Après la polémique sur Ségolène Royal, Jean-Yves Le Drian prend la défense des ambassadeurs thématiques
Le ministre s’est opposé à un amendement de la sénatrice Nathalie Goulet qui veut, a minima, diminuer le nombre d’ambassadeurs thématiques et plus de transparence. Actuellement au nombre de 21, leur coût est de 1,9 million d’euros.

Après la polémique sur Ségolène Royal, Jean-Yves Le Drian prend la défense des ambassadeurs thématiques

Le ministre s’est opposé à un amendement de la sénatrice Nathalie Goulet qui veut, a minima, diminuer le nombre d’ambassadeurs thématiques et plus de transparence. Actuellement au nombre de 21, leur coût est de 1,9 million d’euros.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Faire la lumière – et des économies – sur les ambassadeurs thématiques. C’est ce qu’a cherché à faire la sénatrice UDI, Nathalie Goulet, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2020, au Sénat. La sénatrice de l’Orne a défendu un amendement visant à réduire de deux millions d’euros, ramenés à un million en séance, les crédits alloués par l’Etat. Manière de réduire le nombre d’ambassadeurs thématiques, sujet sur lequel la sénatrice revient depuis plusieurs années.

Un amendement qui arrive après la polémique sur Ségolène Royal. Nommée ambassadrice chargée de la négociation internationale sur les pôles Arctique et Antarctique en 2017 par Emmanuel Macron, l’ancienne ministre socialiste a été épinglée par une enquête de Radio France. Elle utiliserait ses collaborateurs, payés par de l’argent public pour sa mission, à des fins personnelles. Ségolène Royal, qui exerce sa fonction bénévolement, a dénoncé des « insinuations calomnieuses et diffamatoires ».

« Vraies niches pour les amis en mal d’exotisme ou les recalés du suffrage universel »

Si l’amendement de Nathalie Goulet a été rejeté de peu, il a relancé le débat et a permis d’avoir quelques chiffres. « Il s’agit d’avoir un peu d’éclaircissements sur les ambassadeurs thématiques. Ils ont été créés sous Jacques Chirac. Certains sont des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères (…) qui ne coûtent rien de plus que leurs salaires », a souligné Nathalie Goulet, mais « d’autres font l’objet d’une désignation tout à fait opaque et qui occasionne un certain nombre de frais pour lesquels le Parlement n’est pas éclairé. Et nous n’avons jamais ou quasiment jamais de rapport de mission de ces ambassadeurs ». La sénatrice prend exemple sur « la dernière en date », avec « Madame O, qui était la suppléante d’un ministre et qui est maintenant ambassadeur ». Delphine O, ancienne députée LREM, est par ailleurs la sœur du secrétaire d’Etat Cédric O. Regardez :

Ambassadeurs thématiques : Nathalie Goulet dénonce le manque de transparence
02:12

« Nous avons des ambassadeurs indiqués comme pro bono (non rémunérés, ndlr). Et je ne veux pas revenir sur la polémique récente à propos d’un ancien ministre qui a défrayé la chronique » ajoute la sénatrice, sans citer nommément l’ambassadrice chargée des pôles. Dans l’objet de son amendement, Nathalie Goulet est en revanche plus directe et prend moins de pincettes : « Ces postes sont des vraies niches pour les amis en mal d’exotisme ou les recalés du suffrage universel » peut-on lire. « Nous n’avons sur ce sujet aucune transparence, et le poste "pro bono" mais dispendieux de Madame Royal relance ce débat sur les modalités de nomination et la transparence des moyens conférés à ces ambassadeurs thématiques ».

Pour la commission des finances, le rapporteur de cette mission, Vincent Delahaye, sénateur UDI de l'Essonne, a pu obtenir quelques chiffres auprès de l’administration. « Il y a aujourd’hui 21 ambassadeurs thématiques, contre 19 en 2018 » a-t-il annoncé (voir vidéo ci-dessous). Un nombre qui évolue, les fonctions de ces ambassadeurs s’arrêtant avec leurs missions.

Vincent Delahaye : « Le coût annuel pour 2019 des 21 ambassadeurs thématiques est de 1,960 million d’euros »
01:28

« Sur les 21, 2 ne sont pas rémunérés, 3 ne perçoivent pas de rémunération complémentaire au titre de leur fonction (…), 16 sont rémunérés par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, (…) dont 8 diplomates de carrière et 8 personnalités extérieures au ministère », précise le sénateur centriste. Il ajoute :

« Le coût annuel pour 2019 des ambassadeurs thématiques, en termes de masse salariale, charges sociales comprises, est de 1,960 million d’euros »

Le Drian : « Il n’y a ni de trou noir, ni d’agenda caché »

Au micro du Sénat, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est inscrit en faux contre les critiques de Nathalie Goulet et a pris totalement la défense des ambassadeurs. Selon l’ancien socialiste, « tout cela est d’une grande clarté et quand la mission est terminée, le poste est terminé aussi ». « Ils ne sont pas des ambassadeurs d’opportunité. Ce sont des vrais ambassadeurs », « des ambassadeurs pleins. Ils sont nommés en Conseil des ministres » a soutenu le ministre.

Sur ce dernier point, le sénateur LREM Richard Yung, qui a déjà planché sur le sujet, n’a pas été convaincu. « C’est vrai qu’une partie des nominations se font en dehors du Conseil des ministres » affirme le sénateur représentant les Français établis hors de France. « Il y a un certain nombre de sujets pour lequel on peut se poser des questions » a-t-il reconnu.

Le ministre n’en démord pas. Pour lui, il n’y a rien à redire. « Quand on nomme des ambassadeurs qui ne sont pas diplomates, c’est qu’il y a des compétences particulières », « il y a une lettre de mission sur chacun » soutient Jean-Yves Le Drian, qui insiste : « Je redis qu’il n’y a là ni de trou noir, ni d’agenda caché ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Après la polémique sur Ségolène Royal, Jean-Yves Le Drian prend la défense des ambassadeurs thématiques
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Après la polémique sur Ségolène Royal, Jean-Yves Le Drian prend la défense des ambassadeurs thématiques
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le