Emmanuel Macron a dit jeudi "assumer" la vente d'armes françaises à l'Arabie saoudite, assurant avoir la "garantie" qu'elles "n'étaient pas utilisées contre des civils" au Yémen, alors que des recours ont été déposés pour empêcher le chargement d'armes à bord d'un cargo saoudien au Havre.
Pour l'heure, le navire Bahri Yanbu reste ancré à une trentaine de kilomètres du port et "les conditions d'accueil techniques ne sont pas là. Il ne rentrera pas au port aujourd'hui" (jeudi), a indiqué une source portuaire à l'AFP.
L'Acat (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture) et l'ONG Action Sécurité Ethique Républicaines (ASER) ont déposé des recours en urgence au tribunal administratif de Paris, qui devraient être examinés rapidement, pour empêcher le départ du Havre (Seine-Maritime) du cargo chargé d'armes.
"L'Etat français ne peut ignorer que ces armes peuvent servir à commettre des crimes de guerre au Yémen, où plus de 400.000 civils sont potentiellement sous le feu", a déclaré à l'AFP l'avocat de l'Acat, Joseph Breham.
Plusieurs autres organisations comme Human Rights Watch, Amnesty International ou l'Observatoire des armements sont également vent debout contre ces ventes.
Rassemblement sur le port du Havre contre les ventes d'armes à l'Arabie Saoudite, le 9 mai 2019
AFP
Interrogé à son arrivée à Sibiu en Roumanie pour un sommet européen, Emmanuel Macron a été clair: "L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont des alliés de la France. Et ce sont des alliés dans la lutte contre le terrorisme. Nous l'assumons totalement", a-t-il affirmé.
"Il y a un comité qui gère ces exports, sous l'autorité du Premier ministre, dans lequel les choses d'ailleurs ont été durcies ces dernières années, et où nous demandons la garantie que ces armes ne puissent pas être utilisées contre des civils. Elle a été obtenue", a-t-il ajouté.
- "A la frontière" -
Prônant la "transparence", Emmanuel Macron a admis qu'il était "tout à fait vrai que la France, depuis plusieurs années - au plus fort il y a cinq, six ans, dans les contrats qui ont été faits à l'époque - a vendu des armes à la fois aux Emirats arabes unis et à l'Arabie saoudite".
"L'essentiel des armes qui ont été vendues sont plutôt utilisées à l'intérieur du territoire ou à la frontière", a-t-il reconnu.
S'il n'a pas précisé les armes qui devaient être chargées au Havre, le site d'investigation Disclose a avancé que le navire devait prendre livraison de "huit canons de type Caesar".
"Quelles garanties? Quand on vend des armes à un pays, il en fait ce qu'il veut", a contesté le député communiste Jean-Paul Lecoq, au cours d'un rassemblement qui a réuni une centaine de personnes sur le port du Havre pour dénoncer ces ventes d'armes à l'Arabie saoudite.
"Les canons ne sont pas faits pour décorer le palais du cheikh", a ironisé le parlementaire, parlant d'un "mensonge d'Etat".
Emmanuel Macron lors d'un sommet européen à Sibiu, en Roumanie, le 9 mai 2019
AFP
Paris a invariablement affirmé que ces armements ne sont utilisés que de manière défensive et pas sur la ligne de front.
Mais, selon une note de la Direction du renseignement militaire (DRM), révélée par Disclose mi-avril, 48 canons Caesar produits par l'industriel français Nexter "appuient les troupes loyalistes, épaulées par les forces armées saoudiennes, dans leur progression en territoire yéménite".
Une carte de la DRM estime que "436.370 personnes" sont "potentiellement concernées par de possibles frappes d'artillerie", dont celles des canons français.
"Il ne suffit pas de dire +j'ai des garanties+, il faut nous les montrer. De même, nous aimerions qu'on nous explique clairement, nettement, comment l'Arabie Saoudite lutte contre le terrorisme au Yémen", Aymeric Elluin, d'Amnesty international France.
L'Acat conteste la décision de la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) d'autoriser le cargo Bahri Yanbu "à procéder à un chargement, exportation et transfert au sens de l'article 6 du Traité sur le Commerce des Armes, de matériels de guerre et matériels assimilés, dans le port du Havre, à destination finale de Djeddah en Arabie Saoudite".
Emmanuel Macron a promis de s'engager "davantage", aux côtés des Nations unies, "dans la résolution du conflit au Yémen", "l'une des plus graves crises humanitaires que nous ayons aujourd'hui à affronter".
Ryad a pris la tête en 2015 d'une coalition militaire comprenant les Emirats arabes unis pour soutenir le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi contre les rebelles Houthis, qui ont pris le contrôle de vastes territoires. Ce conflit a entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux civils, selon diverses organisations humanitaires.
Environ 3,3 millions de personnes sont toujours déplacées et 24,1 millions, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d'assistance, selon l'ONU.
Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat à l'élection présidentielle de 2027, est l’invité de HEC Débats ce mardi 27 octobre, à partir de 20H, en partenariat avec Public Sénat. Immigration, jeunesse, dépense publique, présidentielle, autant de thèmes à aborder lors de cette rencontre animée par les étudiants, à suivre en direct sur publicsenat.fr et sur YouTube.
La sénatrice PS du Val-de-Marne est nommée présidente de l’association de financement de Raphaël Glucksmann pour la présidentielle 2027. Elle sera épaulée par la sénatrice PS Marie-Pierre de la Gontrie, en tant que trésorière. Avec le sénateur socialiste Alexandre Ouizille à la direction de campagne, les sénateurs socialistes trustent les postes clefs de l’équipe du leader de Place Publique.
Invitée de la matinale de Public Sénat, la ministre chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a qualifié de « crime de masse raciste » l’attentat survenu à Trappes le 23 octobre et ayant fait un mort et cinq blessés graves.
L'avenir institutionnel de la Corse plus que jamais dans le flou : le camp autonomiste a annoncé lundi soir son « retrait » du processus de Beauvau devant conduire l'île à un statut d'autonomie dans la République, face au détricotage d'une réforme constitutionnelle très sensible, finalement rejetée au Sénat.