Au Sénat, l’ambassadeur tchèque en France détaille les objectifs de son pays pour la présidence de l’UE

Au Sénat, l’ambassadeur tchèque en France détaille les objectifs de son pays pour la présidence de l’UE

Une page se tourne. Après six mois de présidence à la tête du Conseil de l’Union européenne, la France passe le relais à la République tchèque, qui assurera la présidence tournante du Conseil, pour la seconde fois depuis son adhésion en 2004. A cette occasion, les sénateurs de la commission des affaires européennes ont auditionné ce 7 juillet Michal Fleischmann, ambassadeur tchèque en France, sur les priorités, objectifs et ambitions de cette nouvelle présidence tournante.
Public Sénat

Par Louis Dubar

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Après six mois d’exercice à la tête du Conseil de l’UE, le mandat français a pris fin. Une présidence mise à l’épreuve par la guerre en Ukraine et la poussée spectaculaire de l’inflation sur le vieux continent. Dans ce contexte difficile, l’UE et les Etats membres ont malgré tout réalisé des avancées considérables sur bon nombre de dossiers : transition écologique, réforme de la politique migratoire commune, soutien économique, humanitaire et militaire à Kiev et des paquets de sanctions à l’encontre de Moscou.

Conscient du « retour du tragique » et des défis économiques, sociaux et écologiques actuels, l’ambassadeur affirme que Prague, « a délimité les domaines prioritaires, tous liés au réel. » « Si nous voulons être à la hauteur de ce moment historique, nous avons la triple mission, de repenser, reconstruire et renforcer l’Europe », affirme-t-il. « Nous interprétons la devise de l’UE [Unis dans la diversité ; ndlr] comme la mission choisie par la Tchéquie. C’est l’occasion de mener une réflexion commune, un appel à la responsabilité, fondée sur nos valeurs. »

L’ambassadeur en France a repris devant les sénateurs les cinq objectifs définis par le Premier ministre, Petr Fiala, au Parlement européen à Strasbourg le 6 juillet. Les cinq priorités fixées par Prague sont les suivantes : la gestion des réfugiés ukrainiens, la sécurité énergétique, le renforcement des capacités de défense, la résilience de l’économie et la résilience des institutions démocratiques.

Une présidence tchèque tournée vers l’Ukraine

Pour son mandat à la tête du conseil de l’Union européenne, Prague a son regard porté vers Kiev. « L’agression brutale aux frontières orientales de notre communauté, nous a montré que nous devons trouver le courage de revoir bon nombre de nos approches et présupposés actuels », affirme le diplomate. La menace russe est un danger « que les Tchèques, les Hongrois ou les Polonais connaissent bien, je suis de la génération qui s’est retrouvée devant des chars en août 1968, je m’en souviens encore aujourd’hui. »

« L’UE doit prendre toutes les mesures pour faire face au mieux à la vague des réfugiés composée majoritairement de femmes et d’enfants. Pour ce faire, il faut mobiliser toutes les ressources et l’expertise disponible, de manière coordonnée. La République tchèque s’appuiera sur les principes de solidarité, d’efficacité et de flexibilité dans ce domaine », précise l’ambassadeur tchèque en France. Ce dernier insiste sur le fait que son pays est directement confronté depuis le début de la guerre à cet enjeu migratoire. Prague a accueilli plus de 370 000 réfugiés ukrainiens, majoritairement des femmes et des enfants, « soit 3,7 % de la population nationale. »

Dans la pratique, la présidence tchèque mettra donc l’accent « sur le transfert de fonds et sur la mise en place des structures nécessaires pour aider les Etats membres les plus touchés. » Prague souhaite renforcer « la protection des enfants », l’accès à l’éducation et assurer une meilleure coordination « afin que l’intégration à long terme des réfugiés dans les sociétés européennes soit couronnée de succès. » Alors que les combats se poursuivent et la guerre loin est d’être terminée, Prague se projette dans la reconstruction du pays. « Il faut penser dès maintenant à la reconstruction de l’Ukraine », affirme Michal Fleischmann. Afin d’assurer cette tâche qui s’annonce difficile, Prague souhaite « utiliser les meilleures compétences de chaque pays pour éviter une concurrence malsaine entre les Etats membres. »

