Au campus des jeunes LR, « la candidature Retailleau change tout à l’élection »

Au campus des jeunes LR, « la candidature Retailleau change tout à l’élection »

La rentrée des jeunes LR se transforme en tour de chauffe pour les candidats à la présidence du parti. Bruno Retailleau vient contester le statut de favori à Eric Ciotti, dont certains craignent la ligne trop clivante. Ce dernier plaide pour désigner très vite le candidat pour 2027. Pour lui, « c’est Laurent Wauquiez », et pointe un manque de « clarté » de ses concurrents. Aurélien Pradié entend jouer le troisième homme.
François Vignal

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Le campus de rentrée des jeunes LR, ce samedi, à Angers, aurait pu se faire sans réel enjeu, avec Eric Ciotti en favori pour la campagne interne qui s’ouvre pour la présidence des LR. Mais la candidature de Bruno Retailleau, officialisée la veille, rebat les cartes. Le président du groupe LR du Sénat entend prendre le parti, lors du scrutin prévu les 3 et 4 décembre prochains. Un parti en crise et à relever, après la catastrophe de l’élection présidentielle.

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Attendu dimanche pour un discours, le sénateur LR de Vendée est finalement arrivé dès ce samedi. Il se lève pour saluer le député LR Aurelien Pradié lors de son entrée – le troisième homme, qui ne s’est pas encore déclaré. Ça tombe bien, Bruno Retailleau cherche à se présenter rassembleur. Dans la chaleur des Greniers Saint-Jean, qui accueillent l’événement, le patron des sénateurs LR est au premier rang pour écouter la table ronde sur la sécurité, où son désormais rival prend la parole. Eric Ciotti dénonce le droit de vote des étrangers aux élections locales. Le sénateur de Vendée semble apprécier et lâche un sourire. Pas étonnant. Les deux hommes pensent, à quelques détails près, la même chose sur les questions régaliennes, soit une ligne dure sur la sécurité et l’immigration. Ils ne le nient pas.

Retailleau veut « un changement radical, qu’on ne se contente pas de ripoliner la façade »

« C’est normal qu’on ait des points communs. Mais on a des tempéraments différents », soutient l’ancien proche de François Fillon, qui lui a apporté son soutien ce samedi. « Je ne suis candidat contre personne », assure le sénateur de Vendée. Pour marquer sa différence, Bruno Retailleau insiste avant tout sur sa volonté de rassembler et sa palette politique, qu’il veut plus large. « Il faut un changement radical, qu’on ne se contente pas de ripoliner la façade. On doit relever la droite française », avec « des idées neuves, pas uniquement de vieilles recettes », lance le candidat à la résidence des LR, qui met en avant les questions numériques, avec « le metaverse », ou l’écologie. Il rappelle avoir écrit un livre « au titre prémonitoire », « Aurons-nous encore de la lumière en hiver ? ». Histoire d’assurer de son verdissement, il ajoute : « J’adore la nature, ça me parle. Je vis dans la nature, dans une ferme ».

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Bruno Retailleau a surtout décidé d’y aller après le renoncement de Laurent Wauquiez. « J’ai essayé de prendre des vacances, je n’ai pas pu. J’aurais dû éteindre mon téléphone », sourit le sénateur, qui explique avoir reçu beaucoup d’appels pour le pousser à se lancer, dont « Gérard Larcher », le président du Sénat. Il compte garder la présidence du groupe, en cas de victoire. L’appui des sénateurs, dont il s’est assuré une dernière fois jeudi soir en visio, est très large. Quelques soutiens ont d’ailleurs fait le déplacement.

