Les lendemains d’élections sont toujours des moments à part en politique. Pas seulement pour les victoires et les défaites, mais pour la libération de la parole qui en découle. Depuis 24 heures, le Parti socialiste en est une belle illustration. Alors que l’analyse du scrutin est encore en cours, c’est déjà l’heure des règlements de compte. Et attention, ça tire à vue, avec une cible toute désignée par les opposants internes à la direction : Olivier Faure, le premier secrétaire du PS.
Les fusions d’entre-deux-tours entre les listes PS et LFI, qui ont connu un certain nombre d’échecs, avec quelques réussites, sont visées. Et pour les pourfendeurs de tout accord avec les insoumis, François Hollande en tête, ces échecs sonnent comme une victoire. Dès dimanche soir, l’ancien chef de l’Etat a dénoncé « l’impasse » de la direction. Le premier secrétaire du PS « n’a pas su fixer de règles claires pour les accords, ni exercer l’autorité nécessaire pour dire ce qui était acceptable et ce qui ne l’était pas », a regretté François Hollande. L’ancien chef de l’Etat entend « ouvrir maintenant » un débat au sein du PS car « le temps de la clarification est venu »… Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire, appelle lui dans Le Point à « donner une nouvelle direction au PS ».
« Ça va être un bureau national de clarification, l’explication va être franche »
Si on ne sera pas surpris des attaques de François Hollande, celle de Boris Vallaud, président du groupe PS de l’Assemblée, prend un autre sens. Car le courant du député des Landes a permis de donner à Olivier Faure une majorité, lors du dernier congrès du PS, à Nancy, en juin 2025, où déjà, le rapport à LFI pour les municipales qui s’annonçaient était au cœur des débats. « Il n’y a plus de place pour l’ambiguïté stratégique parce qu’il reste l’ambiguïté et ça ne fait pas une stratégie. Dans l’entre-deux-tours, le PS a manqué de clarté, de sincérité et de solidarité. Beaucoup de Français n’ont pas compris quelle pouvait être la ligne », dégomme Boris Vallaud.
« Pour ceux qui se posaient la question, nous avons une réponse. Oui, les alliances avec la France Insoumise n’ont pas fonctionné. Oui, la France insoumise nous a fait perdre », pointe encore le président du groupe PS. Olivier Faure doit-il, dans ces conditions, prendre ses responsabilités ? « Nous avons des instances et dans ces instances, nous évoquerons tous les sujets, sans tabou, sans ambiguïté » prévient le député des Landes.
Boris Vallaud parle ici du bureau national du PS, ce mardi, à 18h30, qui s’annonce déjà très tendu. Les socialistes vont pouvoir s’adonner à leur sport favori : se diviser. « Il va se passer des choses. Ça ne peut pas rester en l’état, c’est sûr », prévient un opposant au numéro 1 du PS, qui « pense que le congrès de Nancy est obsolète. Il a été balayé par les faits. Mais il n’est pas forcément nécessaire de refaire le congrès ». S’il risque d’y avoir quelques « explications de texte, qui seront sans aucun doute vives », le même précise que « ce n’est pas une question de règlement de compte. Mais il faut savoir quelle est la ligne stratégique du PS. On ne peut pas rester sur cet entre-deux ». Un parlementaire socialiste prévoit aussi un bureau national des grands soirs. « Ça va être un BN de clarification. L’explication va être franche. Ça va être chaud », prévient cet opposant à la direction.
« Ambiguïté et opportunisme ne peuvent pas être une ligne stratégique », pointe Laurence Rossignol
Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, qui s’était dit « dubitatif sur l’intérêt de ces accords » dès l’entre-deux-tours, considère ce lundi « qu’il faut arrêter tout lien fonctionnel et politique avec LFI, qui est un boulet pour la gauche de responsabilité ». Il pointe les évolutions du premier secrétaire, « entre Olivier Faure qui dit, pas d’accord national avec LFI, pour ensuite dire ce n’est pas mon affaire et respecter les décisions locales. Non, quand on a un parti politique, on a une ligne. Je demande à mon premier secrétaire de la clarté. Car la confusion, c’est le pire en politique », met en garde le sénateur du Nord. « On a vu trois Olivier Faure en une semaine, ça fait beaucoup : un le dimanche du premier tour, un le lundi soir après le premier tour, et un autre le dimanche du second tour », raille un autre sénateur PS, qui voit le numéro 1 du PS comme « le chef de la tambouille ».
La sénatrice PS du Val-de-Marne, Laurence Rossignol, demande aussi des comptes, ou plutôt une clarification. « Je sais qu’on ne peut pas rester en l’état. L’ambiguïté ne peut pas rester une ligne stratégique pour le PS, à un an de la présidentielle. Ambiguïté et opportunisme ne peuvent pas être une ligne stratégique pour un parti comme le nôtre. Cette ambiguïté s’incarne dans une direction, qui est sortie du congrès de Nancy. Le fait qu’il n’y a alors pas eu de synthèse, était déjà lié aux questions des alliances avec LFI », rappelle cette ancienne ministre.
