"C'est beau, mais c'est loin": en arrivant à Guidel, dans le Morbihan, à l'université de rentrée du MoDem, le Premier ministre Edouard Philippe a paraphrasé Jacques Chirac, dont le souvenir a été maintes fois convoqué lors de ce grand raout centriste, à l'heure de l'acte II du quinquennat Macron.
"Nous avons tous quelque chose de Jacques Chirac", a poursuivi Édouard Philippe - un mot cette fois emprunté à Johnny Hallyday -, bien que l'ancien président, décédé jeudi, ne fut "ni un saint, ni un homme parfait", a estimé son lointain successeur à Matignon.
Quelques minutes plus tôt, en conclusion du rendez-vous breton entamé vendredi et qui a réuni près de 900 participants - un record -, le patron de MoDem, François Bayrou, avait lui-aussi évoqué la mémoire de celui qui avait "une idée précieuse, l'idée d'une unité française".
"Il y avait toujours chez Jacques Chirac le souci de cette unité", a poursuivi celui qui fut son ministre - mais aussi son adversaire à la présidentielle de 2002 - et qui martèle que, encore aujourd'hui, "la France a besoin de communion" et "qu'on tourne le dos aux divisions artificielles".
A Guidel, le message revêtait les apparences de la mise en garde, notamment vis-à-vis de La République en marche, à l'aune d'une part de l'Acte II du quinquennat, d'autre part des négociations quant aux investitures pour les municipales de mars 2020.
François Bayrou, qui ne manque jamais une occasion de rappeler qu'il avait "senti qu'une crise venait" l'année dernière à la même date, en l'occurrence celle des "gilets jaunes", prévient: "Les réformes, si on veut qu'elles réussissent, elles ne valent que si les peuples ressentent qu'elles sont conduites pour eux et avec eux", en appelant à "la dimension humble et humaine" - selon lui la spécificité, si ce n'est l'apanage, du MoDem.
Le président du MoDem François Bayrou à Guidel, le 29 septembre 2019
AFP
Mais, autrefois critique envers le Premier ministre, le patron du MoDem est désormais laudateur: "Nous apprécions votre style et le recul que vous savez prendre, un peu de circonspection normande, un peu d'humour britannique, un peu de détermination de boxeur amateur, et un sens jamais démenti de la loyauté", a-t-il dressé le portrait.
Édouard Philippe lui a rendu la pareille: d'abord, alors que le maire de Pau fixait des lignes jaunes quant à la réforme des retraites - respect des droits acquis, garantie du point, ménagement des régimes spéciaux excédentaires -, le locataire de Matignon a juré qu'elles lui "allaient parfaitement".
- Manque de cohérence -
Ensuite, à propos des élections municipales, le Premier ministre - qui n'est membre d'aucune formation politique - a averti "que la logique partisane n'a qu'une influence minime dans les logiques qui doivent prévaloir à l'échelon municipal", dans la droite ligne des remontrances de François Bayrou face à La République en marche.
Le patron de LREM Stanislas Guerini à Guidel, le 29 septembre 2019
AFP
Le premier des marcheurs, Stanislas Guerini, l'autre grand invité du week-end breton, a voulu temporiser: "Je sais aussi à quel point nous sommes un jeune mouvement et nous avons besoin de racines plus profondes", a-t-il rassuré ses partenaires.
Mais, alors que des frictions se multiplient entre les deux formations quant aux investitures, le patron de La République en marche s'est montré aussi magnanime qu'intransigeant, en appelant à la "cohérence avec nos idées que nous portons au niveau national".
Davantage explicite: "Nous devrons nous appuyer sur des élus locaux qui veulent clairement la réussite de la majorité présidentielle", a-t-il tonné, en visant les communes où le MoDem entend soutenir ou repartir avec des sortants parfois hostiles à Emmanuel Macron.
"Ces désaccords peuvent exister, mais nous avons la responsabilité de les surmonter", a encore appelé M. Guerini. Et il a renvoyé à l'après-municipales: "Ne perdons pas de vue que ce que nous devons redessiner ensemble, c'est aussi la carte de France et des régions à l'aune de l'élection présidentielle de 2022".
À la suite des violences en marge des mobilisations du 17 octobre dernier, Emmanuel Macron a annoncé, ce jeudi, que seules les manifestations organisées par des syndicats seraient autorisées samedi, avec des tracés visant à protéger les commerces.
A l’issue du Conseil de sécurité, ce jeudi 22 octobre, Emmanuel Macron a exprimé sa volonté d’interdire « partout où on le peut », les manifestations qui ne seraient pas organisées par les syndicats. Un durcissement qui s’ajoute aux précédentes mesures déjà annoncées le 18 octobre.
Répondant à l’appel d’associations et de syndicats, plusieurs dizaines de milliers de contre-manifestants sont attendus, ce week-end, à Orléans, pour protester contre le congrès du RN. L’occasion pour Marine Le Pen et les cadres du parti de rappeler l’une de leurs mesures phares : la fin des subventions publiques aux associations « politisées ».
Invité de la matinale de Public Sénat, Michel Barnier a renouvelé son soutien à Bruno Retailleau, tout en défendant le principe d’une candidature unique à droite et au centre, désigné par une primaire.