Au procès Fillon, l’Assemblée nationale se défend de toute « faute »
L'Assemblée nationale a réclamé lundi au procès Fillon plus d'un million d'euros de dommages et intérêts si les emplois d'assistante...

Au procès Fillon, l’Assemblée nationale se défend de toute « faute »

L'Assemblée nationale a réclamé lundi au procès Fillon plus d'un million d'euros de dommages et intérêts si les emplois d'assistante...
Public Sénat

Par Juliette MONTESSE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

L'Assemblée nationale a réclamé lundi au procès Fillon plus d'un million d'euros de dommages et intérêts si les emplois d'assistante parlementaire de Penelope Fillon étaient jugés fictifs, mais a aussi dû répondre à la défense qui l'accuse de ne pas avoir suffisamment contrôlé ces emplois.

Seule partie civile devant le tribunal correctionnel de Paris, l'Assemblée n'entend pas "soutenir ou aggraver l'accusation portée par le parquet national financier", a résumé son avocat, Yves Claisse.

"L'Assemblée n'a pas de comptes à régler" avec François Fillon et son ancien suppléant dans la Sarthe Marc Joulaud, qui ont employé Penelope Fillon en tant qu'assistante parlementaire, a-t-il insisté.

Il s'agit pour l'institution de recouvrer son argent dans le cas où ces emplois seraient jugés fictifs: "Si vous jugez que les fonds n'ont pas été détournés de leur affectation, qu'il y a eu effectivement un travail, l'Assemblée nationale n'a pas de préjudice", a plaidé l'avocat.

En cas de condamnation, l'Assemblée a comme attendu réclamé aux trois prévenus un total de 1.081.219 euros, équivalents aux rémunérations perçues par Mme Fillon entre 1998 et 2013 augmentées des cotisations salariales et patronales, a détaillé sa consœur Saïda Benouari.

La défense "a beaucoup souligné une forme d'incohérence de l'Assemblée nationale et l'injustice d'un traitement particulier, alors que beaucoup de collaborateurs ou de parlementaires seraient dans une situation quasi-identique", a observé Yves Claisse. Mais "ce n'est pas parce que tout le monde brûle un feu rouge que vous pouvez considérer que ça n'était pas une infraction !"

Restée silencieuse pendant le procès, l'Assemblée s'est trouvée forcée de descendre dans la mêlée par des conclusions de la défense, qui plaidera la relaxe mais tente de limiter les dégâts en cas de condamnation.

Les avocats du couple Fillon et de Marc Joulaud affirment notamment que l'institution a commis des "fautes" qui doivent la priver de ses prétentions financières si leurs clients étaient jugés coupables. Ils s'appuient pour cela sur une jurisprudence en ce sens de la Cour de cassation dans l'affaire Kerviel.

- "Victimisation" -

François Fillon et son épouse Penelope sortent de leur domicile parisien le 24 février 2020
François Fillon et son épouse Penelope sortent de leur domicile parisien le 24 février 2020
AFP

Selon Me Claisse, la défense reproche à l'Assemblée "une insuffisance de contrôles et de curiosité": sur l'emploi familial de Penelope Fillon par François Fillon et sur le montant des salaires, alors que tout cela était alors légal mais aussi "une gestion désinvolte du contrat d'assistant parlementaire" et l'absence de contrôles du déontologue.

Il s'agirait "de diluer la responsabilité" des prévenus, d'une "logique de victimisation", a dénoncé l'avocat, pour qui "il n'y a pas le début du commencement" d'une faute de l'institution.

L'Assemblée "n'est pas là pour aller enquêter", a-t-il affirmé, renvoyant la responsabilité sur l'employeur de l'assistant: le député, tenu de faire preuve d'"éthique" et de transparence. Le tribunal enfreindrait en outre "la séparation des pouvoirs" s'il demandait à l'Assemblée de contrôler le travail du collaborateur, a-t-il plaidé.

L'Assemblée s'était constituée partie civile cet été, sous la présidence de Richard Ferrand (LREM). Le Sénat, dirigé par la droite, n'en a pas fait autant dans le volet concernant les emplois d'assistants des enfants Fillon.

En début d'après-midi, le tribunal avait examiné un prêt de 50.000 euros accordé en 2012 à François Fillon par le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière. M. Fillon, qui n'avait pas déclaré ce prêt à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, a plaidé l'"oubli matériel", l'"erreur honnête".

La "personnalité" des prévenus a aussi été évoquée: François Fillon, retraité politique reconverti dans la finance, a expliqué gagner 450.000 euros annuels, sans compter ses conférences.

Des revenus, "je n'en ai pas", a déclaré Penelope Fillon, simple conseillère municipale à Solesmes. "Depuis trois ans, ma vie est un peu en suspens, c'est pour ça que je n'ai pas fait de projets pour l'avenir, mais j'espère pouvoir continuer à la fin de cette histoire".

Le réquisitoire du parquet national financier est attendu mardi après-midi.

Partager cet article

Dans la même thématique

Au procès Fillon, l’Assemblée nationale se défend de toute « faute »
8min

Politique

François-Xavier Bellamy : "Rétablir [des relations normales] avec le régime de Poutine serait une forme de trahison"

Au sortir d'un été marqué notamment par une intensification du conflit entre la Russie et l'Ukraine, et une crise migratoire dans l'enclave espagnole de Ceuta, François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains et du groupe du PPE au Parlement européen, est l'invité de Caroline de Camaret dans Ici l’Europe sur France24, LCP et Public Sénat.

Le

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le