré une forte frustration chez les opposants au texte, plus encore, la promulgation éclair de la loi a été dénoncée par l’intersyndicale comme une forme de « mépris » de la part du chef de l’Etat. Emmanuel Macron jouera gros ce soir pour tenter de renouer le fil de son quinquennat.

« Le président de la République a tout fait pour qu’il n’y ait rien à attendre de son allocution. Il a tout fait pour que le lien soit rompu. Il est face à un pays qu’il a lui-même fracturé », relève Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste.

L’obstination du chef de l’Etat

« On sait qu’il est capable de nous faire les plus grands discours, on s’en souvient pendant la crise du covid-19, mais ce sont précisément les femmes et les hommes qu’il a lui-même félicités, applaudis, qui sont les principales victimes de la réforme qu’il a engagée », relève le député de Seine-et-Marne, qui était invité ce lundi 17 avril de « Bonjour chez vous », la matinale de Public Sénat. « Il n’a pas compris qu’il n’y aura pas de suite possible sans revenir sur la réforme des retraites », avertit l’élu.

Il dénonce l’entêtement du président de la République, face à une réforme à l’origine de l’une des crises politiques et sociales les plus importantes de ces dernières années. « Je n’ai pas en mémoire d’autre texte de loi maintenu par un chef de l’Etat alors que la totalité des Français y était opposée », pointe Olivier Faure. « Le président n’a jamais tenu compte de l’avis du monde syndical. C’est de la folie ! On a quelqu’un qui se retrouve face à 8 Français sur 10 qui ne veulent pas de sa réforme des retraites et, parce qu’il se dit Jupiter, ne lâche rien ! », dénonce-t-il. « La charge principale d’un président de la République, c’est la cohésion du pays, cela n’est pas seulement d’en faire à sa tête. Ce n’est pas du tout la conception que l’on devrait avoir de nos institutions et de la République. »

Une loi pour abroger les 64 ans

Si le parcours législatif de la réforme est désormais achevé, les oppositions ne s’avouent pas vaincues pour autant. « Nous ne baissons pas les bras, nous n’avons pas dit notre dernier mot. La gauche sera derrière l’intersyndicale le 1er mai », indique Olivier Faure qui mise sur un « mouvement historique, un raz-de-marée démocratique ».

Autre levier : la nouvelle proposition de loi référendaire présentée par la gauche parlementaire, et sur laquelle le Conseil constitutionnel doit s’exprimer le 3 mai. Un premier texte, similaire, a déjà été rejeté vendredi par l’institution de la rue Montpensier, celle-ci ayant estimé qu’il n’y avait pas matière à réforme. L’objectif de la gauche est d’enclencher un référendum d’initiative partagée (RIP) pour empêcher que l’âge légal de départ à la retraite puisse être fixé au-delà de 62 ans. « De mon point de vue, le second RIP que nous avons déposé est tout à fait admissible, il serait assez curieux que le Conseil constitutionnel l’invalide alors qu’il tient compte des remarques faites pendant l’audition des signataires du premier RIP », explique Olivier Faure.

Par ailleurs, les socialistes ont rédigé une proposition de loi qui vise à abroger le passage à 64 ans : « Nous allons proposer à nos partenaires de la Nupes de la soutenir, elle sera déposée dans les deux assemblées », glisse Olivier Faure.

Partager cet article

Dans la même thématique

Allocution d’Emmanuel Macron : « Il est face à un pays qu’il a lui-même fracturé », tacle Olivier Faure
4min

Politique

« Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle » : malgré sa condamnation, Marine Le Pen se lance et se pourvoit en cassation

En dépit de sa condamnation pour détournement de fonds publics, la leader du RN annonce sa candidature à la présidentielle. Elle a décidé de se pourvoir en cassation, ce qui rend suspensif la décision de la Cour d’appel, lui permettant de faire campagne sans bracelet électronique. Assurant former un « couple politique » avec Jordan Bardella, ils mèneront campagne « en binôme ».

Le

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
7min

Politique

Condamnation de Marine Le Pen : une éventuelle candidature à la présidentielle attaquée sous l'angle de l'éthique, à gauche comme à droite

Le délibéré de la Cour d'appel dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN laisse le personnel politique dans l'expectative. Condamnée mais éligible, Marine Le Pen peut, en théorie, être candidate à l'élection présidentielle. À droite comme à gauche, on met en avant la dimension éthique et morale d'une potentielle candidature de Marine Le Pen à la présidentielle.

Le

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
4min

Politique

Marine Le Pen peut-elle vraiment faire campagne sous bracelet électronique si elle décide d'être candidate ?

Dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d'appel de Paris a pris en compte « la liberté des candidatures » et « la liberté de choix de l'électeur » en condamnant Marine Le Pen à quinze mois ferme d'inéligibilité. Les juges ont aussi condamné la députée RN à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Une peine qui pourrait être suspendue si Marine Le Pen décidait de se lancer dans la course à la présidentielle.

Le

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques
6min

Politique

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques

Le sénateur (LR) Jean-François Husson ressort mécontent d’une réunion sur les perspectives des finances publiques, à laquelle a participé le gouvernement, des parlementaires, des représentants des collectivités locales ou encore de la Sécurité sociale. « Beaucoup de communication et très peu d’action », déplore le sénateur. Bercy annonce des mesures supplémentaires de freinage de la dépense, à hauteur de 3 milliards d’euros.

Le