Apprentissage : Muriel Pénicaud veut « une révolution copernicienne »

Apprentissage : Muriel Pénicaud veut « une révolution copernicienne »

La réforme de l’apprentissage est lancée. La ministre du Travail a ouvert, ce vendredi, la concertation avec les partenaires sociaux et les régions. Avec l’aide du ministre de l’Éducation et de la ministre de l’Enseignement supérieur, Muriel Pénicaud rendra un rapport, fin janvier. La réforme de l’apprentissage, de la formation professionnelle et l’assurance chômage sera soumise au vote au printemps 2018.
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Par Héléna Berkaoui

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Le deuxième volet de la réforme sociale menée par le gouvernement démarre avec l’apprentissage. Muriel Pénicaud a lancé, ce vendredi, les premières consultations avec les partenaires sociaux et les régions. La ministre du Travail entend « engager une révolution copernicienne pour répondre aux besoins de tous les jeunes et des entreprises. »

Muriel Pénicaud a esquissé les lignes de sa future réforme qu’elle préfère qualifier de « transformation de l’apprentissage. » La ministre souhaite un système moins complexe afin d’encourager les jeunes, les familles et les entreprises à choisir l’apprentissage. Elle entend également adapter ce système aux « évolutions du marché du travail et aux besoins des entreprises. » Muriel Pénicaud a aussi évoqué la création d’un « Erasmus de l’apprentissage. » Ce chantier sera mené par l’eurodéputé Jean Athuis.  

Vers une réforme de l’apprentissage

Ce vendredi, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud lance les concertations avec les partenaires sociaux et les régions sur la réforme de l’apprentissage. Un sujet beaucoup plus consensuel que celui de l’assurance chômage. Avec Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, Muriel Pénicaud rendra un rapport en fin janvier. Quatre groupes de travail ont été mis en place pour étudier les principaux axes de cette réforme. Au menu, le parcours de l’apprenti, les entreprises et l’apprentissage, la gouvernance et le financement et l’offre de formation et de certification. Quatre réunions sont prévues d’ici au 18 janvier.

Les partenaires sociaux, qui ont multiplié les rencontres à l’Élysée et à Matignon, sont plus sereins que les représentants des régions. Ces derniers craignent que leurs prérogatives soient transférées aux partenaires sociaux des branches professionnelles. À l’issue de ses rencontres avec l’exécutif, Philippe Martinez (CGT) avait insisté sur la nécessité que les apprentis aient « un niveau de culture défini et suffisant. » Jean-Claude-Mailly (FO) avait, lui, réclamé « une réflexion sur le statut des maîtres d’apprentissage » regrettant que le statut actuel « ne soit pas assez valorisé. »

Pourquoi l’apprentissage est-il boudé ?

En France, seuls 7 %  des jeunes de 16-25 ans sont en apprentissage. Un constat étonnant lorsque l’on sait que près de 9 jeunes français sur 10 ont une bonne opinion de l’apprentissage selon une enquête d’Opinion Way pour l’Agefa PME. Par ailleurs, près de 70 % des jeunes qui sortent d’une filière d’apprentissage ont un emploi durable sept mois après leur formation, précise Muriel Pénicaud.

À la question « avez-vous poussé vos enfants à être apprenti ? » le PDG de Veolia, Antoine Frérot avez répondu que non car ils « étaient brillants à l’école », l’apprentissage étant donc un « problème » qui « ne s’est pas posé. » Cette maladresse formulée sur France Inter en août dernier lui avait attiré les foudres des thuriféraires de l’apprentissage. Pour autant, les propos d’Antoine Frérot semblent représentatifs de l’image de cette filière en France. Même si elle s’est développée à l’Université, elle reste assimilée aux métiers manuels. D’autres problèmes persistent par ailleurs. Les apprentis peinent souvent à trouver des entreprises et le nombre de rupture de contrats atteint 48,9 % dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration.  

Le taux d’insertion est très lié au diplôme obtenu. Pour exemple, 79 % des apprentis ayant décroché un diplôme de l’enseignement supérieur ont un emploi contre 58,8 % pour les apprentis diplômés d’un CAP, selon les chiffres du ministère de l’Éducation. À noter que les filles sont moins bien loties. L’étude du ministère souligne que « suite à une formation dans le secteur des services ou celui de la production, les garçons s’insèrent mieux. » Les filles sont aussi trois fois plus souvent embauchées en temps partiel à la sortie de l’apprentissage.

Comment est financé l’apprentissage ?

L’État, les régions et les entreprises contribuent au financement de l’apprentissage. Près de la moitié du financement est assurée par les entreprises via la taxe d’apprentissage, la rémunération des apprentis et les malus pour les entreprises qui n’emploient pas suffisamment d’employés. L’État finance près d’un quart de l’apprentissage en exonération de charges sociales pour les entreprises et en crédit d’impôt. Les régions prennent en charge le quart restant. Leurs contributions vont vers les entreprises avec une indemnité compensatoire forfaitaire et surtout vers les centres de formation à grand renfort de subventions. Par ailleurs, les entreprises peuvent bénéficier de différentes aides à l’apprentissage comme le « TPE Jeunes apprentis » pour les entreprises de moins de 11 salariés qui recrutent un jeune apprenti de moins de 18 ans.

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