Au Trocadéro, Zemmour en appelle « aux patriotes » et à « la droite » pour « déjouer tous les pronostics »
Pour son dernier grand meeting de campagne, Eric Zemmour a cherché la démonstration de force, à Paris, pour tenter de faire mentir des sondages qui le donnent tous perdant. Le candidat d’extrême droite, qui cherche par moment à arrondir les angles, se dit « le seul candidat de droite dans cette élection ». Il pense pouvoir « créer la surprise ». L’enjeu : sauver sa campagne, tout en préparant la suite.

Au Trocadéro, Zemmour en appelle « aux patriotes » et à « la droite » pour « déjouer tous les pronostics »

Pour son dernier grand meeting de campagne, Eric Zemmour a cherché la démonstration de force, à Paris, pour tenter de faire mentir des sondages qui le donnent tous perdant. Le candidat d’extrême droite, qui cherche par moment à arrondir les angles, se dit « le seul candidat de droite dans cette élection ». Il pense pouvoir « créer la surprise ». L’enjeu : sauver sa campagne, tout en préparant la suite.
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Soleil de plomb et drapeaux tricolores. A deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Eric Zemmour a tenu son dernier grand meeting de campagne sur l’esplanade du Trocadéro, à Paris. Tour Eiffel en arrière-plan, le candidat d’extrême droite a voulu faire de son rassemblement une démonstration de force, alors qu’il a reculé dans les sondages depuis la guerre en Ukraine. Un cadre bien connu des électeurs de droite. Nicolas Sarkozy y était en 2012, tout comme François Fillon, pour un meeting crépusculaire, avant la défaite de 2017. Une symbolique à double tranchant, puisqu’elle a mené les deux candidats de la droite à la défaite.

Philippe de Villiers dénonce « la société macroniste de l’eugénisme »

Quelques minutes avant l’entrée en scène du candidat, les ralliés d’Eric Zemmour chauffent la place. « Aux armes ! » lance à l’image d’un supporter de foot le sénateur Stéphane Ravier, qui vient du RN. « Avec Zemmour, les frontières seront toujours ouvertes. Mais pour sortir ! » prévient le sénateur des Bouches-du-Rhône. Sébastien Meurant, sénateur LR du Val-de-Marne qui soutient le candidat, prend ensuite la parole.

Les militants s’emballent à l’arrivée de Philippe de Villiers. « Elle est belle la revanche de la droite du Trocadéro ! » sourit l’ancien candidat à la présidentielle, qui dénonce « la société macroniste de l’eugénisme » ou « les néo racistes de la cancel culture qui veulent coloniser la France ». Mais la star, c’est Marion Maréchal. « Etes-vous prêts à subir le sort des Chrétiens d’Orient ? La partition territoriale a commencé, la cessation culturelle a commencé », avance la nièce de Marine Le Pen sous les applaudissements.

« Sondage grandeur nature »

La foule est chauffée à blanc. Eric Zemmour peut apparaître. Battements de cœur, musique dramatique, presque martiale, où les cordes et les chants ne sont pas sans rappeler la musique du film… Les Visiteurs, Eric Zemmour fait son entrée sous les hourras de ses partisans. Ils l’attendent depuis plus de deux heures sous le cagnard.

Face à la foule, le candidat annonce « 100.000 personnes ». Des milliers de personnes sont présentes, mais le chiffre est surestimé. Reste que le message est là : il entend faire de l’événement « la plus grande démonstration », « c’est un sondage grandeur nature », alors que les études le donnent à 10 ou 11 %.

« J’aurai besoin d’Eric Ciotti, de François-Xavier Bellamy, de Laurent Wauquiez, de Nadine Morano, de Jordan Bardella »

Pour se relancer, Eric Zemmour vise clairement la droite, pas seulement l’extrême droite. « J’ai choisi le Trocadéro pour venir laver les affronts de la droite », dit-il. « J’aurai besoin d’Eric Ciotti. Applaudissez-le. Oui, j’aurai besoin de François-Xavier Bellamy, de Laurent Wauquiez, de Nadine Morano, de Jordan Bardella. Applaudissez-les », lance l’ancien journaliste du Figaro, qui vise « l’union des droites », c’est-à-dire de la frange la plus dure des LR avec l’extrême droite identitaire (voir vidéo ci-dessous). Il ajoute :

Oui, je suis le seul candidat de droite dans cette élection.