Renforcement des capacités de défense en coopération avec l’OTAN

La République tchèque veut également au cours de sa présidence du conseil de l’Union européenne, « renforcer les capacités de défense de l’Europe », notamment « en partenariat avec l’OTAN. » La présidence tchèque souhaite également renforcer les moyens de l’industrie de défense européenne. Prague se penchera également sur la thématique des cybermenaces et « la sécurité du cyberespace », sans donner le contour d’une initiative ou d’un plan communautaire.

« L’Europe doit assurer sa sécurité énergétique »

Dans un contexte d’augmentation des prix des matières premières et la fin annoncée des importations russes de pétrole et de gaz à la suite du sixième paquet de sanctions contre Moscou, Prague invitera les Etats membres à assurer « la sécurité énergétique de l’UE et s’affranchir de la dépendance aux énergies fossiles russes. » « La présidence tchèque se penchera sur la mise en place de RePower EU », le plan d’action présenté par la commission européenne pour mettre fin à la dépendance européenne envers Moscou. Ce projet a également un objectif climatique en augmentant la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique. La nouvelle présidence souhaite également accélérer « le remplissage des réservoirs de gaz avant l’hiver » et encourager « les achats groupés. » Prague veut multiplier les initiatives dans le domaine du transport, afin « de réduire les émissions de gaz à effet de serre. » « Notre présidence se concentrera sur le développement du réseau transeuropéen de transports, facilitant les flux entre Etats membres et la décarbonation », souligne l’ambassadeur.

Renforcer la résilience de l’économie européenne et des institutions démocratiques

« L’agression russe et la pandémie » ont déclenché en Europe, « un choc inflationniste » sur les marchés et ont révélé « les faiblesses et la fragilité » des chaînes d’approvisionnement. Pour tenir et faire face à ces conséquences économiques, l’Union devra « réduire considérablement sa dépendance à l’égard des régimes hostiles et des pays instables. » « Toutefois, « la réponse à ce défi ne peut résider dans une autosuffisance totale », prévient le diplomate. Prague prévoit un renforcement des accords commerciaux avec « les Etats démocratiques. » Une attention particulière sera portée sur « la sécurité des chaînes d’approvisionnement, de technologie et de l’information. »

Sur le plan institutionnel, la présidence tchèque vise à renforcer « la résilience démocratique » de l’organisation. « La prospérité et la stabilité de l’Europe reposent sur des mécanismes démocratiques qui doivent être en état de fonctionner. La présidence tchèque s’attachera donc au renforcement des institutions qui jouent un rôle essentiel dans le maintien et le développement de la démocratie » dans les différents Etats membres. Prague souhaite mettre l’accent sur la transparence du financement des partis politiques, l’indépendance des médias de masse, le renforcement des libertés, et améliorer la participation de jeunesse à la vie politique

Dans la même thématique

Belgium Europe Migration
7min

Politique

Parlement européen : quels sont les grands textes adoptés depuis 2019 ?

Entre le Covid et la guerre en Ukraine, la mandature 2019-2024 a dû subir et réagir à de grands bouleversements. Pacte vert, plan de relance, sanctions à l’égard de la Russie ou encore soutien à l’Ukraine… A l’aube du renouvellement du Parlement européen, retour sur les grands dossiers adoptés ces 5 dernières années au Parlement européen.

Le

FRANCE–EUROPEAN PARLIAMENT-ELECTION
14min

Politique

Européennes 2024 : tout savoir sur les « petites » listes

A côté des grosses machines électorales, elles existent difficilement dans les médias traditionnels, misant plutôt sur les réseaux sociaux. Entre une flopée de listes écologistes, des listes souverainistes et des micros partis, tour d’horizon de ces listes qui devraient avoir le plus grand mal à avoir des eurodéputés, mais dont la présence est loin d’être neutre pour le scrutin du 9 juin.

Le