Au PS, les discussions avec LFI mettent « le feu aux poudres »
Les propositions du PS envoyées à LFI pour les législatives sont source de tensions chez les socialistes. Plusieurs responsables ou parlementaires les ont découvertes dans la presse. Des élus, comme Carole Delga, et peut-être Anne Hidalgo, selon La Lettre A, s’émancipent et veulent des candidats sans LFI, alors que la direction du PS a suspendu les négociations avec les insoumis vendredi midi, regrettant leur « logique hégémonique ».

Au PS, les discussions avec LFI mettent « le feu aux poudres »

Les propositions du PS envoyées à LFI pour les législatives sont source de tensions chez les socialistes. Plusieurs responsables ou parlementaires les ont découvertes dans la presse. Des élus, comme Carole Delga, et peut-être Anne Hidalgo, selon La Lettre A, s’émancipent et veulent des candidats sans LFI, alors que la direction du PS a suspendu les négociations avec les insoumis vendredi midi, regrettant leur « logique hégémonique ».
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Attachez vos ceintures, vous entrez dans une zone de turbulence. Les discussions en vue d’un accord entre le Parti socialiste et La France Insoumise se compliquent. Après un second rendez-vous ce vendredi matin, faisait suite à une première rencontre positive, le PS a suspendu les discussions, à la mi-journée.

La volonté de trouver un accord « reste intacte »

« Il faut rompre avec toute logique hégémonique et accepter la pluralité. A ce stade, nous n’en avons pas la garantie », affirme le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, dans un message interne envoyé aux membres du bureau national. Les discussions sont suspendues, mais pas arrêtées. « Notre volonté de parvenir à un accord historique de toute la gauche et des écologistes reste intacte », a affirmé au Monde Pierre Jouvet, porte-parole du PS en charge des élections. « Mais, à ce stade, il y a des désaccords. Pour réussir le rassemblement de tous, il faut savoir entraîner l’ensemble des forces politiques et créer les conditions de l’addition. Pour gagner, il faut agréger les apports et les forces réelles de chacun ».

On comprend que la place accordée à chaque formation pour les circonscriptions complique les choses. La règle de calcul, telle que fixée pour le moment par LFI, se fait à la proportion des scores à la présidentielle. Ce qui ne laisserait qu’une trentaine de candidats au PS. Des miettes. « Ça ne peut pas être la base d’un accord possible. Si on veut un accord, ça ne peut pas être ça », prévenait avant la rencontre un dirigeant socialiste. « Leur définition du pluralisme à gauche est sur un rapport de représentation des candidats qui ne reflète pas ce que le PS, EELV et le PCF pèsent en élus locaux comme nationaux », confie un autre responsable du PS, après la suspension.

« Tactique ? Ou pas tactique ? »

Face à ce rebondissement, Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, avoue sa « grande perplexité, car c’est maintenant qu’on s’en aperçoit. Dans la même demi-journée, on fait des propositions pour un accord de fond, puis on découvre la volonté hégémonique de LFI ». Toute « négo » a cependant ses moments de crispations. « Est-ce que c’est tactique ? Ou pas tactique ? » interroge un parlementaire socialiste. Il ne faut pas exclure non plus une volonté de la direction du PS, mise en cause en interne, de tendre les discussions, avant d’y revenir, pour ne pas paraître accepter trop facilement l’accord.

Lire aussi » Négociations EELV – LFI : « Aux premières difficultés, certains sont très contents d’appuyer sur le frein », tacle Raymonde Poncet-Monge (EELV)

Reste que tout n’était pas joué ce matin. « On va discuter de tout maintenant, du fond, de la stratégie, des circonscriptions » expliquait avant la rencontre Laurent Baumel, responsable des relations extérieures du PS. « On va engager la conversation sur les points qui restent difficiles, l’Europe, ce n’est pas un sujet à évacuer », ajoute le député d’Indre-et-Loire.

« Que les particules retombent »

Le document de 4 pages, envoyé ce matin en guise de proposition d’accord programmatique du Parti socialiste à La France Insoumise, a mis « le feu aux poudres » au PS, selon les mots de Patrick Kanner.

