Après la polémique, Rémy Heitz choisi pour prendre la tête du parquet de Paris
Le gouvernement a annoncé mercredi avoir choisi Rémy Heitz, un haut magistrat passé par la Sécurité routière, pour succéder à...

Après la polémique, Rémy Heitz choisi pour prendre la tête du parquet de Paris

Le gouvernement a annoncé mercredi avoir choisi Rémy Heitz, un haut magistrat passé par la Sécurité routière, pour succéder à...
Public Sénat

Par Caroline TAIX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le gouvernement a annoncé mercredi avoir choisi Rémy Heitz, un haut magistrat passé par la Sécurité routière, pour succéder à François Molins au poste sensible de procureur de Paris, après une semaine de polémique où l'Elysée a été accusé de s'immiscer dans le processus de nomination.

"Rémy Heitz est proposé au poste de procureur de la République à Paris en remplacement de François Molins", a twitté Youssef Badr, le porte-parole de chancellerie. Etape suivante: le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) rendra un avis, non-contraignant pour le gouvernement, avant que Rémy Heitz ne soit officiellement nommé sur décret présidentiel.

Ce haut magistrat de 54 ans est depuis août 2017 directeur des affaires criminelles et des grâces (DACG), poste-clé à la chancellerie pour la mise en oeuvre de la politique pénale du gouvernement. Il est passé par le parquet et le siège mais aussi par des fonctions politiques. Etiqueté à droite, il est principalement connu pour avoir été délégué interministériel à la sécurité routière entre 2003 et 2006, un des chantiers prioritaires du président Jacques Chirac.

Ephémère vice-procureur de Paris en 2001, il a ensuite présidé le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le deuxième plus important de France, entre 2011 à 2015.

François Molins, procureur de la République de Paris depuis sept ans, doit quitter son poste en novembre pour rejoindre la Cour de cassation. La vague d'attentats jihadistes sans précédent en France à partir de 2015 a fait de lui le visage de l'antiterrorisme pour le grand public. En revanche, un parquet national antiterroriste devant être bientôt créé, Rémy Heitz ne devrait pas être en charge de ces dossiers.

La succession de François Molins est depuis plus d'une semaine au coeur d'une polémique ciblant l'Elysée, accusé d'être intervenu dans la nomination d'un magistrat qui a notamment en charge des affaires politico-judiciaires sensibles.

La ministre de la Justice Nicole Belloubet avait auditionné trois candidats en juillet, mais tous, y compris le favori de la garde des Sceaux, ont finalement été recalés. Selon Le Monde et le Canard enchaîné, aucun ne satisfaisait le chef de l'Etat. Et le 24 septembre, un nouvel appel à candidatures a donc été lancé, irritant le monde de la magistrature.

- "Procédures sensibles" -

Le Premier ministre Edouard Philippe avait lui-même reçu cet été deux des trois prétendants finalement recalés, selon une source gouvernementale. Cette rencontre-entretien était, selon l'Union syndicale des magistrats, "une grande première".

Mardi, le Premier ministre a déclaré qu'il assumait son intervention, voulant "être certain" qu'il serait "parfaitement à l'aise" avec le futur procureur.

Les procureurs, "parce qu'ils sont porteurs d'une politique publique définie par notre gouvernement (...) s'inscrivent dans une ligne de hiérarchie", a dit de son côté la ministre de la Justice. De ce fait, "il n'est pas anormal qu'il y ait un dialogue qui s'instaure avec le président de la République et le garde des Sceaux sur l'ensemble de ces postes", a-t-elle tenté de justifier.

Cette polémique a relancé le débat sur l'indépendance du parquet. "Il est sidérant que ce pouvoir ne mesure pas combien la démocratie gagnerait à retirer à la garde des Sceaux le pouvoir de proposition des procureurs – et des juges – et à le confier à un CSM rénové", a réagi mercredi le Syndicat de la magistrature dans un communiqué.

"Cette prérogative de nomination des magistrats crée les conditions du soupçon permanent sur leur indépendance réelle", a ajouté le syndicat de gauche. "Elle est ici mise en oeuvre, de manière décomplexée, pour exiger une allégeance personnelle, par un exécutif qui n’ignore pas que le nouveau procureur de Paris devra suivre de nombreuses procédures sensibles impliquant des proches du pouvoir".

La réforme constitutionnelle, dont l'examen a été suspendu du fait de l'affaire Benalla, prévoit d'interdire au pouvoir de passer outre l'avis contraire du CSM pour les hauts magistrats du parquet, ce qui reste insuffisant pour les syndicats.

Partager cet article

Dans la même thématique

Après la polémique, Rémy Heitz choisi pour prendre la tête du parquet de Paris
3min

Politique

Taxer les riches : « C’est totalement indécent cet accaparement de la richesse par quelques-uns au détriment du reste de la population », dénonce cette eurodéputée

Faut-il taxer davantage les plus fortunés ? Après avoir agité le débat en France, le sujet s’invite désormais dans les couloirs du Parlement Européen. Si imposer davantage les plus riches et des multinationales permettrait de renforcer le budget de l’Union, à quel prix et par quels moyens ? Caroline de Camaret et Alexandre Poussart reçoivent les eurodéputés Marina Mesure et Yvan Vergoustraete pour en débattre, dans l’émission Ici l’Europe diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le

Après la polémique, Rémy Heitz choisi pour prendre la tête du parquet de Paris
5min

Politique

Budget 2026 : le Sénat vote l’accélération de la suppression de la CVAE

Lors des débats budgétaires, la majorité sénatoriale a poursuivi sa politique de réduction des impôts, en accélérant la trajectoire de suppression de la CVAE, un impôt de production. La gauche dénonce une « irresponsabilité » budgétaire supplémentaire, qui diminue les recettes de l’Etat d’1 milliard en 2026 et de 3 milliards en 2028.

Le

Après la polémique, Rémy Heitz choisi pour prendre la tête du parquet de Paris
4min

Politique

Centres-villes : « Je suis inquiet de voir que tous les commerces disparaissent. Que va devenir notre ville ? » L’appel d’un retraité aux sénateurs.

Jean-Claude Ducarois, 81 ans, retraité à Pont-de-Buislès, livre ses préoccupations. Dans sa commune du Finistère, le dernier commerce alimentaire, une petite supérette, a fermé ses portes quelques semaines seulement après la station-service. Comment inverser la tendance, et que peuvent les élus ? Quentin Calmet pose la question aux sénateurs invités de l’émission Dialogue citoyen.

Le

Mirecourt: French president Emmanuel Macron
6min

Politique

Macron veut interdire les portables au lycée : mesure qui « va dans le bon sens » ou « peine perdue » ?

Le chef de l’Etat a annoncé que les téléphones portables allaient « sans doute » être interdits dès la rentrée prochaine dans les lycées. C’est « faisable », soutient le sénateur Renaissance Martin Lévrier. « Il est incorrigible. C’est une annonce par jour pour exister », raille le sénateur LR Max Brisson, opposé à l’interdiction au lycée. « Une annonce un peu surréaliste » qui élude les vrais problèmes, dénonce la sénatrice PS Colombe Brossel.

Le