« Ça fait huit ans que Bruno Retailleau fait la synthèse au Sénat sans avoir de consensus mou »

« Je vais soutenir Bruno Retailleau, pas seulement parce qu’il est mon président de groupe, mais car c’est utile pour rassembler notre mouvement politique », « Eric Ciotti n’a pas les mêmes qualités de rassembleur que Bruno », avance Stéphane Piednoir, régional de l’étape en tant que sénateur du Maine-et-Loire. Celui qui avait soutenu Michel Barnier à la primaire ajoute :

Bruno Retailleau peut avoir cet effet de rallumer la flamme, il donne envie de s’impliquer en politique.

Pour Philippe Mouiller, vice-président du groupe, qui avait fait la campagne de Valérie Pécresse, « c’est un grand travailleur, il a une véritable vision de la France ». Il salue « ses capacités à travailler avec tout le monde ». Même l’ancien porte-parole d’Eric Ciotti à la primaire, le sénateur Stéphane Le Rudulier, suit son chef de file. « Ce n’est pas du tout la même élection. Là, il faut choisir le profil le plus adapté », dit-il. Au groupe, « ça fait huit ans qu’il fait la synthèse sans avoir de consensus mou », ajoute le sénateur des Bouches-du-Rhône. Stéphane Le Rudulier pense encore au « débat d’idées », dont les LR « ont fondamentalement besoin ».

Lire aussi >> Présidence des LR : les sénateurs de droite louent la « capacité à rassembler » de Bruno Retailleau

Nadine Morano, pour sa part, choisit de rester fidèle à Eric Ciotti. « Je le connais très bien. On est sur la même ligne politique et puis il a déclaré sa candidature très tôt. Et certains font acte de candidature en disant qu’ils ne l’étaient pas au départ… voilà », lâche la députée européenne, qui récuse l’idée que son candidat serait plus clivant. « Je ne sais pas ce que ça veut dire. Etre de droite, c’est être de droite. D’ailleurs, ils sont d’accord sur beaucoup de sujets ».

« Ciotti/Retailleau, c’est le duel qui semble se dessiner » pour Théo, 19 ans

Si les parlementaires sont très peu nombreux à avoir fait le déplacement, les jeunes LR sont assez nombreux et remontés. Au stand goodies, la casquette rouge n’est pas sans rappeler celle des supporteurs de Trump. Dans la salle, Eric Ciotti a la cote. Pas étonnant, le président des jeunes LR, Guilhem Carayon, le soutient. « Ciotti, c’est une droite qui s’assume », lance Sasha, 19 ans. « Je crois en lui depuis quelques temps », ajoute cet étudiant en droit à Assas, président de la section LR de l’université. Pour Thomas, de la Marne, « c’est un homme charismatique, qui replace la France au centre des intérêts » et « qui ne va pas être aligné avec une ligne de centre droit, comme à l’époque de l’UMP ». « Il représente les vraies valeurs de la droite », apprécie Guillaume.

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Mais les jeunes LR ne sont pas insensibles à la candidature Retailleau, comme Théo, 19 ans, qui le soutient à « 3000 % ». « On va travailler au maillage territorial », explique-t-il, drapeau de l’Occitanie sur le dos. « Ciotti/Retailleau, c’est le duel qui semble se dessiner », ajoute Théo, « au début, on aurait pu penser que Ciotti allait écraser le match. Mais la candidature de Retailleau change tout à l’élection ». Pour Pierre, 25 ans, son arrivée « solutionne le dilemme ». Si Eric Ciotti l’emporte, il craint « une scission dans le parti. Ou on devient un Reconquête bis. Ce n’est pas utile ».

Eric Ciotti met en garde sur le… « tout sauf Ciotti »

L’intéressé fait mine de ne pas être inquiété par cette nouvelle rivalité. Tout en lâchant quelques piques… Devant les journalistes, il note que Christelle Morançais, qui a succédé à Bruno Retailleau à la tête de la région Pays-de-la-Loire, vient de quitter LR, en désaccord avec la ligne. « Ce n’est quand même pas anodin. Je ne ferai pas de procès à Bruno Retailleau. Mais qu’on ne vienne pas me faire de procès similaire », lance-t-il, en réponse aux accusations d’être trop clivant. Il met en garde contre la petite musique qui monte. « Ce tout sauf Ciotti » a débouché sur une « débâcle. Pour les militants, c’est un échec total », lance le finaliste de la primaire.

