De premières voix discordantes s'élèvent en public, mais les principaux cadres de La France insoumise, éreintée dimanche par la division par...
Après la débâcle, l’amorce de la discorde à La France insoumise
De premières voix discordantes s'élèvent en public, mais les principaux cadres de La France insoumise, éreintée dimanche par la division par...
Par Baptiste BECQUART
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De premières voix discordantes s'élèvent en public, mais les principaux cadres de La France insoumise, éreintée dimanche par la division par trois de son score entre les élections présidentielle et européennes, resserrent pour l'instant les rangs autour de Jean-Luc Mélenchon.
Chez Les Républicains, autres grands perdants du scrutin de dimanche, le débat est parti sur les chapeaux de roue. Mais chez LFI, malgré un score tombé à 6,31% dimanche, loin des 19,58% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2017, rien n'a filtré de la réunion du groupe parlementaire du mardi matin, le principal lieu de discussion stratégique.
"Ca s'est bien passé, chacun a pu s'exprimer sur ce qu'il pensait de la campagne", se contente de dire à l'AFP le député Eric Coquerel, par ailleurs coordinateur du Parti de gauche, composante fondatrice de LFI.
La députée Clémentine Autain a pourtant ouvert le débat, dès dimanche soir puis les jours suivants: "Ce qui est en cause, c'est la ligne politique de LFI", a-t-elle attaqué dans les médias. Elle a aussi déploré "la récurrence de formulations" visant à "cliver", ainsi que "des murs" dressés "là où il aurait davantage fallu chercher à construire des passerelles".
D'autres reproches ont surgi sur les réseaux sociaux, venant par exemple de Manon Le Bretton, responsable de l'Ecole de formation insoumise: "Épuisée par cette campagne. Pas tant par l'énergie déployée sur le terrain, que par les désaccords et alertes que j'ai exprimés en interne quant à la ligne adoptée, qui abandonnait le travail remarquable engagé en 2017", a-t-elle tweeté. "Je pleure d'avoir eu raison, avec d'autres."
Elle fait notamment allusion au manque de structures de décision collective sur la stratégie, qui s'est soldé par plusieurs départs. "Cet échec doit amener LFI à se régénérer" autour d'une "ligne co-construite avec les militants", résume auprès de l'AFP un candidat aux européennes.
- "Illisible" -
Selon un cadre insoumis, "ça tangue déjà" mais "rien ne se dessine clairement". Il prévient: "Soit les dirigeants ont une réaction intelligente pour repenser le mouvement" de manière aussi démocratique que ses idéaux, "soit LFI se +cornérise+ encore plus".
Alexis Corbière à l'Assemblée nationale le 10 avril 2019
AFP/Archives
Pour l'instant, les lieutenants de M. Mélenchon sont plutôt montés au créneau pour relativiser la défaite. Le député Alexis Corbière a déploré que Clémentine Autain soit "allée à la radio avant qu'on ne se réunisse", taclant: "Ca ne sert à rien de chercher à tirer son aiguille personnelle".
LFI n'a certes "pas su montrer à ceux qui souffrent du système que l'enjeu était tel qu'il fallait se déplacer et voter pour nous", mais "c'est une élection qui est très dure pour nous, où notre électorat populaire s'abstient considérablement", a déclaré Eric Coquerel.
"C'est du pipeau! C'était un scrutin national, un point de passage vers la présidentielle", cingle François Cocq, ancien orateur national LFI congédié d'un tweet par Jean-Luc Mélenchon en janvier, mais qui entend continuer à militer. Il critique la stratégie d'ouverture à gauche de LFI, qui a par exemple accueilli à l'automne une partie de l'aile gauche du PS: "On a préféré, en vue des élections locales à venir, retourner à la tambouille. Les municipales vont être une pagaille incroyable pour LFI qui sera illisible".
"On n'est pas dans les guéguerres personnelles, tout le monde a le droit de s'exprimer", assure à l'AFP Muriel Ressiguier, une autre députée. Cependant, "on s'est dit qu'il ne fallait pas réagir à chaud, chacun va réfléchir".
L'éventuel impact de la colère médiatisée de M. Mélenchon durant les perquisitions au siège de LFI en octobre? "D'habitude, ce qui se passe, c'est que tout le monde la ferme, ça ne discute pas", croit savoir un ancien du mouvement, pour qui "Mélenchon envoie bouler (toute personne critique), qu'il classe ensuite comme pas fiable".
Même dans les troupes à la base, "l'analyse est assez pauvre", témoigne un militant nordiste qui amorce une prise de recul, critiquant des décisions "de plus en plus opportunistes" de M. Mélenchon et ses proches. Il soupire: "Les militants ont été enfermés et s'enferment eux-mêmes dans un honneur militant, donc ils obéissent".
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