Au coeur de la Guyane française, les Amérindiens Wayampi vont voter à l’aveugle
A Trois Sauts, petite commune au fin fond de la Guyane française, les amérindiens Wayampi n'ont jamais vu le visage des deux...

Au coeur de la Guyane française, les Amérindiens Wayampi vont voter à l’aveugle

A Trois Sauts, petite commune au fin fond de la Guyane française, les amérindiens Wayampi n'ont jamais vu le visage des deux...
Public Sénat

Par Marion BRISWALTER

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

A Trois Sauts, petite commune au fin fond de la Guyane française, les amérindiens Wayampi n'ont jamais vu le visage des deux finalistes de la présidentielle. Ils n'ont ni télé, ni électricité, ni affiche des candidats. Et s'apprêtent à voter, perplexes, pour le second tour samedi.

"C'est difficile de choisir. On ne sait pas pour qui on doit voter", soupire Georges, un jeune adulte Wayampi, l'un des six groupes autochtones de ce territoire français d'Amérique du sud. Son village, tout proche du Brésil, est uniquement accessible par hélicoptère ou cinq à douze heures de pirogue.

Organisé dimanche en France métropolitaine, le scrutin - qui oppose la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen au jeune centriste Emmanuel Macron - s'ouvre dès samedi sur le continent américain.

"Marine Le Pen, je ne la connaissais pas, mais j’ai parlé avec mon père qui m’a expliqué beaucoup de choses sur son père Jean-Marie Le Pen", précédent patron du Front national, explique Frédéric, fils d'un des chefs coutumiers assis à l'ombre d'un toit en tôle.

Pour Marius, 21 ans, qui a quitté l’école à l'adolescence, "lorsqu’on vote, après, le président ne pense pas à nous. On ne connaît pas les candidats, et on ne sait pas à quoi ça sert l'élection". Malgré tout, explique un autre homme assis à ses côtés, "samedi, c'est le jour du vote, alors on vote".

Comme beaucoup de citoyens de ce périmètre autochtone qui regroupe 84 lieux de vie, en quasi autarcie alimentaire, Frédéric n'a jamais vu le visage des candidats.

"On n'a pas vu la photo d'Emmanuel Macron ni de Marine Le Pen, seulement celle de François Fillon", le candidat conservateur éliminé au premier tour du scrutin, explique ce jeune chasseur-pêcheur polyglotte. A ses côtés, l'un des chefs est en train de tresser des lianes pour confectionner un porte-manioc.

Cette année, en raison de la profonde crise sociale qui a paralysé la Guyane française pendant la campagne électorale, les professions de foi des candidats ne sont jamais arrivées. Une seule affiche - transportée par hélicoptère - a pu être amenée et accrochée devant la petite annexe de la mairie, celle de M. Fillon.

- 'Ni lumière, ni électricité' -

L'information parvient difficilement dans cette zone d’accès réglementé: un opérateur mobile la dessert mais le réseau est erratique, selon les riverains. Et il n'y a pas de télévision, faute de réseau électrique.

Malgré tout, le taux de participation au premier tour (49%) à Trois Sauts fut plus important que dans le reste de la Guyane, où près de deux électeurs sur trois se sont abstenus.

Pour le second tour, les avis sont très mitigés. "Je n'ai pas envie de voter pour rien", avoue Alban, en short et tee-shirt.

"Ils ne font rien pour nous, il n'y a ni lumière, ni électricité, on voudrait que le village se développe", retient Georges, regard tourné vers le fleuve Oyapock, qui marque la frontière avec le Brésil.

Au premier tour de scrutin le 23 avril, François Fillon avait obtenu le meilleur score, avec 160 voix sur 350 inscrits, juste derrière l'abstention (178).

Le jour du premier tour, "il y en a qui étaient à l'abattis (parcelle vivrière) et à la chasse. Ils n’avaient pas le temps, car ils faisaient la galette de couac (manioc)", explique Frédéric.

Marine Le Pen avait recueilli trois voix, Emmanuel Macron, une seule.

"Une dame à la mairie a dit qu'il ne faut pas voter pour les socialistes", raconte sous couvert d'anonymat une jeune maman ceinte d'un tissu aux motifs africains.

La localité est administrée par Joseph Chanel, un maire de droite impopulaire, condamné en 2008 pour "complicité d'orpaillage clandestin".

"Il y a un élu de proximité, M. Chanel, qui est à droite", confirme à l'AFP Gamal Hooseinbux, secrétaire territorial du parti conservateur Les Républicains. "Dans des élections où tout le monde se connaît et parle un peu plus, ça permet de tourner l'électorat dans un sens ou l’autre".

Partager cet article

Dans la même thématique

Au coeur de la Guyane française, les Amérindiens Wayampi vont voter à l’aveugle
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le