« Au lieu de foutre le bordel » : la déclaration d’Emmanuel Macron provoque un nouveau tollé

« Au lieu de foutre le bordel » : la déclaration d’Emmanuel Macron provoque un nouveau tollé

La phrase polémique prononcée par le chef de l’État en Corrèze, pendant que des salariés de GM&S manifestaient au même moment, est très critiquée par des élus de gauche comme de droite. La majorité parle d’un franc-parler et parle d’une citation « sortie de son contexte ».
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C’est une phrase prononcée par Emmanuel Macron au cours d'un aparté avec le président de la région Nouvelle Aquitaine, Alain Rousset, qui fait couler beaucoup d’encre. Lors d'un déplacement à Égletons, en Corrèze, le chef de l’État a répondu à l’élu local, qui évoquait les difficultés de recrutement d’une entreprise de fonderie d'Ussel. Visant les salariés licenciés de l'équipementier automobile GM&S qui manifestaient au moment de sa visite, Emmanuel Macron a lancé :

« Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu’ils ont les qualifications pour le faire. »

Une nouvelle petite phrase dont s’est emparée immédiatement l’opposition, rappelant qu’il ne s’agit pas du premier faux pas du chef de l’État.

« Emmanuel Macron récidive »

« Après les gens qui ne sont rien et les fainéants , Emmanuel Macron récidive avec y’en a certains qui au lieu de foutre le bordel… », a déploré dans un communiqué le Parti socialiste.

Le PS « appelle, à nouveau, le président de la République à rester maître de son langage et à respecter les Français ».

L’ancien porte-parole du précédent gouvernement, Stéphane Le Foll, appelle Emmanuel Macron à « trouver des solutions plutôt que de renvoyer au travers d'un slogan chacun à sa propre responsabilité ».

Les députés du groupe Nouvelle gauche ne retiennent pas non plus leurs critiques. « Macron en Corrèze pour insulter les ouvriers », dénonce Luc Carvounas. « Le vrai bordel, ce sont les ordonnances ».

« Le bordel, c’est lui »

La France insoumise se montre elle aussi virulente. Ugo Bernalicis estime que « l'expression pourrait être retournée contre son auteur ». Se lançant dans une anaphore, le député du Nord affirme que « ce qui fout le bordel dans le pays, c'est la suppression des emplois aidés […], c’est la hausse de la CSG, c’est la diminution des APL ».

« Le bordel c’est lui », ajoute son collègue Adrien Quatennens.

Les nouveaux membres du groupe socialiste au Sénat sont eux aussi monté au créneau. « Bandes de feignasses », a ironisé la nouvelle sénatrice de Paris Marie-Pierre de La Gontrie, comme une piqûre de rappel au discours d’Athènes.

Son collègue Xavier Iacovelli dénonce un « mépris » de la part du Président et évoque de « vieux relents sakozystes ».

« Il méprise les gens »

Le secrétaire général des Républicains, Bernard Accoyer, qui était sur notre antenne ce matin, n’est pas de cet avis. L’ancien président de l’Assemblée nationale assure qu’il n’a « jamais entendu Nicolas Sarkozy insulter nos compatriotes ». Concernant Emmanuel Macron, Bernard Accoyer note une déclaration «pas si innocente que cela ». « La transgression, la provocation c’est un peu dans ses codes », affirme-t-il.

« C'est de l'arrogance, tout cela est fait à dessein », renchérit le député LR Christian Jacob. « Il devrait arrêter ce genre de provocation d'un enfant gâté [...] Il ne connaît pas la France, il méprise les gens ».

Nouvelle preuve de « mépris », Valérie Boyer et Éric Ciotti s’emparent également de ce mot.

Constructif, Franck Riester s’est montré plus diplomate sur LCP. « Quand on est en responsabilité politique, on a toujours intérêt à avoir des propos mesurés, mais ne pas être dans la langue de bois ça fait partie aussi de se qu’attendent les Français », déclare ce proche de Bruno Le Maire.

Le Front national a lui aussi sauté sur l’occasion pour dénoncer le vocabulaire du président de la République.

« Quand on méprise le peuple qui souffre, quand on l’insulte perpétuellement, c’est qu’on n’aime pas la France », réagit Jean-Lin Lacapelle.

« Le déconstructeur Macron, qui veut dissoudre la France, reproche à ceux qui veulent une France durable de "foutre le bordel". Quel culot ! », dénonce l’ancien sénateur David Rachline.

« Il a un franc-parler »

Dans la majorité, on tente d’éteindre l’incendie. À l’image de Sébastien Lecornu. « Il a un franc-parler, ça ne me choque pas. Je ne vois aucun mépris », indique le secrétaire d’État, qui pointe du doigt « un certain nombre de minorités, des salariés de GSM (sic), des militants d'extrême-gauche […] venus jouer les agitateurs ».

Le porte-parole de la présidence de la République, Bruno Roger-Petit, dénonce, lui, une « citation tronquée sortie de son contexte ».

« Nous sommes des gens lucides, il y a effectivement à GMS des gens qui vont perdre leur emploi, ce qu’on veut c’est savoir où est-ce qu’ils vont travailler, où sont les solutions », répond la députée LREM Amélie de Montchalin, la « whip » de la commission des finances. « Ce qu’il faut avoir en tête c’est qu’on a dans notre pays des gens qui font peur aux Français, je ne parle pas des syndicats de GMS », évoquant plutôt « l’extrême gauche ».

Christophe Castaner « creuse »

La défense du porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, semble en revanche remettre de l’huile sur le feu. « Vous savez, on peut être cultivé et parler comme les Français. On peut aussi avoir comme objectif d'arrêter la langue de bois, et d'oser nommer les choses », a-t-il expliqué sur Radio Classique.

« Messieurs Macron et Castaner, abandonner la langue de bois n'implique pas d'utiliser une langue de classe méprisante », réplique le député insoumis Alexis Corbière.

« Emmanuel Macron peut dire à peu près n'importe quoi, Christophe Castaner trouvera ça bien », étrille le socialiste Olivier Dussopt.

« Pour rattraper la saillie méprisante de Macron, Castaner explique donc que les Français parlent mal et sont incultes. Ça s’appelle creuser », réagit l’ancien frontiste Florian Philippot.

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