Asile-Immigration : les associations maintiennent la pression
Après la circulaire du 12 décembre, organisant un recensement des personnes étrangères accueillies dans les centres d’hébergement d’urgence, et à quelques mois de l’examen du projet de loi Asile immigration, les associations continuent de faire pression sur l’exécutif.

Asile-Immigration : les associations maintiennent la pression

Après la circulaire du 12 décembre, organisant un recensement des personnes étrangères accueillies dans les centres d’hébergement d’urgence, et à quelques mois de l’examen du projet de loi Asile immigration, les associations continuent de faire pression sur l’exécutif.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Pas question de demander « aux travailleurs sociaux de faire un travail de police ». Les acteurs associatifs s’étaient montrés fermes et avaient même claqué la porte d’une consultation place Beauvau, en décembre dernier, en prenant note d’une circulaire signée du ministère de l’Intérieur et du ministère de la cohésion des territoires. Le gouvernement pointait des manques dans « l’évaluation administrative de la situation juridique des personnes accueillies ». Il était donc  demandé à des équipes mobiles composées d’agents de la préfecture et de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) de procéder à ces évaluations. Après avoir alerté le défenseur des Droits, plus d’une vingtaine d’associations d’aides au logement et d’aide à l’accueil des étrangers viennent de saisir le conseil d’État pour demander la suspension de ce règlement. « Cette circulaire nous semble tout à fait contraire au principe de l’accueil inconditionnel inscrit au code de l’action sociale et des familles » observe Patrick Doutreligne, président de l’Union l'Uniopss (Union nationale d'associations sanitaires et sociales)

MSF boycott la concertation

La préparation du projet de loi Asile-Immigration ne va pas apaiser les tensions. Si l’examen du texte au Parlement est prévu au printemps, les associations ont été conviées jeudi à Matignon, en présence de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, pour une concertation sur les premiers dispositifs. « La concertation ne commence pas au mieux. L’avant-projet de loi nous a été envoyé hier matin. C’est un délai trop court pour pouvoir l’étudier » confie Sarah Belaïsch, directrice des pôles thématiques de la Cimade. Certains ont donc décidé de boycotter carrément le rendez-vous, comme Médecins sans Frontières. « On n’a pas de temps à perdre dans des théâtres qui n’ont que  pour but  de mettre en scène les auteurs de la pièce dont nous ne faisons pas partis » justifie Michaël Neuman directeur d’études chez MSF.

Immigration: les associations s'opposent au projet de loi
01:36

Emmanuel Macron se garde « des faux bons sentiments »

Et il n’est pas certain que les mots d’Emmanuel Macron, ce jeudi à Rome, rassurent les associations. Le chef de l’État a jugé sur ce sujet,  « qu’il fallait se garder des faux bons sentiments ». Une réponse au prix Nobel de littérature Jean-Marie Gustave Le Clézio, qui  dans l'hebdomadaire L'Obs évoque un « déni d'humanité insupportable » dans le traitement des migrants. Rappelant le record de 100 000 demandes d’asile déposées l’an dernier, Emmanuel Macron a assuré que la France ne remettait  « en rien en cause le droit d’asile ». « Il y a des femmes et des hommes qui arrivent qui ont le droit d'être protégés et ils le sont » a-t-il pointé.

Quand Adeline Hazan parlait de « recul extrêmement important des droits fondamentaux »

"45 jours en centre de rétention, c'est trop" alerte Adeline Hazan
01:31

Pourtant, certains points du texte font déjà polémiques, comme l’allongement de la durée de rétention à 90 jours. Un délai qui pourra potentiellement être prorogé de 15 jours, soit 105 jours. Invitée de Public Sénat en octobre dernier Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, expliquait que 12 jours étaient un délai suffisant pour renvoyer une personne dans son pays d’origine car sinon « ça veut dire qu’elle ne pourra pas l’être (expulsée) parce que cela veut dire que pays d’origine refuse de la reconnaître comme ressortissant ». Le placement en rétention pour 90 jours, est, selon elle, « un recul extrêmement important des droits fondamentaux » compte tenu du nombre d’enfants dans ces centres de rétentions administratifs.

Autre élément controversé de l’avant-projet de loi : la réduction du délai de recours des demandes d’asile rejetées de 30 à 15 jours. Inadmissible là encore pour les acteurs associatifs. « 15% des rejets de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) sont annulés par la cour nationale du droit d’asile, lorsque les personnes font un recours. Pour des gens qui ne parlent pas la langue et qui ne connaissent rien du système administratif français, en 15 jours, ça va devenir impossible de faire un recours » affirme Sarah Belaïsch.

Mardi 16 janvier à Calais, Emmanuel Macron présentera les premières conclusions du texte de loi.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le