« Anticasseurs »: entre sanctions et libertés, l’Assemblée en quête d’équilibre
Durcir les sanctions des violences sans entraver la liberté de manifester: les députés s'engagent mardi dans un numéro d'équilibriste sur le...

« Anticasseurs »: entre sanctions et libertés, l’Assemblée en quête d’équilibre

Durcir les sanctions des violences sans entraver la liberté de manifester: les députés s'engagent mardi dans un numéro d'équilibriste sur le...
Public Sénat

Par Ludovic LUPPINO

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Durcir les sanctions des violences sans entraver la liberté de manifester: les députés s'engagent mardi dans un numéro d'équilibriste sur le texte "anticasseurs", avec une majorité peu à l'aise entre une gauche le jugeant "liberticide" et une droite restant sur sa faim.

Issue de LR, cette proposition de loi, soumise à plus de 200 amendements dans l'hémicycle d'ici mercredi avant un vote solennel le 5 février, "n'est pas une loi antigilets jaunes" ou "antimanifestations", assure le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

"C'est une loi qui protège les manifestants, qui protège les commerçants, qui protège les habitants et qui protège les policiers", a-t-il affirmé mardi sur BFMTV.

Annoncée le 7 janvier par le Premier ministre Edouard Philippe, la proposition de loi est réclamée par des syndicats policiers, mais critiquée sur certains aspects par magistrats et associations.

Bruno Retailleau (LR) à la tribune avant le Congrès réuni à Versailles, le 9 juillet 2018
Bruno Retailleau (LR) à la tribune avant le Congrès réuni à Versailles, le 9 juillet 2018
AFP

Pour éviter de "perdre du temps", le gouvernement a utilisé un texte tout prêt, celui du sénateur LR Bruno Retailleau, voté au Palais du Luxembourg en octobre face au phénomène des "black blocs". Il avait alors déjà été considéré à gauche comme attentatoire aux libertés. Les "marcheurs" avaient voté contre.

Face aux inquiétudes dans les rangs LREM-MoDem au Palais Bourbon, il a subi plusieurs modifications en commission où une trentaine d'élus macronistes ont manifesté la semaine dernière leur malaise.

Selon le chef de file LREM Gilles Le Gendre, désormais le texte "concilie les différentes sensibilités" et "il n'y a plus une feuille de cigarette entre nous tous".

Mais certaines mesures suscitent toujours le débat, comme les interdictions de manifester qui pourront être prises par les préfets.

Inspirées des interdictions de stade visant les hooligans, celles-ci concerneraient 100 à 200 personnes "grand maximum" d'après Christophe Castaner. Des élus d'oppositions et certains "marcheurs" comme Stella Dupont s'y opposent, au nom de la liberté d'aller et venir.

Le gouvernement a mis sur la table une nouvelle rédaction de la mesure, pour mieux circonscrire le champ des personnes visées et aussi permettre des interdictions pour une durée d'un mois.

- "Cacophonie" -

Les députés tenteront d'améliorer le texte dans un souci de "quête délicate de l'équilibre", selon la rapporteure Alice Thourot (LREM). Il retournera ensuite devant le Sénat le 12 mars en deuxième lecture.

Devant des députés réfractaires à la création d'un fichier national des personnes interdites de manifestations, l'élue de la Drôme avait obtenu un compromis, avec l'inscription au fichier des personnes recherchées (FPR). Mais les interrogations sur la nécessité d'une centralisation de ces données sensibles demeurent.

L'article 1 dédié aux périmètres de sécurité pendant les manifestations, où palpations et fouilles seraient autorisés, a lui été supprimé en commission et doit être réécrit en séance avec le gouvernement.

Garantir des périmètres de sécurité est "une nécessité", estime la "marcheuse" Aurore Bergé (ex-LR), qui prône un retour à la version du Sénat.

Un amendement du groupe LREM propose que le préfet puisse interdire "pendant les deux heures qui précèdent la manifestation et jusqu'à sa dispersion, le port et le transport sans motif légitime d'objets pouvant constituer une arme".

Eric Ciotti (LR) a dénoncé mardi une "cacophonie" sur ce texte, avec une majorité "prisonnière de ses barrières idéologiques". Son groupe compte proposer notamment des peines planchers pour les violences contre les forces de l'ordre.

Côté RN, "si c'est une loi anticasseurs je la voterai, si c'est une loi antigilets jaunes" non, a indiqué à Sud Radio le porte-parole Sébastien Chenu.

Le gouvernement entend amender le texte pour permettre une réponse pénale plus rapide face aux attroupements délictueux.

A gauche, les députés restent mobilisés contre "une loi de communication" qui "fait appel aux bas instincts" (PCF), discutée "dans l'urgence" (PS). Les Insoumis monteront au créneau pour faire interdire l'usage des lanceurs de balles de défense (LBD) et des grenades de désencerclement par les forces de l'ordre.

ll-parl/cs/shu

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture d’écran du documentaire « Michel Debré et La Réunion, dérives d’une ambition républicaine » d’Alice Cohen
4min

Politique

Les « docus de l’été » : L’histoire oubliée de l’île de La Réunion

C’est un chapitre méconnu de l’histoire de France : la politique menée par Michel Debré à La Réunion entre 1963 et 1988. Pendant vingt-cinq ans, l’ancien Premier ministre du général de Gaulle mettra tout en œuvre pour contenir les velléités autonomistes qui traversent l’île, notamment celles portées par les communistes réunionnais. Traumatisé par l’indépendance de l’Algérie, inquiet de la montée des mouvements anticoloniaux et frappé par la misère qui touche alors une grande partie de la population, il engage une politique volontariste de modernisation fondée sur de grands travaux, des investissements massifs mais aussi des mesures beaucoup plus contestées, comme le transfert de milliers de mineurs vers la métropole. Cette période complexe et controversée de l’histoire réunionnaise est au cœur du documentaire d’Alice Cohen, "Michel Debré et La Réunion", dérives d’une ambition républicaine à voir cet été sur Public Sénat.

Le

Gare SNCF Toulouse MATABIAU
7min

Politique

« Rien n’a été prévu » : un rapport du Sénat dresse un bilan sévère sur l’ouverture du réseau ferroviaire à la concurrence

Cinq après l’ouverture du ferroviaire à la concurrence, un rapport sénatorial salue l’efficacité budgétaire de la réforme, mais regrette l’impréparation de l’Etat face aux bouleversements engendrés par la fin du monopole de la SNCF. L’éclatement du réseau et le sous-financement des lignes moins rentables préoccupent particulièrement les sénateurs.

Le