Amazon France : « Nous ne sommes pas en mesure de donner une date de reprise »
Auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat, Frédéric Duval, le directeur général d'Amazon France, a critiqué la décision de justice qui empêche, selon lui, de rouvrir les entrepôts français. Mettant dans la balance l’utilité de la plateforme pour les TPE et PME françaises.

Amazon France : « Nous ne sommes pas en mesure de donner une date de reprise »

Auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat, Frédéric Duval, le directeur général d'Amazon France, a critiqué la décision de justice qui empêche, selon lui, de rouvrir les entrepôts français. Mettant dans la balance l’utilité de la plateforme pour les TPE et PME françaises.
Public Sénat

Par Fabien Recker et Jérôme Rabier

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Amazon, allié des petites entreprises françaises ? C’est l’argument que le patron d’Amazon France, Frédéric Duval, a défendu devant la commission des Affaires économiques du Sénat, ce mardi 28 avril. 

Lors de son audition, le directeur général est largement revenu sur la condamnation de l’entreprise par la justice française à de lourdes amendes si elle ne protégeait pas mieux ses salariés contre l’épidémie de coronavirus. Une condamnation confirmée en appel le vendredi 24 avril.  

« Un problème de forme » pour Amazon

La décision du tribunal laisse « perplexe » Frédéric Duval. « Nos centres de distribution sont sûrs. Ils ont mis en place l’ensemble des mesures que les autorités sanitaires nous ont demandées », a assuré le dirigeant. « Il n’y a donc pas de problème de sécurité, mais plutôt un problème de forme administrative que certaines organisations syndicales ont souhaité exploiter. » 

En cause notamment, un manque de consultation des partenaires sociaux dans l'évaluation des risques. « Ce n’est pas une question de forme, ce qu’a dit la justice, mais bien une question de fond ! » rectifie le sénateur communiste de la Seine-Saint-Denis, Fabien Gay, à l’issue de l’audition. « Le tribunal a estimé que l’entreprise a méconnu “de façon évidente” ses obligations. La vérité c’est qu’ils ne peuvent pas protéger leurs salariés. Il nous a bananés sur cette question-là », estime le sénateur communiste, qui rappelle que la cour d’appel de Versailles « n’est pas une officine de gauchistes. »

Pas de date de reprise

Le dialogue social dans l’entreprise serait pourtant « intense » a assuré M. Duval. « Nous avons tenu dix-sept réunions avec les partenaires sociaux depuis le début de la crise », a-t-il rappelé. Conséquence du jugement en appel, Amazon a pour l’instant décidé de ne pas rouvrir ses centres logistiques en France, fermés suite à la condamnation en première instance par le tribunal de Nanterre. 

« Nous n’avons pas d’autre choix » que de fermer a répété M. Duval devant les membres de la commission. La cour d’appel ayant confirmé que seules certaines catégories de produits sont autorisées à être livrées par Amazon en période d’épidémie. « Même avec un taux d’erreur de 0,1% dans le traitement de nos colis, le risque d’amendes se chiffre potentiellement en milliards d’euros par semaine », a avancé Frédéric Duval. « Je regrette beaucoup cette situation et ne suis pas en mesure de donner une date de reprise de nos activités logistiques. » 

Amazon « contourne » la décision ?

Une situation qui serait surtout dommageable pour nos concitoyens, à en croire Amazon. Le dirigeant a d’abord rappelé le rôle, « même modeste », du géant de l’e-commerce pour permettre aux Français confinés d’accéder à certains produits (hygiène, divertissement) quand nombre de magasins sont fermés. Une activité qui n’est en réalité pas interrompue, puisque l’entreprise s’appuie sur sa filiale Amazon Transport et ses dépôts en Belgique ou en Espagne pour continuer de desservir ses clients français. 

« La décision est claire, et ils la contournent », tranche Fabien Gay. « Ils font travailler deux fois plus les salariés, comme au Blanc-Mesnil (site d’Amazon Transport, N.D.L.R.). Ils continuent à faire du business plutôt que de répondre à la protection des salariés. » En revanche pour la présidente de la commission, Sophie Primas (LR), « on a beaucoup reproché à Amazon de vendre certains produits comme les jouets. Mais la grande distribution le fait également. La question n’est pas d’interdire à Amazon de le faire mais plutôt de permettre à toutes les autres entreprises de le faire aussi ».

Un impact économique pour les TPE-PME

Durant son audition, M. Duval a surtout insisté sur l’impact économique de la fermeture des sites d’Amazon France. Rappelant que la multinationale employait 9 300 personnes en CDI sur près de vingt sites dans l’Hexagone, et générait « environ 30 000 emplois directs et indirects. » Mais surtout, « Amazon France participe au développement d’une dizaine de milliers de TPE-PME qui bénéficient de notre place de marché », a insisté Frédéric Duval. 

La « place de marché » Amazon serait une chance pour nombre de petites entreprises, appelées à profiter des opportunités de croissance qu’offre le commerce en ligne. Sur Amazon.fr, « 60% de l'activité provient d’acteurs tiers, c’est considérable. Et 40% s’effectue depuis ou vers un autre pays européen. Il est très important que les PME françaises puissent accéder à ce marché » a-t-il insisté, appelant à ne pas opposer vente en ligne et commerce de proximité. 

Une fiscalité en question

« Ces opportunités sont freinées par la décision du tribunal », a regretté Frédéric Duval. « C’est un chantage à l’emploi », balaye Fabien Gay. « Leur communication n’est pas surprenante. »  À l’instar de l’élu de Seine-Saint-Denis, de nombreux sénateurs ont par ailleurs interrogé le patron d’Amazon sur les pratiques fiscales de l’entreprise. Sans obtenir de réponses très claires à leurs questions. 

Amazon France s'acquitte d’une « contribution directe de 150 millions d’euros », a avancé Frédéric Duval, et qui s’élève « à 250 millions d’euros » en incluant les contributions indirectes (cotisations notamment). « Amazon est assujettie aux mêmes règles fiscales que les autres, et apporte une contribution substantielle », a indiqué Frédéric Duval. Appelant les sénateurs à ne pas se « focaliser » sur l’impôt sur les sociétés, qui en France « ne recouvre que 4% de la fiscalité selon les chiffres de l’OCDE. Ce n’est pas un indicateur pertinent. »

« Sur les chiffres, il y a une gêne, une réserve », reconnaît Sophie Primas, la présidente de la commission des affaires économiques. La sénatrice, pourtant opposée aux restrictions à l’encontre d’Amazon, estime que les montants cités « méritent d’être regardés plus précisément. On leur fait le procès d’être moins taxé. Amazon dit être taxé autant que les autres entreprises, mais on n’a pas le détail des résultats pour s’en assurer. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Amazon France : « Nous ne sommes pas en mesure de donner une date de reprise »
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Amazon France : « Nous ne sommes pas en mesure de donner une date de reprise »
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le