Alstom-Siemens : des sénateurs consternés et qui appellent l’Europe à se réformer
Le refus de la Commission européenne de voir les branches ferroviaires d’Alstom et Siemens fusionner interroge de côté de plusieurs sénateurs.

Alstom-Siemens : des sénateurs consternés et qui appellent l’Europe à se réformer

Le refus de la Commission européenne de voir les branches ferroviaires d’Alstom et Siemens fusionner interroge de côté de plusieurs sénateurs.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Ce sera non. La Commission européenne, gardienne des principes de concurrence à l’intérieur du marché unique, a refusé ce 6 février de donner son feu vert à la fusion entre Siemens et Alstom, qui voulaient unir leurs activités ferroviaires, pour rivaliser avec la Chine. Bruxelles s’est inquiétée d’un risque de position dominante, et donc d’un renchérissement du prix des rames, et in fine des billets pour les consommateurs. Le verdict a été très mal accueilli, aussi bien à Berlin qu’à Paris. Devant notre micro, Bruno Le Maire a dénoncé une « faute politique » et une « erreur économique », avant d’appeler à changer les règles du jeu.

Au Sénat, le veto européen suscite aussi de vives réactions. Plusieurs sénateurs considèrent que le moment est venu de modifier les règles qui régissent la concurrence, dans un contexte international de plus en plus inquiétant pour les groupes européens. « La Commission européenne applique les règles de la concurrence. Si elle a pris cette décision, c’est qu’il y avait des risques de condamnation », réagit Cédric Perrin auprès de Public Sénat. Le sénateur (LR) du Territoire-de-Belfort, où est implanté un site Alstom, a « pris acte » de cette décision, à laquelle il s’attendait.

« Il y a besoin de regroupements ! Il faut qu’à un moment donné l’Europe prenne conscience de tout cela »

Face à l’émergence d’un géant chinois ferroviaire, CRRC, l’élu belfortain considère qu’il y a désormais urgence à changer la réglementation européenne. « Quand est-ce que l’on va arrêter de voir nos entreprises détruites ou pillées par une concurrence étrangère, qui respecte de moins en moins les règles du commerce international ? […] Il y a besoin sur le ferroviaire, et dans d’autres secteurs, d’avoir des regroupements, sinon vous ne pouvez pas lutter ». Et d’ajouter : « Il faut qu’à un moment donné l’Europe prenne conscience de tout cela. »

Le sénateur LR n’est pas le seul à souligner que ces enjeux prennent une autre dimension à moins de quatre mois des élections européennes.  « Cela prouve que la Commission est fondamentalement très technocrate », a critiqué Jacques Bigot, sur notre antenne, ce mercredi après-midi.

« Très inquiet de l’impact politique de telles décisions sur les européennes »

« À la fois, elle semble ne pas mesurer l’importance de la mondialisation et de la concurrence mondiale […] Et en même temps, on sent bien qu’elle ne se préoccupe pas des réalités de l’emploi sur nos territoires », a ajouté le sénateur socialiste, ancien vice-président d’une mission d’information sur Alstom au Sénat. « Je suis très inquiet de l’impact politique que de telles décisions pourraient avoir dans quelques mois lors des élections européennes. »

Alstom-Siemens : Bigot « très inquiet de l’impact de telles décisions sur les européennes »
03:33

Jacques Bigot (PS), « très inquiet de l’impact de telles décisions sur les européennes »

Le président du groupe Union centriste, Hervé Marseille, a lui aussi accueilli la nouvelle avec véhémence. « L’Europe tue l’Europe, et c’est cela que nous ne voulons plus », a tweeté ce cadre de l’UDI, l’un des partis les plus europhiles sur l’échiquier politique.

La présidente de la commission des Affaires économiques du Sénat, la sénatrice (LR), Sophie Primas, appelle aussi de son côté à modifier des règles de la concurrence devenues « obsolètes ». « Leur interprétation aveugle sont des aberrations économiques qui vont à l’encontre des intérêts français et européens », a-t-elle dénoncé.

Recherche d’un rapprochement avec Thalès

Avant que cette mise à jour ne se fasse un jour, plusieurs sénateurs appellent le gouvernement à réagir et à trouver une porte de sortie. « Je suggère au gouvernement de travailler sur la recherche d’un accord national, pour renforcer Alstom, Thalès, avec peut-être des concours de la Caisse des dépôts et consignations », a conseillé Jacques Bigot. Ce rapprochement avec Thalès, Bruno Le Maire ne l’a pas exclu aujourd’hui. Le ministre envisage tous les scénarios.

Cédric Perrin plaide, lui, pour la création d’alliances industrielles et celle d’une « coentreprise », répartie à 50-50 entre Alstom et un partenaire.

« Prudent », après le résultat de la fusion entre General Electric et la branche énergie d’Alstom, Cédric Perrin garde quand même la « conviction » que des « regroupements sont nécessaires afin d’atteindre des tailles critiques capables d’affronter la concurrence ».

Au sein du groupe communiste du Sénat, Fabien Gay, qui parle d’ « absorption », se « félicite que ce projet capote ». « On considère pour notre part que c’était un scandale d’État d’aller donner Alstom à Siemens. » Pour lui, ce dossier, asymétrique, comportait de trop nombreux risques sur le maintien des sites industriels en France. « On n’est pas contre une coopération ou un groupement industriel – l’intersyndicale y est favorable – mais là c’était une donation. Ce n’est pas du tout un Airbus du ferroviaire, les États n’en font pas du tout partie. »

Au final, le sénateur de Seine-Saint-Denis constate que ce sont « de mauvaises raisons qui ont conduit la Commission à refuser cette absorption. »

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Alstom-Siemens : des sénateurs consternés et qui appellent l’Europe à se réformer
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le