Au procès Balkany, le patron d'une fiduciaire de Genève a enfoncé mercredi les lignes de la défense, en affirmant que le bras droit de Patrick...
Au procès Balkany, la déflagration suisse
Au procès Balkany, le patron d'une fiduciaire de Genève a enfoncé mercredi les lignes de la défense, en affirmant que le bras droit de Patrick...
Par Sofia BOUDERBALA
Temps de lecture :
4 min
Publié le
Mis à jour le
Au procès Balkany, le patron d'une fiduciaire de Genève a enfoncé mercredi les lignes de la défense, en affirmant que le bras droit de Patrick Balkany avait désigné ce dernier comme le réel bénéficiaire de sociétés offshore ayant servi à acheter un riad de Marrakech.
L'élégant Marc Angst, main dans la poche et parapluie pendu à la barre, très précis. Seul témoin entendu au procès, il dit, comme pendant l'instruction, tout ce que l'autorise à dire le secret bancaire suisse, notamment pour "dénoncer tout soupçon de blanchiment", dans un français impeccable et légèrement traînant.
Nous voilà au coeur du procès: c'est l'achat début 2010 d'un somptueux riad à Marrakech qui vaut aux époux Balkany d'être jugés pour "blanchiment habituel de fraude fiscale aggravée" et, pour le seul maire LR de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), de "corruption passive". Les édiles encourent dix ans de prison.
Les juges d'instruction soupçonnent Jean-Pierre Aubry, fidèle du maire et directeur général de la société d'aménagement de Levallois, d'avoir eu, avec l'avocat Arnaud Claude, un "rôle central" dans l'acquisition de ce bien destiné aux Balkany - ce qu'ils nient fermement.
Dirigeant de Gestrust SA, une fiduciaire spécialisée dans les trusts, Marc Angst explique avoir été chargé en 2009 par MM. Aubry et Claude du montage de deux sociétés offshore: "M. Aubry n'avait pas l'air de tout comprendre, c'était M. Claude qui donnait les instructions".
Patrick Balkany (g) et l'un de ses avocats Me Antoine Vey arrivent au tribunal, le 23 mai 2019 à Paris
AFP/Archives
"M. Aubry s'est présenté comme un homme d'affaires dans l'immobilier. Ils nous ont présenté un immense projet immobilier de 950 millions d'euros à Levallois" qui devait "être financé par un Saoudien, Mohamed Al Jaber", raconte le banquier.
"M. Aubry avait proposé cette affaire au Saoudien et devait toucher pour cela une commission de 5 millions de dollars". Une somme "normale" vu le montant du marché, estime alors le Suisse, qui précise que "M. Aubry a ensuite voulu utiliser une partie de l'argent pour acheter une villa à Marrakech".
- "Sur la tête de son fils" -
La demande est claire, "créer deux sociétés, une pour recevoir la commission (Himola) et une pour détenir la maison (Hayridge)". Marc Angst s'en souvient d'autant mieux qu'il "n'aime pas ces sociétés au Panama parce qu'elles sont au porteur", c'est-à-dire à celui qui détient les titres, et qu'"on peut les perdre".
La SCI Dar Guycy, propriétaire du riad, sera détenue à 99% par Hayridge et à 1% par Diana Brush, une des collaboratrices de M. Angst qui avait fait le voyage au Maroc pour finaliser l'affaire.
Marc Angst dit bien avoir été "surpris" que les 5 millions arrivés sur le compte d'Himola ne proviennent finalement pas du milliardaire saoudien mais d'un magnat belge du cuivre, George Forrest. "Mais Me Claude nous a expliqué qu'il y avait eu un changement".
L'alerte n'arrive que fin 2013, avec un article du site d'informations Mediapart qui cite Gestrust dans une affaire explosive pour le député-maire Patrick Balkany. "Je n'avais jamais entendu parler des Balkany, je suis la politique (française) au niveau national, pas départemental...", s'excuse-t-il presque.
Pour la première fois, il s'interroge. "Est-ce qu'on ne m'aurait pas trompé sur l'ayant-droit économique?". Il décide de "dénoncer cette transaction" pour "soupçon de blanchiment", puis il appelle Me Claude qui lui "jure sur la tête de son fils" que son client était bien Jean-Pierre Aubry.
Le 12 février 2014, de passage à Paris, il se rend au cabinet de Me Claude. Jean-Pierre Aubry est là. "Il me dit: +Marc, vous savez que je porte pour mon ami Balkany?+. J'ai dit NON, je ne savais pas. Il a ajouté: +C'est un ami, même si je dois aller en prison, je ne le trahirai pas+", affirme le banquier.
Jean-Pierre Aubry a démenti, affirmant que Marc Angst, Suisse-Allemand, avait "mal compris". Me Claude a nié être intervenu en qualité d'avocat mais comme "ami" de Jean-Pierre Aubry. Imperturbable, Angst maintient sa version.
A l'avocat de Patrick Balkany qui lui demande combien de clients il a dénoncé, le banquier répond "3 en 32 ans". Et précise qu'il était "furieux que Me Claude (lui) ait menti", mais "soulagé de voir confirmés ses soupçons".
Le tribunal se penchera jeudi sur les millions versés par George Forrest.
Doit-on connaitre l’état de santé de ceux qui nous dirigent ? Doit-on évaluer leur santé mentale ? À l’affiche d’une pièce de théâtre, Michel Cymes interroge sur scène la question du secret médical des présidents élus et des candidats à la fonction suprême. Comment s’assurer de leurs capacités mentales et physiques sans trahir le secret médical ? À quelques mois de la prochaine élection présidentielle, il répond aux questions de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.
Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.
Le Sénat sera renouvelé de moitié en septembre prochain, un scrutin intimement lié à celui des municipales en raison de son corps électoral. Les nouveaux équilibres communaux permettent ainsi d’anticiper sur la future composition de la Chambre haute, entre la résistance de la droite, le recul redouté des socialistes et des écologistes, et les ambitions inédites du RN et de LFI. Décryptage.
Alors que les marchés de l’énergie s’affolent, Jordan Bardella a été attaqué par Bruno Retailleau sur sa proposition de sortie du marché européen de l’électricité. Le président du Rassemblement national estime défendre une simple « remise en cause des règles de fixation du prix » sans sortir du marché, illustrant ainsi la stratégie « attrape-tout » du RN, cherchant à la fois à contenter le grand patronat et son électorat populaire.