Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, ce mardi 24 février, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.
Romain David

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« Il y a encore la possibilité d’inverser les choses ». Face à la montée des mouvements et des discours masculinistes, le comédien Bruno Solo appelle les hommes à « s’engager concrètement » dans la lutte contre les violences faites aux femmes. L’acteur participait ce mardi 24 février à une table ronde au Sénat, organisée par la délégation aux droits des femmes, avec des « hommes engagés » dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. « Les idéologues, les phallocrates convaincus, les misogynes sont, sans aucun doute, difficiles à convaincre parce qu’ils n’ont pas envie de l’être, mais pour ceux qui sont victimes de ces discours-là, notamment sur les réseaux, je pense vraiment qu’en faisant de la prévention, et si nos élus s’emparent du sujet, il y a encore la possibilité d’inverser les choses », a-t-il affirmé.

« Ces hommes-là [les masculinistes, ndlr] sont en guerre contre nous, donc on a le devoir de s’engager sur ce terrain », a déclaré Bruno Solo, signataire d’une tribune d’ONU Femmes France appelant à ce que le « silence des hommes cesse ». « Je voudrais que l’on ait à la fois la même capacité à s’inquiéter de la sécurité de nos filles quand elles sortent, que de l’attitude de nos fils », a-t-il pointé.

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Une jeunesse livrée aux contenus masculinistes

L’acteur a également déploré le peu de temps consacré par le système scolaire à l’éducation à la vie affective et relationnelle. « Il faut donner des outils aux familles, et notamment aux pères, pour pouvoir parler [à leurs enfants] de ces choses-là, de rapport, d’intimité, de sexualité, sans que cela ne devienne un traumatisme. […] Il faut en parler à l’école, il faut des campagnes d’affichage, il faut que les films s’emparent de ces sujets », a-t-il martelé.

Autre invité de cette table ronde, le romancier Thomas Piet, qui a alerté sur les capacités d’attraction des contenus masculinistes sur les réseaux sociaux. « Si j’avais eu 16 ans en 2026, face à ce manque cruel d’informations sur la sexualité, sur la vie affective et relationnelle, sur tous les changements qui ont lieu dans mon corps et ma tête, vers quoi je me serais tourné pour avoir les réponses que personne ne me propose ? Peut-être que je serais tombé sur des super comptes féministes, mais peut-être que je serais aussi tombé sur des contenus masculinistes, qui m’auraient proposé une réponse dangereuse, et en dehors de la réalité. »

Le risque d’un recul

« Sous couvert de vouloir défendre le droit des hommes, le masculinisme ne cesse de réduire celui des femmes et tombe dans des discours racistes, homophobes, antisémites, etc. », a encore résumé Thomas Piet. « Ce mouvement constitue une menace réelle avec plusieurs attaques violentes attribuées à cette idéologie », a-t-il pointé, évoquant un projet d’attentat masculiniste déjoué en 2025, ou encore l’affaire Mickaël Philetas, du nom de ce youtubeur « coach en séduction », qui a assassiné son ex-compagne Mélanie Ghione de 80 coups de couteau.

Une femme sur trois connaît au cours de sa vie des violences, qui sont commises dans plus de 90 % des cas par des hommes. Les hommes sont à l’origine de 97 % des cas de viols et de 87 % des cas d’agressions sexuelles, selon le dernier rapport du Haut conseil à l’égalité (HCE). Par ailleurs, « 40 % de la population âgée de plus de 15 ans manifeste une adhésion claire au sexisme », indique le journaliste Pierre-Yves Ginet, membre du HCE. Il évoque une forme de repli : « On arrive de loin, mais il y avait une dynamique [en faveur du féminisme, ndlr], et là j’ai l’impression d’un recul rapide et marqué chez une partie de la population. »

« Si la règle existe, elle n’est pas dans la tête des hommes »

Il évoque un décalage entre les évolutions législatives de ces dernières années et une partie de la société. « On a un problème avec la justice, on a un corpus de lois formidables dans ce pays, si l’on voyage et que l’on regarde ce qu’il se fait ailleurs. Nos législateurs et législatrices ont fait un chouette boulot. En revanche, la loi n’est pas appliquée. Si la règle existe, elle n’est pas dans la tête des hommes », a-t-il regretté.

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