Car le texte n’a pas été envoyé avant aux autres responsables ou parlementaires PS. « J’ai découvert ce texte comme tout le monde. Je n’ai pas été associé au texte. Je ne comprends plus rien dans cette affaire. J’attends que les particules retombent », affirme le président du groupe PS du Sénat, qui a prévenu, la veille, sur publicsenat.fr, qu’il n’entendait pas se rallier « à la bannière de l’Union populaire avec Mélenchon premier ministre ». L’ancien ministre de François Hollande ajoute ce vendredi : « C’est une proposition de la direction du PS qui n’a pas été validée par la moindre instance du PS. Ils ont un mandat pour négocier. Pas pour conclure ».

Rachid Temal ne se sent « pas tenu » par le texte envoyé à LFI

Même son de cloche de la part de Rachid Temal, sénateur PS du Val-d’Oise, qui dénonce depuis le premier jour la volonté de discuter avec LFI. « Je considère que c’est un texte qui a été donné par une direction qui n’a consulté ni instance, ni militant. Donc je ne me sens pas tenu par ce texte », prévient le sénateur, qui « demande que les militants soient appelés à voter ». « Sur un sujet aussi important pour l’avenir du PS, il faut que les militants soient associés, par un vote des militants ou au moins des représentants des militants », confirme Patrick Kanner.

Rachid Temal attend aussi de la part du leader Insoumis plus de clarté sur un certain nombre de points. « Je demande publiquement à Jean-Luc Mélenchon d’indiquer très clairement qu’il est favorable au soutien du peuple ukrainien et à l’envoi d’armes ». Quant à la question de la « désobéissance » aux traités européens, que soutient LFI, qui devient la possibilité de ne « pas respecter certaines règles » dans le texte envoyé par le PS, Rachid Temal demande là aussi plus de clarté. Non sans ironie :

Si je vous dis "quelque chose de grand, fort, qui a une couleur grise et une grande trompe", ça s’appelle un éléphant, faut être sérieux.

Julien Dray appelle les militants PS à la « désobéissance »

Avant la suspension des négociations, d’autres socialistes ont aussi dénoncé la situation. Comme la sénatrice PS du Nord, Martine Filleul, ou encore Julien Dray, un proche de François Hollande : « Olivier Faure vient de signer une capitulation politique en rase campagne qui renie sa propre histoire… et ses propres engagements. Militantes et militants socialistes l’heure de la désobéissance est un impératif ». Ce n’est plus une fronde, mais bientôt la révolution.

Certain, ou plutôt certaines, n’ont pas attendu. Hier, la présidente PS de la région Occitanie, Carole Delga, a présenté ses candidats aux législatives dans le Tarn, sans attendre le résultat de discussions qu’elle condamne. « « La morale en politique interdit que stratégie et convictions divergent, fut-ce pour des motifs d’opportunité transitoire. C’est ce que j’appelle la vérité ». Pierre Mendès France » tweete ce matin la présidente de région…

« Ça branle dans le manche »

A Paris, c’est Anne Hidalgo qui pourrait suivre l’exemple. Selon La Lettre A, « la maire de Paris invite ses alliés communistes et écologistes à signer un pacte électoral pour les législatives. Anne Hidalgo suggère de présenter des candidats communs face aux représentants de La France insoumise dans la capitale ».

Invité ce vendredi de la matinale de Public Sénat, le sénateur PS David Assouline, premier fédéral du PS dans la capitale, affirme qu’« A Paris, c’est évident que les socialistes défendront bec et ongles la justice sociale, l’écologie, mais aussi avec autant de force la laïcité, l’Europe et le soutien au peuple ukrainien ». Il ajoute : « Ce n’est pas possible qu’une coalition soit la disparition des identités des familles politiques qui la composent, le ralliement à un mouvement, à une bannière d’un mouvement ou à un leader d’un mouvement. Je sais aussi que les militants Parisiens, avec qui j’ai discuté, disent cela ». David Assouline ne veut pas de « mise sous tutelle », ni de « soumission à d’autres ».

Selon Patrick Kanner, c’est l’attitude de la direction du PS qui est la cause de ces velléités d’accords locaux. « Dans les règles du parti, les candidats sont investis par la direction. Tout ça aboutit à une situation de désordre », constate le patron des sénateurs PS. Bref, « ça branle dans le manche » et « ça sent le roussi ». Attention à ne pas perdre le contrôle de l’appareil socialiste.

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