Atteintes à la laïcité : l’uniforme à l’école serait-il un rempart ? ou « un fantasme » ?
La proposition visant à instaurer un « uniforme » ou une « tenue commune » à l’école refait surface depuis la rentrée. La droite et l’extrême droite y voient un outil pour lutter contre la multiplication des atteintes à laïcité. La majorité présidentielle est divisée sur le sujet.

Atteintes à la laïcité : l’uniforme à l’école serait-il un rempart ? ou « un fantasme » ?

La proposition visant à instaurer un « uniforme » ou une « tenue commune » à l’école refait surface depuis la rentrée. La droite et l’extrême droite y voient un outil pour lutter contre la multiplication des atteintes à laïcité. La majorité présidentielle est divisée sur le sujet.
Simon Barbarit

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La proposition revient à intervalle régulier dans le débat public lorsqu’on évoque les difficultés de l’Education nationale. Imposer aux élèves un « uniforme » ou une « tenue vestimentaire commune » serait, selon où l’on se place sur l’échiquier politique, un moyen pour faire respecter la laïcité ou un instrument promoteur d’égalité, voire de lutte contre le harcèlement scolaire.

En cette rentrée 2022, la proposition refait surface à droite et à l’extrême droite. Les trois prétendants à la présidence des Républicains, Éric Ciotti, Bruno Retailleau et Aurélien Pradié y sont favorables. Lundi, lors du débat organisé sur LCI, le député du Lot s’est même un peu emballé en étendant sa proposition jusqu’à l’université. Il est revenu sur sa proposition deux jours plus tard.

Désormais publiés chaque mois, les chiffres des atteintes à la laïcité en milieu scolaire apportent de l’eau au moulin des partisans de la tenue commune. Au mois d’octobre, une nouvelle hausse a été enregistrée, 720 signalements, contre 313 en septembre. Il est désormais rare de ne pas voir le ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye être interpellé par les parlementaires de droite aux questions d’actualité au gouvernement sur la recrudescence du port des abayas et des qamis dans les établissements scolaires.

« On voit maintenant la bataille insidieuse menée contre la République dans les établissements scolaires »

L’uniforme à l’école est une vieille antienne de la droite. Le ministre de l’Education de Nicolas Sarkozy, Xavier Darcos avait proposé en 2003. On retrouve aussi l’idée dans le programme de François Fillon en 2017.

Pour Jacques Grosperrin, rapporteur LR d’une commission d’enquête en 2015, sur la perte de repères républicains dans les établissements scolaires, l’idée ne doit plus faire sourire. « Quand je l’ai proposé à l’époque, ça faisait ricaner. On voit maintenant la bataille insidieuse menée contre la République dans les établissements scolaires. Des gamins manipulés par des adultes revendiquent que les lois de la religion sont supérieures aux lois de la République. Malheureusement, le ministre, Pap Ndiaye est extrêmement timide sur ce sujet et contrairement à Jean-Michel Blanquer, il n’a pas de position claire ». Mais Jacques Grosperrin ne parle pas « d’uniforme » trop « caricatural » à son goût, « ce que je propose, c’est une tenue d’établissement ». « Elle aurait un triple effet : évacuer le problème des signes ostensibles, lisser les différences entre les élèves et apporter une notion d’appartenance à une équipe à un projet, à une école ».

L’idée est également prisée à l’extrême droite. Arrivés en force à l’Assemblée aux dernières législatives, les députés RN ont inscrit dans leur niche parlementaire, une proposition de loi, qui sera examinée en janvier, visant à instaurer l’uniforme dans les écoles publiques. Lors de la dernière élection présidentielle, candidat d’extrême droite, Éric Zemmour promettait le rétablissement du port de la blouse à l’école primaire.

« L’égalité par l’uniforme à l’école, c’est de la pensée magique »

« L’uniforme n’a jamais été obligatoire dans les écoles publiques, c’est un fantasme », rappelle le sociologue de l’Education, François Dubet. L’historien, Claude Lelièvre, interrogé sur le sujet l’année dernière par Ouest France, précisait : « À l’époque, le textile coûtait très cher, donc la plupart des écoliers enfilaient une blouse pour éviter de se tacher avec leur plume ». Quant à l’uniforme au collège et au lycée ? « C’était des écoles huppées, qui cherchaient à se distinguer. Ce n’était pas tellement pour des questions d’égalité », soulignait-il.

« L’égalité par l’uniforme à l’école, c’est de la pensée magique. On prend souvent l’exemple des écoles privées ultrachics anglaises où l’uniforme est aux couleurs de l’établissement. C’est comme si on faisait, en France, une étude sur l’égalité scolaire en prenant l’exemple d’Henri IV. Nous n’avons pas cette tradition de l’uniforme. On ne peut pas en inventer une. Vous avez des gens qui sont nostalgiques d’une école qui n’a jamais existé en France », estime François Dubet avant d’ajouter : « D’ailleurs, le débat en Grande Bretagne est de savoir si le voile porté par certaines élèves doit être aux couleurs de l’établissement ».

La majorité présidentielle divisée

Pap Ndiaye est plus que prudent sur le sujet. Le ministre a récemment affirmé que l’uniforme ne saurait être « une réponse qui permettrait de résoudre la question de la laïcité ». Le groupe Renaissance de l’Assemblée réfléchit pourtant à l’opportunité de déposer un texte visant à imposer « le port d’une tenue scolaire commune » mais au nom de « l’égalité » et contre le « harcèlement scolaire ».

Invitée de l’émission « Extra Local », sur Public Sénat, la secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse, Sarah El Haïry s’est dite favorable à la mise en place d’un groupe de travail sur cette question à l’Assemblée nationale. « L’uniforme permet d’avoir une cohésion, derrière il y a l’unité, le sentiment d’appartenir à un collectif, le fait de virer les marques du débat entre les jeunes et ainsi de gommer momentanément les différences sociales », a-t-elle expliqué.

Au Sénat, le patron des sénateurs RDPI de la majorité présidentielle, François Patriat indique que la question n’a pas été abordée au sein de son groupe. Et à l’entendre, rien ne presse. « Qu’il y ait un débat, c’est bien. Mais c’est un sujet de l’extrême droite et de la droite. Il ne faut pas apparaître comme étant sur la défensive. Sinon on laisse croire que le RN pose les bonnes questions et que nous n’avons pas les réponses. Je comprends que des parlementaires soient sensibles aux arguments de leurs électeurs, mais les études n’ont pas montré que l’uniforme était efficace pour lutter contre le harcèlement et les atteintes à la laïcité », déclare le sénateur de Côte d’Or.

 

 

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