Après la déception des législatives, l’heure de l’explication au FN
Le Front national quadruple sa présence à l’Assemblée nationale mais échoue à constituer un groupe parlementaire, après la défaite de plusieurs figures. L’heure de la « refondation » s’amorce.

Après la déception des législatives, l’heure de l’explication au FN

Le Front national quadruple sa présence à l’Assemblée nationale mais échoue à constituer un groupe parlementaire, après la défaite de plusieurs figures. L’heure de la « refondation » s’amorce.
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Par Guillaume Jacquot (Sujet vidéo : Quentin Calmet)

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C’est un scrutin en demi-teinte pour le Front national, dont les gains relatifs de dimanche soir auront du mal à masquer les déceptions. Le parti envoie huit députés à l’Assemblée national, six de plus qu’il y a cinq ans, et progresse en nombre de voix par rapport à 2012, malgré une abstention record.

Contrairement à 2012, où Gilbert Collard et Marion-Maréchal Le Pen avaient été élus à la faveur d’une triangulaire, cette année les huit députés FN ont été élus dans des duels. Pour la première fois depuis le début de sa carrière politique, Marine Le Pen va même siéger au Palais Bourbon, après son élection dans la 11e circonscription d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), avec 58,60% des voix. Ce matin, devant la presse, elle « annonce la disparition du plafond de verre », une « légende qui vient de prendre un coup sur la tête ».

Le FN ne pourra pas former un groupe parlementaire seul

Avec huit députés, le FN estime pouvoir mener désormais « un véritable travail d’opposition », comme l’affirmait ce lundi matin le sénateur David Rachline. Mais avec seulement huit élus, le Front national est loin pour l’heure d’atteindre le seuil des 15 députés nécessaire à la formation d’un groupe parlementaire. Marine Le Pen ne désespère pas de trouver des alliés à droite :

« Rien ne dit que nous n'en aurons pas demain […] Je ne perds pas de vue cet objectif de pouvoir au cours des prochains mois constituer un groupe à l'Assemblée nationale qui puisse être un groupe où nous nous entendions sur deux, trois lignes principales, tout en conservant chacun notre indépendance et sa spécificité. »

Félicité par plusieurs cadres du parti, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) avait promis en plein campagne d’entre-deux-tours qu’il ne siégerait pas dans un groupe FN. Hier, le député de Yerres réélu insistait plutôt sur la nécessité d’ « unir les forces de résistance ».

Le député-maire d’Orange Jacques Bompard (Ligue du Sud), ancien membre du Front national, réélu de justesse, pourrait être lui aussi l’un des autres députés indépendants qui pourrait être convoité.

L'incompréhension de Gilbert Collard

Contraint à d’hypothétiques ralliements de la droite pour exister en tant que groupe, le FN ne pensait pas tomber sous la barre des 15 députés début mai. Dans la foulée des scores de la présidentielle, le porte-parole Jérôme Rivière issu de l’UMP, battu ce dimanche dans le Var (44,1%), tablait sur 30 à 40 députés.

Si le parti développe son assise dans le bassin minier (avec l’élection de Marine Le Pen, Ludovic Pajot, Bruno Bilde et José Evrard dans le Pas-de-Calais, et de Sébastien Chenu dans le Nord), le FN enregistre des déconvenues dans le sud du pays. Il perd de peu la troisième circonscription du Vaucluse : avec 49,33% au second tour, Hervé de Lépinau ne succédera pas à Marion Maréchal Le Pen. Dans les Bouches-du-Rhône (12e), Jean-Lin Lacapelle a été éliminé au premier tour, conséquence notamment de la présence d’un candidat de l’Union des patriotes, soutenu par Jean-Marie Le Pen. Dans la troisième, le sénateur-maire Stéphane Ravier est battu à 47,58%.

Battu dès le premier tour avec 20 voix seulement de retard, le secrétaire général du parti Nicolas Bay considérait que les résultats du Front sonnaient comme une « déception au plan national ». Une déception qui s’est poursuivie dimanche : présent dans 120 circonscriptions, le FN l’a emporté dans seulement huit. Dans les médias, les responsables du FN se succèdent pour rejeter la faute sur le mode de scrutin, quelques rares voix mettent en cause la ligne stratégique.

 Après sa réélection sur le fil dans le Gard (50,16%), Gilbert Collard a mis en garde son parti : « Nous ne devons pas crier victoire parce que le Front national a pris un sacré coup sur la tête », a déclaré hier l’avocat « mariniste », conscient que son second tour aurait pu être fatal :

« Il va falloir maintenant réfléchir très sérieusement au fonctionnement du mouvement et à la manière dont on doit s'organiser. Ce n'est pas concevable que dans une région comme le Gard, la Camargue, j'ai eu tant de difficultés alors que j'avais [...] un élan extraordinaire qui s'est arrêté en plein vol. »

Une phase de « refondation » à venir

Après sa défaite en Moselle (42%), le numéro du 2 du parti, Florian Philippot pourrait être fragilisé. Plusieurs des proches du fondateur de l’association « Les patriotes », une boîte à idées pour la refondation du parti, ont également été balayés au second tour de ces législatives. La ligne Philippot, dont la délicate question de la sortie de l’euro, divise de plus en plus au sein du parti.

Annoncé dès la défaite de la présidentielle, un débat interne aura lieu au cours des prochaines semaines. Le point d’orgue devrait avoir au prochain congrès dans quelques mois. « Je veux qu’il y ait une forme de séminaire avec des réunions de réflexion sur toute une série de sujets. Nous devons nous poser la question de ce qui a bien marché et de ce qui a moins bien marché », euphémisait ce matin Marine Le Pen.

Son ex-directeur de campagne, David Rachline, abondait dans son sens, estimant que la refondation du parti passerait par un changement de nom. « Je suis partisan de la création d’une nouvelle force politique, pour rassembler encore plus largement », déclarait sur Europe 1 le sénateur.

La séquence d’introspection après les séquences de la présidentielle et des législatives débutera dès demain avec la réunion d’un bureau politique. Une réunion à laquelle voudrait s’inviter un certain Jean-Marie Le Pen.

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