Assurance chômage : « Ce gouvernement se croit tout permis », selon Marie-Noëlle Lienemann
Le nouveau calcul controversé de l’indemnisation des demandeurs d’emploi entrera en vigueur au 1er juillet. Le durcissement de l’ouverture des droits sera mis en place au 1er octobre en fonction de l’état du marché de l’emploi, ont indiqué les syndicats à l’issue des dernières concertations avec le ministère du travail.

Assurance chômage : « Ce gouvernement se croit tout permis », selon Marie-Noëlle Lienemann

Le nouveau calcul controversé de l’indemnisation des demandeurs d’emploi entrera en vigueur au 1er juillet. Le durcissement de l’ouverture des droits sera mis en place au 1er octobre en fonction de l’état du marché de l’emploi, ont indiqué les syndicats à l’issue des dernières concertations avec le ministère du travail.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Après plusieurs reports dus à la crise sanitaire et économique, le gouvernement tient bon sur la réforme de l’assurance chômage qui soulève une levée de boucliers de l’ensemble des organisations syndicales.

Ce mardi, lors d’une dernière concertation avec les syndicats, un calendrier a été acté. Le nouveau mode de calcul controversé de l’indemnisation des demandeurs d’emploi entrera en vigueur le 1er juillet. Une mesure qui constitue le principal point de désaccord entre l’exécutif et les partenaires sociaux. Selon un document de travail de l’Unedic, environ 840 000 personnes (38 % des allocataires) auraient une indemnisation inférieure de plus de 20 % en moyenne à ce qu’elles toucheraient avec les règles actuelles, même si les droits seront plus longs. Pour en limiter l’impact, le gouvernement a introduit un plancher qui limitera la baisse maximale.

Un mode de calcul plus équitable pour l’exécutif

Sur BFM-TV, ce week-end, la ministre du Travail, Élisabeth Borne avait défendu « un enjeu d’équité ». L’indemnisation est actuellement plus favorable aux personnes alternant contrats courts et inactivité qu’à celles travaillant en continu.

« La réforme de l’Assurance chômage présentée par Élisabeth Borne ce matin est certes moins dure que le projet initial. Mais sa philosophie et ses impacts demeurent. Elle reste injuste, anachronique, incohérente et déséquilibrée », a regretté sur Twitter Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

Le durcissement de l’ouverture des droits (de 4 à 6 mois de travail sur les 24 derniers mois augmentés d’une période de neutralisation liée aux confinements) entrera en vigueur au plus tôt au 1er octobre. Il dépendra d’une amélioration du marché de l’emploi appréciée sur six mois à partir du 1er avril, une clause de « retour à bonne fortune », évoquée par la ministre ce week-end.

« On voit qui va payer le plus lourd tribut de la crise économique »

« Ça fait vraiment usine à gaz. La sagesse aurait commandé qu’on suspende cette réforme. On voit qui va payer le plus lourd tribut de la crise économique », se désole la sénatrice PS, Monique Lubin. L’amélioration du marché de l’emploi se calculera en fonction de cette addition : une baisse sur 6 mois de 130 000 demandeurs d’emploi en catégorie A, ajoutée à 2,7 millions d’embauches de plus d’un mois sur quatre mois.

« Comment pouvons-nous connaître la propension de contrats courts à l’avenir ou les secteurs qui seront le plus impactés par le chômage ? » s’interrogeait lundi, la sénatrice LR Frédérique Puissat (voir notre article).

Autre sujet de discorde, la dégressivité de l’allocation pour les hautes rémunérations (plus de 4.500 euros mensuels brut) interviendra au bout de huit mois à partir du 1er juillet, délai ramené à six mois en fonction de l’amélioration des deux indicateurs cités.

La disposition décriée par le patronat à savoir un bonus-malus sur la cotisation chômage des entreprises dans sept secteurs grands consommateurs de contrats courts ne sera, elle, appliquée qu’en septembre 2022 après une période d’un an d’observation du comportement des entreprises.

Décidée en juillet 2019 après l’échec d’une négociation sociale très encadrée par l’exécutif, la réforme visait à réaliser de 1 à 1,3 milliard d’économies par an en durcissant les règles d’indemnisation et en luttant contre les recours excessifs aux contrats courts, le tout dans un marché de l’emploi alors dynamique.

« Cette réforme ne fera qu’accentuer les difficultés des demandeurs d’emploi »

Lancée à l’été 2019 par le gouvernement d’Édouard Philippe, après l’échec des négociations entre partenaires sociaux, la réforme devait répondre à un double objectif : une économie de 3,4 milliards d’euros sur la période 2019 à 2021 et une baisse du nombre de chômeurs de 150 000 à 250 000 sur la même période. La crise économique a fortement impacté les recettes de l’Unedic sur lesquelles dépend en grande partie le budget de Pôle emploi.

« La dette de l’Unedic est en train de s’accroître et à l’approche de l’élection présidentielle, le gouvernement veut envoyer le signal qu’il tient les cordons de la bourse », expliquait lundi à publicsenat.fr LR sénateur LR René-Paul Savary qui préconise « de décaler la réforme en ce qui concerne les mesures immédiates.

« Ça donne un argument au gouvernement pour faire passer sa réforme », note Monique Lubin. Pour Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice rattachée au groupe CRCE ce calendrier décidé ce mardi est « consternant ». « On est devant une crise sociale majeure et cette réforme ne fera qu’accentuer les difficultés des demandeurs d’emploi. Ce gouvernement se croit tout permis. Il veut faire des économies sur le dos des chômeurs, au lieu de chercher d’autres pistes par l’impôt, la réintroduction de l’ISF ou la taxation des contrats courts ».

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Assurance chômage : « Ce gouvernement se croit tout permis », selon Marie-Noëlle Lienemann
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le