Moins d’une semaine après l’assassinat de son petit frère, Mehdi, le militant écologiste marseillais, connu pour son combat contre le narcotrafic, Amine Kessaci s’est exprimé dans une tribune dans le journal le Monde. « Voici ce que font les trafiquants : ils tentent d’annihiler toute résistance, de briser toute volonté, de tuer dans l’œuf tout embryon de révolte pour étendre leur pouvoir sur nos vies », a-t-il dénoncé.
C’est après la mort de son frère aîné, Brahim, en 2020, que le jeune garçon avait fait de la lutte contre le narcotrafic, le cœur de son engagement. Avec son association « « Conscience » », il est l’un des porte-voix des familles endeuillées de cette ville régulièrement secouée par des narchomicides.
Proche d’Amine Kessaci, le sénateur écologiste de Marseille Guy Benarroche lui a rendu hommage dans l’hémicycle lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, dénonçant un meurtre d’intimidation et d’asservissement. « Au-delà de l’hommage, je souhaite porter le témoignage d’Amine […] l’action judiciaire, policière, financière et diplomatique est nécessaire mais ne suffit pas. Le volet prévention et social a été oublié dans la loi contre le narcotrafic », a-t-il regretté.
L’année dernière lors de l’examen de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, le groupe écologiste était le seul à s’être abstenu. Dans l’hémicycle, le sénateur avait fustigé « un détournement politique cette loi », des « mesures d’affichage » qui ne s’attaquaient pas selon lui « au haut du spectre ».
Ce mercredi. Guy Benarroche a appelé « l’État à prendre la mesure de ce qu’il se passe ». « Il est temps de faire revenir les services publics dans les quartiers, de lutter contre l’échec scolaire qui fournit aux trafiquants une main-d’œuvre soumise ».
Le sénateur ajoute : « Le pays a laissé prospérer le narcotrafic parce qu’il se déroulait dans des quartiers populaires que personne ne veut regarder […] On a trop longtemps considéré qu’il y a des vies qui ne comptent pas ».
Pour lui répondre, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez est, lui, resté sur le terrain répressif de la lutte contre le narcotrafic. « Nous obtenons des résultats. Les homicides liés aux trafics ont été divisés par deux entre 2023 et 2024 […] Mais, il faut faire encore mieux ». Le ministre a aussi insisté sur « les outils extrêmement précieux » contenus dans la loi contre le narcotrafic, citant « les quartiers de détention » dédiés aux narcotrafiquants dans les prisons pou encore le prochain parquet national anticriminalité organisée (PNACO) qui sera mis en place en janvier dernier. « Nous gagnons des batailles, mais la guerre est loin d’être gagnée », a-t-il conclu.