« On est la droite », lui répond la foule. Sa droite, c’est celle « de Charles Pasqua, de Philippe Seguin. Pas celle de Valérie Pécresse, « une centriste déjà prête à voter Macron ». « Hou ! » crie les militants de Reconquête, parfois déchaînés. La candidate du Rassemblement national n’a pas plus grâce à ses yeux. « Marine Le Pen est une socialiste en économie, qui ne veut plus prendre aucun risque de déplaire aux médias sur les sujets régaliens. Quant à Emmanuel Macron, […] il ne sait toujours pas de quel bord il est ! »

« Macron assassin ! » scande la foule

Un chef de l’Etat qui est la bête noire des sympathisants du candidat d’extrême droite. Quand Eric Zemmour dit « je suis là pour lutter contre la fatalité », après avoir parlé des attentats, la foule scande « Macron assassin ! ». Le candidat, lui, ne relève pas, ni ne reprend ses soutiens.

Eric Zemmour pointe « la crainte de la fin de la France ». Puis ajoute : « Vous avez raison d’avoir peur. Je comprends votre nostalgie. Mais il n’y a pas de fatalité ». Alors que « les politiciens parlent de vote utile, nous, nous sommes le vote vital », lance-t-il, « vous avez le pouvoir de faire basculer cette élection ».

Si tous les sondages le donnent perdant, Eric Zemmour entend les faire mentir. « J’en appelle au peuple patriote, aux classes moyennes qui refusent d’être remplacées, […] aux policiers, aux gendarmes, militaires, qui vous protègent. Aux travailleurs qui refusent d’être ruinés, […] à ceux qui refusent la guerre civile. […] à ces électeurs des LR qui en ont assez de voir leurs idées trahies » comme à « ceux du RN ». Et d’ajouter : « Nous allons déjouer tous les pronostics ».

Pas de mention du « grand remplacement »

S’il a parlé des « classes moyennes qui refusent d’être remplacées », Eric Zemmour n’a pas employé, durant son discours d’une heure, l’expression de « grand remplacement », qu’il a martelée pendant toute sa campagne. Ni l’idée d’un « ministère de Remigration », mise sur la table lundi dernier. Après avoir redurci le ton ces derniers jours, Eric Zemmour a donc cherché, pour ce meeting clef de sa campagne, à arrondir quelque peu les angles et tenter de retrouver sa percée de l’automne.

Au moment où les questions du pouvoir d’achat et de la hausse des prix, notamment de l’énergie, sont sur toutes les lèvres, Eric Zemmour se contente comme réponse de réduire la pression fiscale. « Je baisserai les impôts comme jamais personne avant moi ne l’avait fait », lance-t-il. « Je veux moins d’impôts pour les travailleurs, les retraités, les familles. Alors, vous retrouverez votre pouvoir d’achat », assure Eric Zemmour, qui n’a pas fait des questions économiques et sociales un axe fort de sa campagne.

Alors que le candidat a percé à l’automne avec un discours antimusulmans, Eric Zemmour entend aujourd’hui « parler directement à (ses) compatriotes d’origine et de confession musulmane ». « Ils vont vous faire croire que je veux vous empêcher de pratiquer votre religion. C’est faux », assure-t-il, « je respecte toutes les religions ». Mais « ce n’est pas à la France de s’adapter à vous mais à vous de vous adapter à culture française », avance le candidat, qui en appelle à « l’assimilation ». Il ajoute :

L’assimilation, c’est de rire devant Louis de Funès, Jean Dujardin ou Gérard Depardieu.

« Dans deux semaines, nous allons créer la surprise. Il nous reste 14 jours, c’est une éternité » assure Eric Zemmour. Si le scrutin semble marquer par des intentions de vote gazeuses, avec un choix qui se cristallise de plus en plus tard, l’objectif semble néanmoins difficile à atteindre pour le candidat d’extrême droite. Les soutiens d’Eric Zemmour misent sur « un vote caché » pour leur candidat. Manière de se rassurer ? Réponse le 10 avril.

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