Application des lois : « Un recours accru » aux ordonnances, dénonce le Sénat
Dans son rapport annuel, le Sénat souligne un taux d’application des lois en baisse, un délai moyen de prise des décrets d’application en légère hausse et un « recours accru » aux ordonnances qui se poursuit.

Application des lois : « Un recours accru » aux ordonnances, dénonce le Sénat

Dans son rapport annuel, le Sénat souligne un taux d’application des lois en baisse, un délai moyen de prise des décrets d’application en légère hausse et un « recours accru » aux ordonnances qui se poursuit.
Public Sénat

Par Laure-Anne Elkabbach

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La délégation du Bureau chargée du travail parlementaire, de la législation en commission, des votes et du contrôle, a publié son rapport annuel d’application des lois pour l’année 2018-2019. Ce bilan porte « sur les lois adoptées entre le 1er octobre 2018 et le 30 septembre 2019 ».

Lors d’un entretien à publicsenat.fr, la présidente de cette délégation du Bureau, Valérie Létard qui a dirigé le rapport, a expliqué l’importance de ce travail de contrôle : « Le bilan de l’application des lois c’est un temps fort de l’action du contrôle du gouvernement par le Parlement - et donc par le Sénat en l’occurrence - qui permet de s’assurer que les textes d’application sont pris en temps et en heure et respecte la volonté du législateur ».

La vice-présidente du Sénat a précisé que la crise sanitaire avait rendu ce travail d’évaluation de contrôle « particulièrement difficile » cette année.

Plus de propositions de loi que les années précédentes

« Hors conventions internationales », 49 lois ont été votées en 2018-2019, soit 8 de plus que la session précédente. 31 (hors loi des finances et loi de financement de la sécurité sociale) ont été examinées en procédure accélérée.

Une raison de satisfaction pour le Sénat : « Près de la moitié des lois votées » durant cette session sont des propositions de loi (textes initiés par le Parlement et dans le cas présent, par le Sénat). Ce qui montre une augmentation par rapport aux années précédentes.

En juin 2019, une résolution a modifié le règlement du Sénat et lui a permis de renforcer les capacités de contrôle de l’application et de l’évaluation des lois. Le rapporteur d’un projet ou d’une proposition de loi s’est ainsi vu confier la responsabilité du suivi de son application. Le rapport explique qu’il est encore trop tôt pour en tirer les conséquences. « L’an prochain, on aura véritablement la capacité de mesurer le rôle d’aiguillon supplémentaire que pourront avoir les commissions avec des rapporteurs qui suivent en temps réel » estime Valérie Létard.

Un taux d’application des lois en légère baisse

Pour la période 2018-2019, le taux d’application des lois, selon les calculs du Sénat, est de 72%, soit 6 points de moins que l’année précédente.

660 mesures réglementaires sur les 918 prévues, ont été prises. Toutefois, il faut prendre en compte dans cette baisse, le fait qu’il y a eu une hausse des mesures d’application prévues.

Ce qui agace le Sénat, c’est que le taux global d’application des lois « ne prend en compte que le nombre de décrets et non leur importance respective ». Et qu’il y a de grandes différences selon les textes et les commissions. Et le rapport de donner comme exemple la commission des Lois qui a connu cette année un taux d’application de 49% sur « les lois de son ressort » quand la commission des Finances constate pour elle, un taux de 88%.

Le délai moyen de prise des décrets d’application, en légère hausse

Alors qu’il se situait à la baisse depuis deux ans, le délai moyen de publication des textes d’application est en légère hausse.

 « Les mesures réglementaires ont été publiées cinq mois et 12 jours après la promulgation de la loi », en moyenne (4 mois et 17 jours en 2019). Pour les propositions de lois, le délai s’élève à 5 mois et 27 jours.

Malgré cette légère hausse, l’exécutif a respecté, dans ces cas-là, son engagement de prendre des mesures réglementaires dans un délai de 6 mois suivant la publication de la loi (comme le prévoit la circulaire du 29 février 2008).

Une nouvelle fois, les sénateurs relèvent que la procédure accélérée est beaucoup utilisée (elle concerne deux tiers des lois votées durant cette session) mais que derrière, l’exécutif ne suit pas suffisamment sur les délais de mise en application des textes.

« On nous demande la procédure accélérée mais on voit bien que par ailleurs ça permet de faire plus de textes mais avec des délais pour sortir les textes réglementaires, qui sont plus longs » réagit Valérie Létard.

Un nombre de rapports du gouvernement remis au Parlement, trop faible

Le Sénat regrette cette année encore que le gouvernement lui remette aussi peu de rapports. En baisse par rapport à l’année précédente, le taux de remise des rapports ne représente que 12% pour l’année 2018-2019 contre 35% l’année précédente.

La haute assemblée dénonce également « un recours accru » aux ordonnances de la part de l’exécutif. Un fonctionnement récurrent. Depuis 2012 (et à l’exception de l’année 2018) leur nombre ne cesse d’augmenter : « Sur la période 2012-2018, le nombre d’ordonnances publiées dépasse celui des lois adoptées selon la procédure ordinaire ».

59 ordonnances ont été prises en 2019. Et ce n’est pas près de changer. Lors de la crise sanitaire de 2020, une cinquantaine d’ordonnances ont été prises. Le Sénat se veut vigilant sur toutes ces questions sachant qu’une décision a été rendue le 28 mai dernier par le Conseil constitutionnel qui confère aux ordonnances une valeur législative.

Ce rapport d’application des lois est débattu en séance mardi 23 juin en fin de journée.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Application des lois : « Un recours accru » aux ordonnances, dénonce le Sénat
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Application des lois : « Un recours accru » aux ordonnances, dénonce le Sénat
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le