Après l’affaire Benalla, comment Macron veut réformer l’Elysée
L'affaire Benalla et les "dysfonctionnements" qu'elle a révélés n'ont fait que renforcer le projet d'Emmanuel Macron de réformer...

Après l’affaire Benalla, comment Macron veut réformer l’Elysée

L'affaire Benalla et les "dysfonctionnements" qu'elle a révélés n'ont fait que renforcer le projet d'Emmanuel Macron de réformer...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

L'affaire Benalla et les "dysfonctionnements" qu'elle a révélés n'ont fait que renforcer le projet d'Emmanuel Macron de réformer en profondeur l'organisation de l'Elysée, en créant une direction générale des services et un commandement unique des forces de sécurité, a indiqué son entourage.

En prenant ses fonctions en mai 2017, l'ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée connaissait déjà la lourdeur des procédures, le lent cheminement des innombrables parapheurs -- liasses de documents papiers qui doivent recueillir toute une chaîne de signatures --, le cloisonnement entre des services qui fonctionnent "en silos", le recours insuffisant à l'informatique ou encore une répartition des tâches parfois absurde, explique son entourage.

Tout en réformant au pas de charge le code du travail durant l'été 2017, pour ce qui concerne l'Elysée, le président avait pris le temps d'évaluer la situation.

En octobre 2017, il a lancé une "revue générale des services" qui a duré jusqu'en décembre, mettant en évidence, entre autres, les travaux indus effectués par certains services.

Par exemple, le commandement militaire, chargé de la sécurité du Palais, réalisait la revue de presse quotidienne et chapeautait le service d'impression des cartons d'invitation.

Le GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République), chargé de la sécurité du président durant ses déplacements, s'occupe des bagages des conseillers.

"Ce qu'a apporté l'affaire Benalla est d'avoir révélé d'autres dysfonctionnements, par exemple dans l'organisation hiérarchique", explique-t-on à l'Elysée.

"Le président a souhaité que le travail mené sous l’autorité du secrétaire général Alexis Kohler soit également nourri de ce qu'on pouvait identifier après l'affaire Benalla" pour une réorganisation qui concernera la logistique comme les transports, la sécurité ou encore la communication. La réforme devrait être enclenchée "d'ici la fin de l'année" et s'étaler sur plusieurs mois.

- "Relations immatérielles" -

L'affaire a notamment montré "des dysfonctionnements sur les relations immatérielles à l'Elysée, pas forcément visibles", explique l'entourage du président.

En clair, personne au palais n'oserait remettre en cause les faits et gestes d'une personne visiblement proche du président, comme ce fut le cas pour Alexandre Benalla.

"Tout à l’Elysée est basé sur ce que l’on peut vous prêter en termes de proximité avec le chef de l’Etat. Est-ce qu’il vous a fait un sourire, appelé par votre prénom, etc. C’est un phénomène de cour", avait admis M. Benalla lui-même dans une interview au Monde.

Un autre handicap est l'absence à l'Elysée d'administration propre: le personnel est composé de fonctionnaires mis à disposition par leur administration d'origine, qui impute leur salaire à la présidence, et ce jusqu'au personnel du standard, mis à disposition par Orange. Ce qui explique que l'Elysée n'ait ni médecine du travail en propre, ni syndicats. Parfois, ils en dépendent encore hiérarchiquement. Ainsi le service du protocole dépend du Quai d'Orsay.

D'où la décision d'Emmanuel Macron de nommer un directeur ou une directrice générale des services ayant autorité sur les quelques 820 collaborateurs de l'Elysée.

Cette fonction, qui a existé sous d'autres présidents, relevait jusqu'ici du directeur de cabinet Patrick Strzoda, qui est accaparé par les missions régaliennes, explique la présidence.

La sécurité est, elle, éclatée entre le commandement militaire, qui dépend de l'Elysée, dirigé par le général Eric Bio Farina, chargé de la sécurité du Palais et des résidences présidentielles, et le GSPR, qui assure la sécurité du président lors de ses déplacements et dépend du ministère de l'Intérieur.

Depuis plusieurs mois, le commandant militaire et le patron du GSPR Lionel Lavergne étudient une manière de placer les deux entités sous un commandement unique, qui pourrait dépendre de l'Elysée, indique la présidence.

"L'enjeu est une continuité dans la sécurité et une rationalisation des moyens," justifie l'Elysée, qui se défend de toute intention de créer une garde prétorienne.

Alexandre Benalla avait participé à des réunions sur ce rapprochement mais Patrick Strzoda, durant son audition à l'Assemblée, a catégoriquement nié que son ancien adjoint ait été pressenti pour diriger ce nouveau service unifié.

M. Benalla a décrit au Monde les réticences que ce projet suscite. "On avait bien avancé, mais on avait en face un ministère de l’Intérieur qui refusait de participer à l’élaboration de cela. Je n’aurais eu aucun rôle dans la future structure", avait-il affirmé.

Partager cet article

Dans la même thématique

Meeting of Candidate in France’s 2027 presidential election, Jean-Luc Melenchon in Le Bourget
8min

Politique

« Il est l’heure de tout changer » : au Bourget, LFI met en scène sa « Nouvelle France » 

À l’occasion de la présentation de la nouvelle édition de L’Avenir en commun, samedi 7 novembre, La France insoumise a transformé le Bourget en théâtre de campagne. Scénographie immersive, démonstration de force militante et discours de Jean-Luc Mélenchon résolument tourné vers la jeunesse, le mouvement entend faire de son programme le premier acte de la présidentielle de 2027. Reportage

Le

Après l’affaire Benalla, comment Macron veut réformer l’Elysée
6min

Politique

Mobilisation de la jeunesse : « Nous avons construit un État-providence qui fonctionne seulement pour les adultes », reconnaît cette eurodéputée

Une Europe en ébullition sociale. De la France à l'Italie, en passant par la Belgique, la Grèce ou l'Allemagne, une vague de contestation secoue les capitales de l'Union. Nés de mouvements lycéens et étudiants initiés en France, ces soulèvements traduisent un malaise profond touchant l'avenir de la jeunesse, la crise du logement et l'effritement du pouvoir d'achat. Face à ce front commun qui surprend les gouvernements européens, des syndicats et des associations issus de sept pays appellent à des manifestations coordonnées pour la fin du mois de novembre.

Le

France : Edouard Philippe visits Zuydcoote to discuss immigration
10min

Politique

« La fébrilité est de leur côté, pas du sien » : sous pression du camp Attal et Retailleau, Edouard Philippe reste droit dans ses bottes et refuse la primaire

Après Gabriel Attal et David Lisnard, Bruno Retailleau s’est rangé à l’idée de primaire de la droite et du centre, au point de commencer à y travailler. Si le candidat Horizons ne change pas d’avis, « il portera seul la responsabilité de la division », prévient Laurence Garnier, porte-parole de Bruno Retailleau. « On attend du prochain chef de l’Etat qu’il sache résister à la pression de Trump ou Poutine, ce n’est pas celle des candidats mal partis qui fera fléchir Edouard Philippe », rétorque Nathalie Loiseau, porte-parole d’Edouard Philippe…

Le