Au Sénat, la nouvelle méthode de travail du gouvernement se dessine lentement
Alors que les premiers textes importants du quinquennat sont examinés cet été au Parlement, la nouvelle méthode de travail et de concertation prônée par le gouvernement ne se fait toujours pas sentir au Sénat. Même si un changement de ton est observé.

Au Sénat, la nouvelle méthode de travail du gouvernement se dessine lentement

Alors que les premiers textes importants du quinquennat sont examinés cet été au Parlement, la nouvelle méthode de travail et de concertation prônée par le gouvernement ne se fait toujours pas sentir au Sénat. Même si un changement de ton est observé.
Alexandre Poussart

Temps de lecture :

2 min

Publié le

Mis à jour le

Dès le soir du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron promettait une « méthode nouvelle » pour gouverner au-delà de sa majorité, avec l’ensemble des forces politiques et des corps intermédiaires. Une nouvelle méthode basée sur la concertation à laquelle il se voyait finalement contraint, au soir des élections législatives, n’ayant plus de majorité pour gouverner. 

Dans ce contexte, le président du Sénat Gérard Larcher tendait la main à la Première ministre Elisabeth Borne pour concrétiser cette nouvelle façon de travailler entre le gouvernement et les deux chambres du Parlement, et notamment avec la majorité de droite et du centre du Sénat : « Pour chaque texte important, je demande que nous en discutions ensemble avant qu’il ne soit ficelé, qu’il aille au Conseil d’Etat, et qu’il soit présenté en Conseil des ministres », proposait-il dans une interview au Midi Libre.  Une demande qui correspond à la feuille de route fixée par Elisabeth Borne aux membres de son gouvernement : préparer les textes de loi en amont avec les oppositions qu’elle considère dans l’arc républicain (tout le monde sauf La France Insoumise et le Rassemblement National).

Quelques semaines plus tard, et alors que le Parlement débat de deux textes importants pour soutenir le pouvoir d’achat en période d’inflation (lire notre article), cette révolution copernicienne de la fabrique de la loi n’est pas vraiment observée au Palais du Luxembourg. 

« Aucun changement de méthode, c’est catastrophique »

« En ce qui me concerne, je ne vois aucun changement de méthode, c’est même catastrophique », déplore Jean-François Husson, rapporteur général (LR) de la commission des Finances du Sénat. Premier exemple, « j’ai appris par voie de presse le programme de stabilité économique présenté par le gouvernement (texte qui fixe les objectifs de croissance et de déficit de la France). J’ai alerté le ministère de l’Economie et des Finances, qui m’a renvoyé un document insignifiant moins informatif que les articles de journaux. » Deuxième exemple, les projets de loi en faveur du pouvoir d’achat : « Le gouvernement n’a même pas répondu au questionnaire traditionnel que la commission des Finances du Sénat envoie pour compléter son rapport. Sur le calendrier, nous allons recevoir un texte mercredi soir, pour l’examiner le lendemain. Dans quelle démocratie cela se passe-t-il ainsi ? »

Même déception du côté de la commission des affaires économiques du Sénat. « Nous allons voter des mesures lourdes comme la tarification de l’électricité, et ce sans étude d’impact », regrette Sophie Primas, la présidente (LR) de cette commission. 

« Un esprit de coopération »

Néanmoins elle note que « depuis dix jours, nous sommes reçus dans les ministères dans un esprit de coopération, qui nous change un peu… Il y a des ministres avec qui ma commission mène déjà un travail important, comme Agnès Pannier-Runacher (en charge de la Transition énergétique). Nous travaillons sur le planning des différents textes qui vont arriver au Parlement. Elle sera auditionnée cette semaine. Ce matin même, j’étais avec Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique, pour voir comment organiser cette transition dans les territoires. »

Des relations de travail constructives, la présidente (LR) de la commission des Affaires sociales Catherine Deroche estime en avoir toujours eues avec le gouvernement par le passé, « mais c’est vrai que l’exécutif était moins ouvert au compromis » durant le premier quinquennat, avec une majorité forte à l’Assemblée nationale. Dans ce nouveau quinquennat, elle assure avoir « déjà rencontré plusieurs ministres pour échanger sur les sujets du handicap, du travail, de la protection de l’enfance, des sujets plutôt transpartisans. » Sur le budget de la Sécurité sociale, texte très politique examiné à l’automne, Catherine Deroche estime qu’il sera plus difficile d’obtenir un accord avec le gouvernement. « Je n’ai pas encore échangé sur ce sujet avec Gabriel Attal, le ministre des Comptes publics, mais je pense que nous pourrons travailler sur ce texte bien en amont, et éviter que ce budget soit présenté au Sénat quelques semaines avant, pour nous mettre devant le fait accompli. »

Santé et territoires : un groupe de travail permanent avec les parlementaires

Catherine Deroche salue l’initiative de la ministre Agnès Firmin Le Bodo, en charge de l’Organisation territoriale et des professions de santé, qui va créer un groupe de travail permanent avec députés et sénateurs pour réfléchir notamment à la question des déserts médicaux. 

La dialogue avec les territoires et les élus locaux est aussi une attente forte du Sénat vis-à-vis du gouvernement. Pour Françoise Gatel, la présidente centriste de la délégation du Sénat aux collectivités territoriales, « il faut éviter ce qu’il s’est passé ces derniers jours à l’Assemblée nationale concernant le coût de l’inflation pour les finances des collectivités locales, avec des amendements du gouvernement au projet de loi qui arrivent à la dernière minute, sans réflexion globale. » Après des premiers contacts avec l’exécutif, Françoise Gatel salue le cadre dessiné par la Première ministre concernant les territoires : « 3 ministères en charge de ces questions (Transition écologique, Intérieur, Collectivités locales), une ouverture à la décentralisation des compétences de l’Etat vers les élus locaux : cela est de bonne augure. » 

Il semble que cette nouvelle méthode commence à infuser doucement dans les ministères. Le président du Sénat, Gérard Larcher, reste toutefois prudent : « On verra à l’usage. »

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS. Marine Le Pen prostest in front of French senat
8min

Politique

Sénatoriales 2026 : le RN veut « tripler » son nombre de sénateurs et rêve de créer un groupe

Le RN se prépare dès maintenant pour les sénatoriales de septembre 2026. « Nous avons la volonté de doubler voire de tripler notre nombre de sénateurs », annonce à publicsenat.fr Ludovic Pajot, nommé directeur de campagne, soit frôler les dix sénateurs, permettant de créer un groupe. Mais avant cela, le parti devra réussir les municipales. Il entend, cette fois, éviter les « brebis galeuses ». Il cherche des candidats présentables, capables de « gérer une ville ».

Le

Au Sénat, la nouvelle méthode de travail du gouvernement se dessine lentement
3min

Politique

« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Au Sénat, la nouvelle méthode de travail du gouvernement se dessine lentement
4min

Politique

« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.

Le