Annonces de Macron : « C’est l’aveu d’échec du gouvernement » dénoncent les sénateurs
Face à la propagation de l’épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron a annoncé, ce mercredi, la mise en place d’un couvre-feu en Île-de-France et dans huit grandes métropoles. Les sénateurs pointent du doigt une impréparation et un échec de la gestion de crise du gouvernement.

Annonces de Macron : « C’est l’aveu d’échec du gouvernement » dénoncent les sénateurs

Face à la propagation de l’épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron a annoncé, ce mercredi, la mise en place d’un couvre-feu en Île-de-France et dans huit grandes métropoles. Les sénateurs pointent du doigt une impréparation et un échec de la gestion de crise du gouvernement.
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Un couvre-feu en Île-de France et dans huit grandes métropoles de l’hexagone, dont Grenoble, Lyon et Marseille. C’est la principale annonce faite par Emmanuel Macron, invité des JT de France 2 etTF1, ce mercredi. Face à une situation qu’il juge « préoccupante », le chef de l’État a détaillé un certain nombre de mesures pour faire face à la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19, avec pour objectif de « réduire le nombre de contaminations quotidiennes de 20 000 à 3000 à 5000 ». Les zones concernées se verront donc soumises à un couvre-feu, effectif à partir de samedi, de 21h à 6h, mis en place par décret, ce mercredi, dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, pour une période d’un mois, pour le moment. « L’objectif c’est de pouvoir continuer à avoir une vie économique, à ce que les écoles soient ouvertes, que nos concitoyens travaillent normalement, continuant à avoir une vie sociale tout en en réduisant l’aspérité », a soutenu Emmanuel Macron, en appelant le reste du pays à « se remobiliser ».

Dans les rangs de la Haute assemblée, les réactions sont hétérogènes. « On nous dit que le virus circule et que la situation sanitaire est alarmante, il est donc normal de protéger nos concitoyens », réagit le chef de file des sénateurs centristes Hervé Marseille. « Nous prenons acte des décisions concernant le renforcement des mesures sanitaires, car nous n’avons pas d’autre solution que de faire confiance aux experts du gouvernement. » A gauche de l’hémicycle, toutefois, on pointe du doigt un échec, et un manque d’anticipation de la part du gouvernement. « Je suis halluciné par ce constat d’échec du gouvernement sur sa propre méthode, et de son impréparation », raille Guillaume Gontard, fraîchement élu à la tête du groupe des sénateurs écologistes. « Un tel tâtonnement pouvait se comprendre au début de la crise, mais voir aujourd’hui que le gouvernement navigue toujours à vue, cela fait peur ».

« Il faut une aide massive aux entreprises »

« C’est un aveu d’échec de la part du gouvernement, qui ne peut imputer l’échec de son déconfinement à la seule prétendue irresponsabilité des Français », abonde le président du groupe socialiste Patrick Kanner. « On est encore une fois face à un gouvernement dans l’improvisation. Les Français sont pris en otages de ces mesures, et devront en faire les frais seulement parce que le gouvernement n’a pas été capable de doter l’hôpital public de moyens suffisants. » Car tous s’accordent sur ce fait : les conséquences économiques seront graves pour un grand nombre de secteurs, touchés de plein fouet par ces nouvelles mesures restrictives. Et, pour beaucoup, les mesures de soutien, notamment la prolongation du chômage partiel, annoncées par Emmanuel Macron ne sont pas suffisantes. « Ce couvre-feu va mettre en péril l’activité de beaucoup d’artisans, de commerçants, d’entreprises du monde de la culture », commente Hervé Marseille. « Il faut donc un plan massif d’accompagnement, et ne pas se contenter d’annonces. Le chômage partiel, c’est le minimum. Un plus grand nombre de mesures doivent être prises et applicables dans l’immédiat. Il faut une aide massive, sauf à condamner à mort toutes ces entreprises. »

Et au-delà des annonces, c’est aussi sur la forme que les sénateurs sont mécontents. « Ce discours infantilisant est assez insupportable », s’emporte Guillaume Gontard. « Sans concertation des citoyens ou des corps intermédiaires, Emmanuel Macron nous explique ce que nous aurons désormais le droit de faire ou pas », dénonce le sénateur qui pointe du doigt une « ligne très libérale et productiviste » défendue par le président. « C’est du « tout pour le travail » : il faut continuer à faire tourner l’économie au détriment du reste : on fait une croix sur le lien social, la culture, les activités de convivialité. Mais on ne peut pas vivre de cette façon ! ». D’autres pointent du doigt des incohérences, comme les encouragements du gouvernement à maintenir son départ pour les vacances de la Toussaint alors que des couvre-feux sont mis en place dans les zones à risque. « C’est une aberration », tempête Patrick Kanner. « Je ne comprends pas comment on peut, dans un même gouvernement, instaurer ces mesures et inciter les gens à se déplacer. »

Une nouvelle application

Pour arriver à mieux gérer et circonscrire l’épidémie, Emmanuel Macron compte cette fois-ci s’appuyer sur de nouveaux outils dont une application de traçage renouvelée, censée prendre le relais de l’échec monumental de l’application Stop Covid. L’application Tous Anti Covid, disponible le 22 octobre, permettra de diffuser des informations sur la circulation du virus dans des zones précises, d’indiquer les points où se faire tester et présentera un « mode d’emploi clair », selon le Président. « Je ne vois pas en quoi cette application serait plus efficace que la première version », réagit Alain Milon, président de la commission d’enquête chargée de l’évaluation des politiques publiques face à la gestion des pandémies. « Cela permet seulement de voir que, contrairement à ce qui a été dit, la première version n’était pas fiable. Et celle-ci ne risque pas de l’être plus. » « J’espère que le gouvernement ne commettra pas l’erreur qu’il a commise pendant le confinement et le déconfinement », avance le chef de file des sénateurs Républicains Bruno Retailleau. « Pour que le couvre-feu soit efficace, il faut simultanément réussir la stratégie qui a été mise en échec jusqu’à présent : le dépistage rapide, le traçage efficace et l’isolement effectif. Nous donnerons au gouvernement les moyens de lutter contre la pandémie, mais il devra nous assurer de la mise en place effective de la stratégie qui permettra de briser les chaînes de contamination. »

« On doit se mobiliser dans tout le pays puis aller vers une stratégie tester-protéger-alerter, car nous avons jusqu’à l’été 2021 au moins avec ce virus » a déclaré Emmanuel Macron au cours de son interview, annonçant que le gouvernement avait l’intention de mettre en place pour 6 semaines, jusqu’au 1er décembre, ces mesures de couvre-feu. Une décision qui impliquera un passage devant le parlement, puisque le décret ne permet la mise en place de telles mesures que pour un mois. « Le gouvernement n’aura pas le choix, c’est la procédure. Pour prolonger l’état d’urgence, il y aura obligatoirement un texte de loi, et il faudra passer devant le Parlement », conclut Guillaume Gontard.

Pour le président du groupe RDPI (LREM) du Sénat, François Patriat, « le Président a été humain, précis et courageux ». « Les mesures sont à la hauteur. Tous ceux qui disent qu’il faut une ligne claire savent bien que tous les pays tâtonnent dans la stratégie, entre la volonté de préserver la santé des Français et celle d’assurer la continuité économique du pays ». Pour le sénateur, « la voie qui a été prise est bonne. Elle est territorialisée, exigeante, mais pas trop contraignante pour l’économie ».

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