France Paris Shooting
(AP Photo/Kamil Zihnioglu)/PAR139/324924731136/1511140031

Attentats du 13 novembre 2015 : dix ans après, comment les lois antiterroristes ont évolué ?

Dix ans après le traumatisme des attentats du 13 novembre 2015, le cadre juridique permettant la prévention et la répression d’actes terroristes a largement évolué. Après les attaques du Bataclan, des terrasses parisiennes et du Stade de France ayant fait 131 morts et plus de 400 blessés, la France avait basculé dans l’état d’urgence, un régime juridique d’exception qui a influencé les évolutions législatives.
Henri Clavier

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après les attentats du 13 novembre, François Hollande réunit le Congrès le 16 novembre 2015 pour annoncer la présentation d’un projet de loi permettant de proroger l’état d’urgence mais aussi pour informer sur l’intensification des actions françaises en Syrie et la création de postes de policiers, de gendarmes et de magistrats. 

Depuis 2015, quatorze lois relatives au terrorisme ont été adoptées par le Parlement, dont 6 permettant de proroger l’Etat d’urgence jusqu’en 2017. Ce régime prévu par une loi de 1955, déclenché lors de la guerre d’Algérie, n’a été utilisé qu’à de rares occasions au cours de la Ve République, la dernière lors des émeutes dans les banlieues en 2005. Devant le Congrès, François Hollande avait également promis un projet de révision constitutionnelle afin d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution et la déchéance de nationalité pour les personnes condamnées pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation. La réforme a finalement été abandonnée à cause de l’opposition des parlementaires. 

L’intégration dans le droit commun de mesures d’urgence 

Parmi les mesures les plus critiquées, la loi dite SILT du 30 octobre 2017 puis la loi du 30 juillet 2021 ont fait basculer dans le droit commun plusieurs dispositions d’exception prévues par le régime de l’état d’urgence. Dès 2017, la loi fait entrer les mesures administratives de surveillance comme les perquisitions administratives ou les assignations à résidence dans le droit commun. 

Concrètement, cela permet à l’administration de prendre des mesures restrictives de libertés individuelles en matière terroriste sans obtenir l’aval d’un magistrat au préalable. Une mesure fortement décriée à cause de l’absence de contrôle juridictionnel a priori. En 2021, le Défenseur des droits alertait sur la nécessité de « renforcer leur contrôle par les juridictions ». La loi SILT donne également la possibilité aux préfets de procéder à des fermetures administratives, pour 6 mois au maximum, de lieux de culte en cas d’apologie ou provocation au terrorisme. En cas de risque d’acte de terrorisme, le préfet peut mettre en place des périmètres de sécurité. Dans ce périmètre, le préfet peut réglementer l’accès, la circulation et le stationnement des personnes, afin de pouvoir organiser, de manière très pratique, le filtrage des accès. 

Le renforcement des peines et de nouveaux moyens d’investigation 

Par ailleurs, d’autres textes comme la loi du 3 juin 2016 renforcent les moyens d’investigation des magistrats dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Ainsi, les magistrats peuvent procéder à des perquisitions de nuit ou utiliser des dispositifs techniques de proximité pour capter directement les données de connexion nécessaires à l’identification. Le texte améliore également la protection des témoins menacés. La loi du 23 mars 2019 a permis la création d’une structure spécialisée dans les affaires de terrorisme, le Parquet national anti-terroriste. 

A la suite de l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016, la loi du 21 juillet 2016 durcit les peines infligées pour les infractions criminelles d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et exclut les personnes condamnées pour des faits liés au terrorisme du régime de crédit de réduction de peine. 

Renforcement de la sécurité dans les transports 

Pour compléter les dispositions de l’état d’urgence et après la tentative d’attentat dans le train Thalys du 21 août 2015, la loi du 22 mars 2016 accorde de nouvelles prérogatives aux agents de sécurité dans les transports (RATP et SNCF). Avec cette loi, les agents des transports publics sont autorisés à procéder à des palpations, des fouilles de bagages et des inspections visuelles générales et aléatoires.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Attentats du 13 novembre 2015 : dix ans après, comment les lois antiterroristes ont évolué ?
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le