Au chevet des banlieues, le Sénat réclame un « électrochoc »
Aux côtés des maires et d’autres acteurs du terrain, les sénateurs ont débattu des solutions à apporter aux quartiers défavorisés au cours de deux tables rondes, organisées à l’initiative du président du Sénat Larcher, et de deux sénateurs, Philippe Dallier (LR) et Patrick Kanner (PS).

Au chevet des banlieues, le Sénat réclame un « électrochoc »

Aux côtés des maires et d’autres acteurs du terrain, les sénateurs ont débattu des solutions à apporter aux quartiers défavorisés au cours de deux tables rondes, organisées à l’initiative du président du Sénat Larcher, et de deux sénateurs, Philippe Dallier (LR) et Patrick Kanner (PS).
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Par Guillaume Jacquot (Sujet vidéo : Flora Sauvage)

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Servi une nouvelle fois par l’actualité. Alors que le gouvernement faisait hier la synthèse de son action depuis un an en matière de politique de la ville (relire notre article), le Sénat organisait ce jeudi matin un colloque intitulé « Banlieues : pour un électrochoc républicain ». La formule est forte et sonne comme une réponse à la politique du gouvernement, que les sénateurs jugent trop timide en direction des quartiers les plus défavorisés des villes françaises. « On fait de l’homéopathie alors qu’il nous faudrait un remède de cheval », résume Philippe Dallier, le premier vice-président (LR) du Sénat.

Au cours de ce rendez-vous marqué par la venue de plusieurs maires et d’acteurs du monde associatif, le sénateur de Seine-Saint-Denis est à la manœuvre avec le sénateur du Nord, Patrick Kanner, le président du groupe socialiste. Malgré leurs différences dans leur engagement politique, les deux parlementaires partagent le même diagnostic sur les difficultés importantes rencontrées par les habitants de ces quartiers et sur le sentiment d’abandon qui se renforce au fil des mois.

Les annonces de Jacques Mézard jugées « très décevantes »

« Certes, il y a des contraintes budgétaires, mais la politique de la ville ne peut pas être la variable d’ajustement », dénonce Patrick Kanner. L’ancien ministre de la Ville étrille notamment le « manque de cohérence » dans la politique gouvernementale, s’alarmant notamment d’une remise en cause des contrats aidés et d’une série de décisions de nature à déstabiliser les bailleurs sociaux.

Après la « douche froide » provoquée par l’enterrement, le 22 mai dernier, de plusieurs propositions contenues dans le rapport de Jean-Louis Borloo, les annonces mercredi du ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard n’ont pas rassuré à la Haute assemblée. « Elles sont très décevantes », juge Philippe Dallier.

Opposé à un énième plan banlieue et à un nouveau dégagement massif de crédits, la ligne de l’Élysée a reçu plusieurs cinglantes répliques au Sénat, mettant en avant un nécessaire rattrapage et un déficit chronique en services publics. « Il ne faut pas avoir peur d’investir pour 5,5 millions de nos concitoyens. La puissance publique doit rétablir les conditions de l’égalité républicaine, cela prend du temps », insiste le socialiste Patrick Kanner.

« Il est clair que l’argent est le problème », appuie le sociologue Renaud Epstein. « La réalité, c’est que ces quartiers bénéficient de moins de moyens que les autres territoires. Tant que l’on n’aura pas les moyens d’objectiver cela, la population restera bloquée sur un discours délétère, mortifère pour la France, qui consiste à opposer les quartiers populaires et le reste de la France », poursuit ce maître de conférences en sciences politiques.

Le maire de Limoux, petite ville de l’Aude, Jean-Paul Dupré (PS), y voit d’ailleurs « beaucoup de similitudes » avec les difficultés rencontrées par les territoires ruraux.

Philippe Rio (PCF), le maire de Grigny, d’où avait été lancé en octobre un « appel » par plusieurs maires, enfonce le clou : « Il y a un mensonge, une tricherie que nous devons balayer : faire croire que la politique de la ville fait de la discrimination positive ».

« Redonner de la dignité et de la fierté » aux habitants

Sur la méthode, la plupart des participants s’accordent à dire que le remède à apporter nécessite la mobilisation de tous les acteurs – élus locaux, associations, État – et la vision la plus large possible. Certains diront casser les logiques « en silos ». « Il faut penser global pour agir efficacement », encourage le maire centriste d’Arras, Frédéric Leturque

Outre la rénovation urbaine, de nombreux domaines sont abordés : l’emploi, la sécurité, l’éducation ou encore les transports. Xavier Lemoine, maire de Montfermeil (Parti Chrétien-Démocrate) y ajoute un autre thème. « L’enjeu est d’ordre culturel », selon le vice-président du Parti chrétien-démocrate. Ce maire de Seine-Saint-Denis considère également que redonner « dignité et fierté » aux habitants des quartiers est un « préalable ». « Tant que nous n’aurons pas redonné dignité et fierté, toutes les politiques sociales ne pourront pas être opérantes », a-t-il mis en garde.

Un « signal » envoyé à l’exécutif

Conscients que ces retours d’expérience et ces échanges nourris ne doivent pas ressembler à un banal colloque, les sénateurs ont annoncé que cette matinée de travail constituerait un nouveau point de départ. « On ne peut pas rester sans répondre à cette mobilisation de ce matin, autour de la politique de la ville. Cela doit être un signal politique que l’on fasse partager au-delà, y compris pour l’exécutif », explique le président du Sénat, Gérard Larcher.

Philippe Dallier rappelle pour sa part que les manœuvres d’actions des législateurs. « Il y aura un débat budgétaire à l’automne », prévient-il, ajoutant que le Parlement dispose de pouvoirs de contrôle, pour évaluer l’impact des politiques publiques. Le vice-président du Sénat évoque aussi la nécessité de réformer le système de dotations et de péréquation budgétaire en France, un système, selon lui, d’une « complexité épouvantable ».

En plein débat sur la loi sur le Logement (Elan), la présidente de la commission des Affaires économiques, Sophie Primas (LR), vient au secours des maires, les plus à même de piloter au plus près du terrain les politiques en faveur des quartiers défavorisés. En cas de vente de logements sociaux, elle propose que l’avis des maires soit rendu obligatoire.

À l’heure de la réforme constitutionnelle, dont se saisira le Sénat en septembre, Gérard Larcher se demande si la « différenciation territoriale » peut être un levier de réponse.

En septembre, dans la volonté de poursuivre son travail en faveur des quartiers défavorisés, le Sénat instaurera un « baromètre des banlieues », une instance au sein de la commission des Affaires économiques qui réunira des sénateurs de toutes les commissions permanentes, mais aussi de façon continuelle des élus locaux.

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