Assistants d’eurodéputés FN: après Marine Le Pen, le parti à son tour mis en examen
L'étau judiciaire se resserre autour du Front national : le parti de Marine Le Pen est à son tour mis en examen dans l'enquête sur les soupçons...

Assistants d’eurodéputés FN: après Marine Le Pen, le parti à son tour mis en examen

L'étau judiciaire se resserre autour du Front national : le parti de Marine Le Pen est à son tour mis en examen dans l'enquête sur les soupçons...
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Par Nathalie ALONSO et Anne RENAUT

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L'étau judiciaire se resserre autour du Front national : le parti de Marine Le Pen est à son tour mis en examen dans l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs d'assistants d'eurodéputés frontistes.

Convoqué le 30 novembre par la juge d'instruction, le parti a été mis en examen pour complicité d'abus de confiance et recel d'abus de confiance, selon une source judiciaire.

"C'est la suite logique de la procédure", a réagi mardi auprès de l'AFP le trésorier du parti Wallerand de Saint-Just, confirmant l'information révélée par Le Monde et Mediapart.

Depuis deux ans, les enquêteurs cherchent à savoir si le Front national et sa présidente Marine Le Pen, finaliste malheureuse de la présidentielle, ont profité des fonds alloués par l'Union européenne pour embaucher des assistants parlementaires qui étaient en réalité affectés à des tâches au parti. Préjudice pour le Parlement européen : 5 millions d'euros entre 2012 et 2017, selon les estimations de l'institution.

"Cette mise en examen permettra au Front national de démontrer que pas un centime n'a été détourné", s'est défendu le parti dans un communiqué.

Marine Le Pen lors d'une conférence de presse à Nanterre, le 8 décembre 2017
Marine Le Pen lors d'une conférence de presse à Nanterre, le 8 décembre 2017
AFP

Dix-sept eurodéputés ou ex-eurodéputés FN, dont Marine Le Pen et son père Jean-Marie Le Pen, sont visés par l'enquête, qui porte sur au moins une quarantaine d'assistants.

Mise en examen le 30 juin pour abus de confiance et complicité d'abus de confiance, Marine Le Pen a placé sa défense sur le terrain de la séparation des pouvoirs: à ses yeux, la justice ne peut "s'ériger en arbitre du contenu du travail politique d'un député". Une autre eurodéputée, Marie-Christine Boutonnet, a été mise en examen, ainsi que quatre anciens assistants d'élus.

Ouverte en 2015 après un signalement de l'ex-président social-démocrate du Parlement européen, Martin Schulz, l'enquête repose en partie sur le rapport de l'Olaf, le gendarme antifraude de l'UE, et sur les indices recueillis par les enquêteurs français.

- 'Aider' le parti -

Wallerand de Saint-Just (g), trésorier du Front national (FN), parti dirigé par  Marine Le Pen (d), le 14 septembre 2015 à Arpajon
Wallerand de Saint-Just (g), trésorier du Front national (FN), parti dirigé par Marine Le Pen (d), le 14 septembre 2015 à Arpajon
AFP/Archives

Ils disposent notamment d'une lettre adressée par Wallerand de Saint-Just à Marine Le Pen le 16 juin 2014, après le triomphe du parti aux européennes, où il évoquait des "économies importantes grâce au Parlement européen".

Ils ont également saisi des courriels et un tableau suggérant la ventilation des contrats d'assistants en fonction des crédits disponibles sur les enveloppes des élus. Passé au crible, l'emploi du temps des assistants a démontré du travail au bénéfice du parti.

Les enquêteurs ont notamment relevé que l'eurodéputée Marie-Christine Boutonnet et Charles Hourcade, graphiste au FN, rémunéré de septembre 2014 à fin février 2015 sur un contrat d'assistant parlementaire, n'avaient eu aucun contact téléphonique et n'avaient échangé qu'un seul mail durant cette période.

Lors de sa mise en examen le 20 juin, l'élue avait admis avoir mis le graphiste "à disposition du FN" pour "aider" le parti, ce qui ne lui "a pas paru incompatible", selon une source proche du dossier. Réentendue le 10 juillet, elle a confirmé qu'il n'avait jamais réalisé aucune tâche pour elle.

Les auditions se sont accélérées cet automne avec la garde à vue de Wallerand de Saint-Just le 14 septembre, suivie de celle de l'expert-comptable Nicolas Crochet, un proche du parti, mis en examen dans l'affaire du financement des campagnes de 2012.

Dans cette enquête, un nom revient souvent, celui de Charles Van Houtte, ancien personnage-clé de l'organisation du FN au Parlement. Il a été entendu fin septembre en Belgique par les enquêteurs.

Au printemps, l'eurodéputé Aymeric Chauprade, en rupture avec le parti, avait affirmé qu'après les européennes de 2014 Marine Le Pen avait demandé aux élus d'embaucher chacun au moins un assistant pour le parti. Il avait refusé. "Etant donné ce que j'ai pu voir et entendre lors de mon audition (par la police en mars, NDLR), je ne vois pas comment ce parti va échapper à la condamnation", a-t-il estimé mardi.

Dans un autre dossier, le parti est sous la menace d'un procès pour les kits de campagne surfacturés aux législatives de 2012. La Cour de cassation doit désormais trancher sur son recours contre son renvoi au tribunal.

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