On vous explique pourquoi les LR vont se retrouver majoritaires en commission mixte paritaire
Du fait de la majorité relative à l’Assemblée, l’équilibre des commissions mixtes paritaires, où députés et sénateurs tentent de trouver un accord, est profondément modifié. Les LR, grâce à la droite sénatoriale, vont se retrouver en position de force et pourraient mettre en minorité le gouvernement. Mais au Sénat, on assure ne pas vouloir « bloquer pour bloquer ».

On vous explique pourquoi les LR vont se retrouver majoritaires en commission mixte paritaire

Du fait de la majorité relative à l’Assemblée, l’équilibre des commissions mixtes paritaires, où députés et sénateurs tentent de trouver un accord, est profondément modifié. Les LR, grâce à la droite sénatoriale, vont se retrouver en position de force et pourraient mettre en minorité le gouvernement. Mais au Sénat, on assure ne pas vouloir « bloquer pour bloquer ».
François Vignal

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

Depuis le second tour des législatives, tous les regards sont tournés vers l’Assemblée et sa majorité relative pour Emmanuel Macron. Les plus optimistes misent sur des majorités au cas par cas, les autres sur une situation de blocage. Mais ce nouveau paysage politique de l’Assemblée aura une autre conséquence. Il jouera sur la composition, et surtout l’équilibre, des CMP. C’est un peu le double effet Kiss Cool des législatives.

Derrière ce doux acronyme, se cachent les commissions mixtes paritaires. Quand députés et sénateurs votent deux versions différentes d’un même projet ou proposition de loi, c’est là que 7 députés et 7 sénateurs, rassemblés à huis clos, se retrouvent à l’Assemblée ou au Sénat et tentent de trouver un texte commun, un compromis. Ou pas.

Composition des commissions mixtes paritaires en fonction du poids des groupes politiques

La composition des CMP se fait en fonction du poids des groupes de chaque assemblée, en respectant, dans la mesure du possible, les proportions. Habituellement, forte de sa majorité absolue, la majorité présidentielle arrivait en force dans ce cénacle parlementaire, fruit du bicamérisme. Mais ça, c’était dans le monde d’avant législatives 2022. Car dans les futures CMP, la majorité d’Emmanuel Macron pourra se retrouver en minorité.

Explications : au Sénat, la majorité sénatoriale dispose de 4 places en CMP (3 LR, 1 Union centriste), l’opposition de 3 places (2 PS, 1 LREM). Ça ne changera pas. A l’Assemblée, le règlement (alinéa 3 de l’article 111 pour être précis) dit que « la désignation des représentants de l’Assemblée dans les commissions mixtes paritaires s’efforce de reproduire la configuration politique de celle‑ci ». Proportionnellement, Ensemble (Renaissance, Modem, Horizons) devrait logiquement se retrouver avec 3 députés en CMP, contre 4 pour les oppositions. Le rapport est inversé. Il y aura a priori 1 député pour le RN, 2 pour la Nupes (1,8 arrondi à 2) et 1 député LR (0,75 arrondi à 1). 7 suppléants, en cas d’absence des titulaires, sont aussi désignés. Chaque groupe politique doit au moins être représenté avec un titulaire ou un suppléant.

Concrètement, lors des CMP, les députés et sénateurs LR/centristes devraient donc être au total au nombre de 5 (4 sénateurs et 1 député), contre 4 parlementaires de la majorité présidentielle (3 députés + 1 sénateur). Ce qui n’a pas échappé aux membres de la Haute assemblée.

« En Marche n’aura plus de majorité dans les CMP »

« En CMP, le groupe le plus fort risque d’être le groupe LR. On sera majoritaire au Sénat et on aura un poste à l’Assemblée, et les autres seront divisés. Ça veut dire qu’il faudra écouter les LR, le Sénat. Le Parlement peut reprendre tous son poids, sans le gouvernement », souligne le sénateur LR Jérôme Bascher, qui ajoute :

La CMP pourra être conclusive contre l’avis du gouvernement, avec un texte qui ne ressemblera pas à celui du gouvernement.

« En Marche n’aura plus de majorité dans les CMP. Le texte qui sortira de la CMP ne sera pas forcément celui que souhaite le gouvernement », confirme Catherine Deroche, présidente LR de la commission des affaires sociales du Sénat. Preuve de l’importance du sujet, « Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat, l’a évoqué en réunion de groupe, et le président du Sénat, Gérard Larcher, l’a évoqué aussi. Bruno Retailleau a dit qu’on allait se pencher sur les CMP, car leur fonctionnement est bouleversé par le nombre de députés attribué à chaque groupe », confie la sénatrice du Maine-et-Loire. « La configuration où la majorité de l’Assemblée est moins forte va amener des CMP où les discussions seront, non pas plus âpres, mais nous permettant peut-être de faire entendre notre voix plus facilement », du moins « mathématiquement », espère Catherine Deroche.

Lire aussi » En cas de majorité relative à l’Assemblée, Emmanuel Macron va-t-il devoir « ouvrir ses chakras » avec le Sénat ?

La majorité sénatoriale ne compte pas, néanmoins, utiliser à l’excès cette position de force. C’est ce qu’assure Sophie Primas, présidente LR de la commission des affaires économiques. « Les LR/UDI auront en effet 5 sièges en CMP. Mais je dirais plutôt que c’est une formidable occasion de travailler avec nous pour trouver des accords. D’autant qu’au Sénat, comme nous travaillons avec les autres formations en amont, nous avons des positions parfois communes avec nos collègues d’autres groupes. Nous n’avons pas du tout l’intention de bloquer le pays ! » assure la sénatrice LR des Yvelines.