« Petits calculs de billards à quinze bandes »
Face à cette agitation post-électorale, du côté de la direction, on assure garder la tête froide. « Les discussions vont être rudes. Mais ils ne peuvent pas faire un putsch, ça n’existe pas. Ils peuvent faire un renversement d’alliances, décider que toutes les décisions du premier secrétaire seront votées en conseil national. Mais on ne va pas convoquer un nouveau congrès », minimise la trésorière du Parti socialiste, Corinne Narassiguin, qui ne voit pas de « révolution de palais au PS ».
Cette proche d’Olivier Faure continue : « Ce qui se joue, c’est primaire ou pas primaire, qui est candidat du PS à la présidentielle. Mais par ce comportement, quel que soit le candidat, on affaiblit celui qui pourrait devenir candidat, en affaiblissant l’outil ». Pointant « les petits calculs de billards à quinze bandes », la sénatrice PS de Seine-Saint-Denis ajoute :
« Le congrès est valable pour la durée de la mandature »
Un autre responsable socialiste, proche de la direction, prédit ce qu’il va se passer. « Le BN est écrit d’avance. Les uns vont dire « mon dieu, Faure démission ! » C’est leur leitmotiv depuis 2018. Les autres, de la direction, diront si nous avons la capacité à conserver des villes à gauche, c’est grâce à la dynamique d’union avec le PCF et Les Ecologistes. Le rassemblement de la gauche non insoumise a porté ses fruits », imagine ce cadre du PS, avant d’ajouter : « Si c’est la nuit des longs couteaux, il faut qu’ils assument. Mais je ne crois pas à ce type d’acte ». « Le PS, ce n’est jamais la nuit des longs couteaux. On en parle, mais en fait, ça n’arrive jamais, car le premier secrétaire est élu au congrès. Mais à un an de la présidentielle, faut purger les sujets », lui donne raison une opposante d’Olivier Faure.
Si certains étaient tentés, malgré tout, de faire tomber le numéro 1 d’une manière ou d’une autre, un pro Faure rappelle à qui veut l’entendre que « le congrès est valable pour la durée de la mandature ». Reste que les socialistes risquent a minima de s’adonner « à un concours de muscle. Ils sont les champions du nombrilisme ». Et à force de donner des coups, il en restera quelque chose. « Ceux qui jouent la fragilisation du PS à la veille de la présidentielle, jouent la défaite plutôt que la victoire », met en garde ce membre de la direction.
« Essayer de rejouer le congrès en permanence n’a pas de sens »
La lecture du scrutin fait elle-même débat. Corinne Narassiguin, qui était numéro deux d’une liste à Aubervilliers, qui a fusionné avec une liste LFI et une autre liste de gauche, avec la victoire à la clef, appelle à ne pas trop « tirer des conclusions nationales, pour les élections présidentielles, sauf ce qu’on savait déjà, que Jean-Luc Mélenchon est un repoussoir terrible. Mais après, tout dépend des personnalités locales ».
La trésorière du PS souligne au passage que les fusions avec LFI ont été portées par des maires et candidats issus de tous les textes d’orientations du PS. « A part Toulouse et Nantes, tous les autres ne sont pas membres du courant majoritaire d’Olivier Faure. Clermont Ferrand, c’est le TOB (celui de Boris Vallaud, ndlr). Brest, c’est le TOC (de l’opposant Nicolas Mayer-Rossignol, ndlr), Limoges, c’est plutôt TOC. A l’inverse, des candidats PS victorieux, qui n’ont pas fait alliance avec LFI, sont proches d’Olivier Faure, comme Emmanuel Grégoire à Paris ». Conclusion : « Essayer de tirer des conclusions par rapport aux courants internes et essayer de rejouer le congrès en permanence n’a pas de sens. Chacun a pris la décision en fonction de ce qu’il pense, avec la volonté de la direction de faire confiance ».
« Brouiller le message »
Le député et porte-parole du PS, Arthur Delaporte, met aussi en garde sur les conclusions hâtives sur les fusions PS/LFI. « Le résultat est contrasté. Il y a des villes où ça n’a pas fonctionné et d’autres ou ça a permis de garder la mairie. A Lyon, sans accord, c’était la défaite assurée. Je pense aussi à Nantes et Tours, conservées par cette alliance », souligne le député du Calvados. Il en « veut à ceux qui, au lieu de rappeler la force du PS, sa capacité à avoir plus de 1000 maires élus hier soir, et à préserver les grandes villes comme Paris, Marseille, Lille », attaque la stratégie. Leur rendant la politesse, il les accuse de « participer à brouiller le message ».
Mais au-delà du bilan des municipales, c’est bien le scrutin présidentiel qui est dans toutes les têtes. « Mon objectif, c’est qu’il y ait un candidat de la gauche de responsabilité devant Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle. Et ce n’est pas dans une petite primaire avec Clémentine Autain, Marine Tondelier et François Ruffin, qu’on va régler le problème », soutient Patrick Kanner, ancien ministre de François Hollande.
Reste que si l’après municipales replace le PS dans la tourmente et ses sempiternelles divisions, les socialistes peuvent au moins se réjouir sur un point. Car un sujet les unit : dire tout le mal qu’ils pensent de Jean-Luc Mélenchon. Un bon début finalement…