« Attaques terroristes : « Une vigilance citoyenne s’impose », selon Yannick Vaugrenard, vice-président de la Délégation parlementaire au renseignement
Alors que le procès des attentats du 13 novembre 2015 s’ouvre mercredi 8 septembre, la menace terroriste en France reste à un niveau élevé. Qui plus est, elle a adopté un nouveau visage.

« Attaques terroristes : « Une vigilance citoyenne s’impose », selon Yannick Vaugrenard, vice-président de la Délégation parlementaire au renseignement

Alors que le procès des attentats du 13 novembre 2015 s’ouvre mercredi 8 septembre, la menace terroriste en France reste à un niveau élevé. Qui plus est, elle a adopté un nouveau visage.
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Par Flora Sauvage

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Six ans après le 13 novembre 2015, le procès au long cours des attentats de Paris qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés, s’ouvre mercredi 8 septembre. Un procès sous haute sécurité qui se tiendra au Palais de justice de Paris au cœur de l’Ile de la Cité. Filmée pour l’Histoire, la salle d’audience spécialement conçue pour l’occasion, va accueillir 1800 parties civiles, plus de 300 avocats et 141 médias accrédités. Cette Cour d’assises spéciale doit se tenir pendant près de neuf mois pour juger 20 personnes soupçonnées d’avoir joué un rôle dans la préparation, ou la réalisation des attentats du 13 novembre.

Terreau fertile

« A partir du moment où il y a un procès tout est possible, donc une vigilance extrême s’impose », affirme Yannick Vaugrenard, sénateur socialiste de la Loire Atlantique et vice-président de la Délégation parlementaire au renseignement. Car le procès des attentats de Paris pourrait créer un terreau fertile aux tentatives d’attaques.

124 morts

Depuis le 13 novembre 2015, les attentats n’ont jamais vraiment cessé sur le sol français. En témoignent les attentats de Nice le 14 juillet 2016, celui de Magnanville avec l’assassinat d’un couple de policiers à son domicile, ou encore la décapitation en 2020 de Samuel Paty, professeur d’histoire géographie. Au total, 17 attaques ont provoqué la mort de 124 personnes, depuis le 13 novembre 2015.

Six projets déjoués

Depuis 2020, la France a été touchée par sept attaques terroristes, dont la dernière au commissariat de Rambouillet dans les Yvelines en avril. A ces attentats s’ajoutent, selon les autorités, six projets déjoués sur la même période, dont celui contre une église à Béziers dans l’Hérault.

La menace a pris un nouveau visage

Le 15 juillet dernier Al Qaïda a diffusé une nouvelle vidéo évoquant les caricatures de Mahomet incitant à s’en prendre à la France. Mais si la menace terroriste reste élevée, avec le temps, elle a pris une nouvelle forme. « Al Qaïda et Daech sont en perte de vitesse », estime Nathalie Cettina, directrice de recherche auprès du Centre français de recherche sur le renseignement. Et elle ajoute, « souvent, quand une organisation terroriste est dans une phase de creux, elle en profite pour se réorganiser ». Une interrogation demeure sur les répercussions que va avoir l’arrivée au pouvoir des talibans en Afghanistan sur certains individus en France.

Des « fous isolés »

L’une des difficultés pour répondre à cette menace terroriste réside dans le fait qu’il s’agit moins d’attaques organisées que de « fous isolés » qui agissent de manière individuelle et autonome vis-à-vis des groupes terroristes, explique Yannick Vaugrenard. Depuis l’attaque au colis piégé à Lyon en 2019, tous les auteurs étaient inconnus des services de renseignement. L’autre préoccupation concerne le risque d’infiltration de personnes radicalisées parmi le flux de migrants. Laisser penser que des migrants sont des terroristes est « une erreur fondamentale », selon Yannick Vaugrenard qui refuse l’amalgame entre migrants et terroristes.

Une pluralité des profils

En matière de lutte antiterroriste, tous les spécialistes du renseignement sont unanimes, « le risque zéro n’existe pas ». Nathalie Cettina poursuit : « Ce qui rend plus difficile la détection des terroristes c’est la pluralité des profils : individus isolés, religieux, fascinés par la violence, convertis… ». « Ce qui explique que certains terroristes passent sous les radars des services de renseignement », affirme Nathalie Cettina. Par ailleurs, en 2020, 120 détenus radicalisés ont été libérés et sont désormais suivis par la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure). Cette année au moins 59 autres détenus sortiront de prison. Des individus qui pourraient nourrir un sentiment de revanche.

Des algorithmes contre le « cyberjihad »

Si les moyens humains dans le renseignement ont été considérablement renforcés depuis l’assassinat de Samuel Paty, « il faut une vigilance plus large sur les réseaux sociaux », souhaite Yannick Vaugrenard. Pour y remédier, une nouvelle loi antiterroriste a été promulguée fin juillet pour pérenniser l’usage des algorithmes qui permet d’analyser des données de navigation sur internet fournies par les opérateurs de télécoms. Depuis la chute du califat auto proclamé de l’organisation Etat islamique, « le cyberjihad » offre une propagande facile d’accès. Mais Nathalie Cettina rappelle que « la surveillance de masse n’est pas la solution ». Selon elle, seul le renseignement humain peut permettre de jauger l’intention d’une personne à passer à l’acte.

Appel à une « vigilance citoyenne »

Pour le vice-président de la Délégation au renseignement, « il faut que chaque Français ait le réflexe quand il y a un doute, des suspicions, quand il y a des écrits sur les réseaux sociaux, de signaler les personnes ». Celui qui se défend de transformer chaque Français en délateur, estime que « si l’on veut que notre démocratie continue à vivre, il faut qu’il y ait en même temps une vigilance citoyenne ».

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