La déjà longue "bataille" des berges de Seine est relancée lundi : la maire PS de Paris Anne Hidalgo a annoncé qu'un nouvel arrêté permanent de piétonnisation serait signé dans la semaine, ignorant la "main tendue" et le scénario "progressif" de l'élue francilienne Valérie Pécresse (LR).
"Dès cette semaine, avec le soutien de l'Etat qui accompagne cette démarche, je vais prendre un arrêté, mobilisant les pouvoirs de police du maire, pour maintenir la piétonnisation" de la rive droite au centre de Paris, a affirmé la maire de la capitale dans Libération.
Cet arrêté "fondé sur la protection et la valorisation du site à des fins patrimoniales et touristiques (...) ne nécessite de conduire ni une nouvelle étude d’impact, ni une nouvelle enquête publique, ni une nouvelle concertation", a précisé un communiqué de la Ville.
Le tribunal administratif de Paris a annulé le 21 février la piétonnisation de la voie Georges-Pompidou au coeur de la capitale, devenue en septembre 2016 un Parc des Rives de Seine qui a accueilli "plusieurs centaines de milliers" de promeneurs et cyclistes, a assuré la Ville.
Depuis presque deux ans, la piétonnisation de ces 3,3 km de voie, pour lutter contre la pollution de l'air, suscite les passions et les batailles de chiffres sur la pollution, les embouteillages, etc., entre d'une part la gauche et les écologistes parisiens et d'autre part la droite francilienne, dont la présidente de la Région Ile-de-France, partie prenant du recours judiciaire, est le fer de lance.
La semaine dernière, Mme Pécresse a proposé à Mme Hidalgo une rencontre, "dans un esprit de co-construction".
Lundi matin l'élue francilienne a mis "sur la table un scénario alternatif de piétonnisation, un scénario progressif" avec une réouverture partielle à la circulation des voitures en semaine, sur une seule voie et à 30km/h. En 2020, elle ne serait ouverte qu'aux véhicules propres, avant piétonnisation totale en 2021, a-t-elle expliqué sur France Inter.
- La "résistance" s'organise -
Valérie Pécresse, le 30 janvier 2018 à Paris
AFP/Archives
"Tout ça nécessite un peu de temps", a réaffirmé Mme Pécresse en conférence de presse, "ça nécessite surtout de s'écouter les uns les autres et de respecter chaque territoire et chaque Francilien. Une décision unilatérale en matière de circulation cause beaucoup de souffrances et de galères à des centaines de milliers de personnes", a-t-elle ajouté.
Une "prétendue main tendue (qui) consiste à voir revenir les voitures sur les berges", a balayé sur Twitter Bruno Julliard, premier adjoint parisien, en pointant une "posture" de l'élue LR. "Savez-vous que la préfecture de police est totalement hostile à la coexistence d'une voie piétonne avec des voitures?", a-t-il ajouté.
La ministre des Transports Elisabeth Borne, comme quelques uns de ses collègues, a apporté dimanche son soutien à la piétonnisation : "Le sens de l'histoire, c'est de réduire la place de la voiture. Remettre des voitures sur les voies sur berges, personne ne comprendrait".
"Ne cédons pas à la tentation d’une réouverture", ont également fait valoir les élus parisiens d'opposition de l'UDI-MoDem, dans un communiqué de presse lundi, en plaidant la concertation et en demandant à Mme Hidalgo "de saisir cette main tendue" de Mme Pécresse, dont ils ont retenu les "propositions positives" (parking-relais, ligne de bus écologique, etc).
Une réouverture aux véhicules motorisés, "qu’elle soit temporaire, périodique ou réservée aux seuls véhicules propres, serait incomprise par une majorité de Parisiens, qui ont su s’approprier ce nouvel espace de liberté, de respiration et de promenade", ajoutent les élus centristes.
Même écho à la Région, où les centristes font partie de la majorité de Mme Pécresse et voient dans la piétonnisation "un acquis sur lequel il ne serait pas raisonnable de revenir".
En attendant, la "résistance" s'organise dans l'opinion, comme l'écrivait lundi l'association de cyclistes Paris en Selle.
Une manifestation de soutien aux berges piétonnes aura lieu samedi et une pétition a recueilli en une semaine près de 26.000 signatures.
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