ArcelorMittal : « C’est un enjeu de souveraineté nationale qui doit dépasser les clivages partisans », alerte Sophie Binet

Adoptée de justesse à l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à nationaliser les actifs stratégiques d’ArcelorMittal en France est examinée ce mercredi 25 février au Sénat, où elle devrait être rejetée. Inscrite dans la niche parlementaire des communiste, le texte relance un débat politique majeur sur la souveraineté industrielle, l’avenir de la sidérurgie française et le rôle de l’État face aux restructurations du groupe.
Emma Bador-Fritche

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« Sans acier, il n’y a pas d’industrie » : c’est le mot d’ordre affiché par les parlementaires communistes et les représentants syndicaux réunis mercredi 18 février, lors d’une conférence de presse au Sénat. Leur objectif est d’appeler le gouvernement à envisager la nationalisation d’ArcelorMittal et à préserver un secteur jugé stratégique. La présidente du groupe communiste au Sénat, Cécile Cukierman, a défendu une stratégie politique de long terme. « Il faut permettre à cette loi de prospérer au Parlement et permettre aux salariés de mettre la pression sur le gouvernement et les groupes politiques », a-t-elle déclaré. À ses côtés figuraient notamment le député de la gauche démocrate, Stéphane Peu, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, ainsi que des représentants syndicaux et un salarié du site de Dunkerque.

Une bataille parlementaire appelée à durer

La proposition de loi, portée par l’ensemble de la gauche, a été adoptée fin novembre lors de la niche parlementaire de La France insoumise à l’Assemblée nationale. Elle doit désormais être examinée par le Sénat, dominé par la droite, où son rejet est jugé probable, comme lors d’une première tentative en octobre. Mais ses défenseurs entendent poursuivre la mobilisation. « On sera opiniâtres et on ne lâchera rien », a assuré Stéphane Peu, annonçant que son groupe réinscrirait le texte à l’Assemblée nationale le 11 juin, même en cas de vote défavorable des sénateurs. Pour les promoteurs du projet, l’objectif est de protéger l’industrie sidérurgique française et les quelque 14 300 salariés du groupe dans un contexte de restructurations et de tensions sociales.

La souveraineté industrielle comme argument central

Pour la CGT, la nationalisation relève d’un choix politique majeur. « C’est un enjeu de souveraineté nationale qui doit dépasser les clivages partisans », a affirmé la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. La dirigeante syndicale a mis en garde contre les conséquences d’une absence d’intervention publique : « Si on ne nationalise pas ArcelorMittal, ArcelorMittal va partir et la filière acier va s’effondrer », a-t-elle prévenu, dénonçant les aides publiques versées au groupe tout en évoquant des risques de délocalisation vers l’Inde ou le Brésil. Elle critique également la stratégie industrielle actuelle : « C’est une stratégie en trompe-l’œil, l’arbre qui cache la forêt », a-t-elle déclaré, estimant que les investissements annoncés ne compensent pas les suppressions d’emplois. Le groupe sidérurgique, qui a enregistré plus de 3 milliards de dollars de bénéfices en 2025, mène actuellement une réorganisation impliquant environ 600 suppressions de postes en France. Selon le comité d’entreprise européen, plus de 5 600 emplois pourraient être concernés en Europe, dont 1 650 dans l’Hexagone. Sur le terrain, l’inquiétude est forte. Gaëtan, salarié du site de Dunkerque évoque « des familles et des territoires » menacés et considère l’acier comme « un bien commun indispensable à toute l’industrie française ».

Le gouvernement privilégie l’investissement

Face à ces appels, l’exécutif rejette l’hypothèse d’une nationalisation, invoquant son coût financier et les contraintes d’une industrie intégrée aux chaînes de valeur mondiales. Le gouvernement défend plutôt une stratégie d’investissements. Début février, le président Emmanuel Macron a confirmé la construction, lors d’un déplacement à Dunkerque du plus grand four électrique d’Europe, pour un montant de 1,3 milliard d’euros, afin de décarboner la production d’acier. Pour ses opposants, cette orientation ne répond toutefois pas aux inquiétudes sur l’emploi et l’avenir de la filière.

Même si la proposition de loi a peu de chances d’être adoptée au Sénat, ses partisans entendent maintenir la pression politique et sociale. Des mobilisations de salariés d’ArcelorMittal, ainsi que la CGT sont prévues le 25 février aux abords du Palais du Luxembourg, lors de l’examen du texte.

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