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Eric Ciotti sait qu’il a pour lui les 25,5 % du premier tour de la primaire de la présidentielle, où il est arrivé en tête. Et ce sont les 55.000 adhérents qui éliront le président du parti. « J’ai beaucoup de soutien de fédérations, de cadres », avance-t-il. Sa fédération des Alpes-Maritimes est puissante. Il reconnaît que le nombre de cartes est en recul depuis la défaite cependant, comme dans chaque département. « La mobilisation n’est pas interdite pour personne », sourit le député. Il compte faire le tour de toutes les fédérations.

Eric Ciotti veut « s’organiser très vite pour désigner celui qui partira sous nos couleurs en 2027 »

Surtout, Eric Ciotti met dans la balance un argument qu’il veut de poids. « Je serai le seul à le dire. Il faut s’organiser très vite pour désigner celui qui partira sous nos couleurs (en 2027). Et pour moi, c’est Laurent Wauquiez. Pour moi, le message est clair », annonce-t-il. Le candidat ajoute : « Je ne suis pas certain que mes concurrents peuvent avoir la même clarté… »

Il est vrai que certains, qui juraient ne jamais être candidat à l’élection suprême, ont déjà changé d’avis dans le passé, à droite. Edouard Balladur ne devait pas se présenter contre Jacques Chirac. Bruno Retailleau, puisque c’est de lui dont parle Eric Ciotti, assure ne pas avoir d’ambition, sans pour autant souhaiter que le président du parti s’engage à ne pas être candidat à la présidentielle.

Laisser les clefs de la maison, s’il l’emporte, ne serait-il pas un risque pour Laurent Wauquiez ? « J’ai dit à Laurent de se lancer. Je lui ai dit, « attention, celui qui prend les manettes façonne le parti à son image. C’est dur d’exister à côté », confie un parlementaire, qui pense qu’« ils s’entendront à un moment donné ». Bruno Retailleau, qui assure ne pas avoir d’ambition autre que la présidence du parti, met en garde pour que le scrutin interne « ne devienne pas une sorte de primaire par procuration pour la présidentielle », où voter Ciotti reviendrait à voter Wauquiez. S’il ne sera finalement pas à Angers demain, à cause de la « distance », l’ombre du président LR de la région Auvergne-Rhône Alpes plane sur le campus des jeunes LR.

Pradié : « Il faut toujours se méfier des troisièmes hommes »

Au milieu de cette compétition entre les deux favoris, Aurelien Pradié espère creuser son sillon. Encore faudrait-il être officiellement candidat. « Il n’est pas inutile qu’il y ait une troisième candidature. C’est le fruit de ma réflexion. Je me suis fixé un calendrier que je tiens », dit-il. Il « prend le temps de discuter avec les uns et les autres » et réfléchit sur « le message à adresser ». Le député LR du Lot entend s’appuyer « sur l’héritage de Philippe Seguin » et « défendre une droite qu’on a envie d’aimer ». « Je pense que c’est un discours de droite que de dire que l’être humain n’est pas d’abord un consommateur », lance le secrétaire général des LR, qui joue l’iconoclaste à droite. « Il faut toujours se méfier des troisièmes hommes ou des troisièmes femmes. Dans notre famille politique comme dans toutes les autres élections, en général, c’est vers celui qui n’est pas attendu que les surprises arrivent », prévient, et espère, Aurélien Pradié.

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Pendant qu’il parle, un petit train touristique repasse pour la énième fois, depuis le début d’après-midi. Les touristes regardent le manège. Sur le train, une publicité pour un zoo présente un tigre, menaçant. Chez les LR, les grands fauves sont blessés ou disparus. Mais il reste quelques spécimens qui ont les crocs.

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