Depuis 5 ans, 78 % des textes ont été adoptés suite à un accord entre Sénat et Assemblée

Depuis 5 ans, sénateurs et députés se sont, en réalité, déjà entendus sur de nombreux textes, loin de l’image d’opposition voire de grandes tensions, comme sur la réforme constitutionnelle ou l’affaire Benalla. Un chiffre le démontre : durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, 78 % des textes ont été adoptés suite à un accord entre Sénat et Assemblée. Dans le détail, 42 % des textes (soit 104) ont été adoptés après un accord CMP, 26 % après la navette entre Sénat et Assemblée et 22 % après la lecture définitive par l’Assemblée, c’est-à-dire sans accord.

« J’ai eu pas mal de CMP conclusives, comme sur les Harkis ou la protection de l’enfance », illustre Catherine Deroche. « On sera dans le même état d’esprit. Quand les choses vont bien, on les vote. On essaiera de mettre des marqueurs qui nous conviennent et d’améliorer les textes. Mais l’idée, ce n’est pas de bloquer pour bloquer », affirme aussi la présidente de la commission des affaires sociales, qui entend être constructive.

Que se passe-t-il en cas de CMP conclusive contre l’avis du gouvernement ?

Dans le cas où un désaccord persiste et que la droite impose néanmoins sa version d’un projet de loi en CMP, que se passera-t-il ensuite ? Habituellement, suite à une CMP conclusive, chaque chambre examine et adopte la lecture des conclusions de la CMP. Mais ici, il s’agira de CMP conclusive contre l’avis des marcheurs.

Après la CMP, le gouvernement peut encore tenter de modifier le texte. Dans les faits, il est même pratiquement le seul à pouvoir redéposer un amendement. Ou plus exactement, « aucun amendement n’est recevable sauf accord du gouvernement », stipule l’article 45 de la Constitution. Autre règle : celle de l’entonnoir, qui veut que les amendements doivent être en relation directe avec une disposition restant en discussion. Et seuls restent en discussion les articles non conformes, c’est-à-dire qui n’ont pas fait l’objet d’un accord.

Selon la procédure parlementaire, ce sont les députés qui ont le dernier mot. Mais le gouvernement butera ici sur le problème de départ : sa majorité relative, qui l’obligera de trouver des accords avec des députés d’opposition. Si la droite sénatoriale tient à défendre certains points, elle pourra, à condition d’une bonne coordination, être relayée par les députés LR. C’est la raison pour laquelle la droite en général, et le Sénat en particulier, pourront peser de tous leurs poids à l’avenir. On comprend pourquoi un ministre, juste avant les législatives, confiait que « s’il y a une majorité relative, on devra travailler plus avec le Sénat ». La majorité présidentielle n’aura, dans bien des cas, tout simplement pas le choix.

Lire aussi » On vous explique pourquoi la droite sénatoriale apparaît comme l’une des grandes gagnantes des législatives

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture
5min

Politique

Accord du Mercosur : aubaine ou menace ?

Le 18 décembre, lors du Conseil européen à Bruxelles, les 27 devraient donner leur feu vert à l’accord commercial avec les pays du Mercosur. Prise en étau entre les droits de douanes américains et la Chine, l’Union européenne cherche de nouveaux débouchés pour son industrie et son agriculture. Mais certains pays, comme la France, craignent un dumping sur les prix et les normes environnementales. Alors l’accord avec le Mercosur est-il un bon deal pour l’UE ? « Ici l’Europe » ouvre le débat, avec les eurodéputés Saskia Bricmont (Les Verts/ALE, Belgique) et Charles Goerens (Renew, Luxembourg).

Le

On vous explique pourquoi les LR vont se retrouver majoritaires en commission mixte paritaire
4min

Politique

« Il faut qu’autour des écoles, on n’ait pas de MacDo et de kebabs », déclare la sénatrice des Bouches-du-Rhône Brigitte Devésa

Le surpoids semble être la nouvelle épidémie du XXIè siècle. En France, près de la moitié de la population est concernée, constituant un véritable enjeu de santé publique. De quoi alerter le législateur qui entend renforcer les mesures de prévention et d’accompagnement sur le sujet. Axel De Tarlé reçoit la sénatrice Brigitte Devésa et le nutritionniste créateur du nutri-score Serge Hercberg pour en débattre dans l’émission Et la santé ça va ?.

Le

On vous explique pourquoi les LR vont se retrouver majoritaires en commission mixte paritaire
5min

Politique

Budget de l’agriculture : le Sénat adopte des crédits en baisse, la gauche dénonce les coupes dans la transition écologique

Dans la nuit de vendredi à samedi, le Sénat a adopté les crédits de la mission agriculture du budget 2026. En prenant en compte les crédits européens, les dépenses fiscales et sociales, l’enveloppe allouée à l’agriculture s’élève à 25 milliards. Toutefois les crédits sont en baisse par rapport au dernier exercice effectivement exécuté en 2024. A gauche, les sénateurs ont dénoncé les fortes coupes dans la transition écologique.

Le

On vous explique pourquoi les LR vont se retrouver majoritaires en commission mixte paritaire
2min

Politique

Dermatose des bovins : « Nous ne laisserons aucun éleveur seul », promet Annie Genevard

Alors que le Sénat examine les crédits de la mission agriculture du budget 2026, la ministre, Annie Genevard a assuré que l’Etat serait aux côtés des éleveurs de bovins touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et a réaffirmé la politique d’abattage de toutes les bêtes des foyers affectés et d’une vaccination élargie.

Le