Auditions de Fillon sur la santé : faire oublier la polémique sans « repartir de zéro »
L’équipe du candidat multiplie cette semaine les auditions sur la santé. Le but : « Orienter le discours vers le droit à la santé » selon le sénateur Alain Milon, après la polémique sur la Sécu. Mais sur le site de campagne, la différence entre « les soins de confort » et « les affections graves » est toujours là.

Auditions de Fillon sur la santé : faire oublier la polémique sans « repartir de zéro »

L’équipe du candidat multiplie cette semaine les auditions sur la santé. Le but : « Orienter le discours vers le droit à la santé » selon le sénateur Alain Milon, après la polémique sur la Sécu. Mais sur le site de campagne, la différence entre « les soins de confort » et « les affections graves » est toujours là.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Chez Fillon, les heures de consultation sont matin et après-midi cette semaine. Les équipes du candidat de la droite ont débuté leur semaine de rencontres avec les professionnels du monde de la santé. La semaine dernière, François Fillon avait fait son mea culpa. Ses propositions sur la Sécurité sociale étaient devenues un boulet qui allait empoisonner toute sa campagne. La gauche ne cesse de l’accuser de vouloir privatiser la Sécu. « Mal compris », ce qui a été écrit sur la différence entre petits et grands soins « a été retiré » a expliqué François Fillon, annonçant de nouvelles propositions fin janvier ou début février. Le patron des sénateurs LR, Bruno Retaillau, chargé de la stratégie de la campagne, a lui assuré dimanche que les hôpitaux ne seront pas concernés par la baisse de 500.000 du nombre de fonctionnaires. L’opération déminage continue.

La série d’auditions organisée au siège du candidat, près de la porte de Versailles, à Paris, vise a préparer les nouvelles propositions du candidat. « Nous allons dialoguer avec tous les acteurs du système de santé français, avec les représentants des professions libérales de santé, avec les grandes fédérations :  la fédération hospitalière privée et publique, les représentants des cliniques, avec les caisse d’assurance maladie et les représentants des organismes complémentaires, des mutuelles, avec les industriels de la santé, notamment les représentants de l’industrie pharmaceutique, avec les personnels salariés des établissements publics ou privés de santé » a énuméré vendredi, lors d’une conférence de presse, le directeur de campagne du candidat, Patrick Stéfanini. Regardez (images Quentin Calmet) :

Patrick Stéfanini sur la santé : "On ne redémarre pas à zéro"
02:23

« On va reprendre l’exercice »

Alors, nouveau départ pour Fillon après le grand malentendu ? Pas tout à fait. « On ne redémarre pas à zéro. Ces experts du monde de la santé, nous les avions déjà rencontrés. Mais le message de François Fillon n’est pas passé avec suffisamment de clarté auprès des Français. On va reprendre l’exercice » explique Patrick Stéfanini.

Ces consultations sont organisées par le pôle santé du candidat. On y trouve les députés Valérie Boyer, Bernard Accoyer, Jean Léonetti ou encore le sénateur Alain Milon. Président de la commission des affaires sociales du Sénat, il a planché sur les questions de santé depuis plusieurs mois pour François Fillon.

On comprend qu’il s’agit autant de travailler le fond que la forme, la communication du candidat. « Le but des réunions que nous allons avoir est d’orienter le discours vers le droit à la santé. La Sécu et la santé seront un droit » affirme Alain Milon à publicsenat.fr, pour qui il ne faut « pas limiter la santé au curatif », mais insister sur « la prévention ». Proposer un droit plutôt que de se serrer la ceinture, c’est forcément plus vendeur… Surtout sur la santé, sujet auquel les Français sont attachés.

« De plus en plus, l’assurance maladie est orientée vers le soin lourd »

Selon Alain Milon, médecin de profession, le candidat des Républicains n’a fait que décrire une réalité déjà existante. « François Fillon constate que les mutuelles et organismes complémentaires ont pris une place plus importante – c’est une évidence – et la Sécu rembourse de plus en plus les soins des maladies les plus graves. Entre 36 et 38% des dépenses de l’assurance maladie concernent 15% des malades. C’est bien la preuve que de plus en plus, l’assurance maladie est orientée vers le soin lourd » souligne Alain Milon.

Pour rassurer, François Fillon met en avant l’agence de régulation et de contrôle qu’il veut instituer. Elle encadrerait la Sécu et les complémentaires. « On va réguler les tarifs des complémentaires et des mutuelles dans le cadre d’un paquet de soin qui pourrait être déterminé par l’autorité de santé » explique Alain Milon. Concrètement, ce paquet de soin dira « ce qui est remboursé et ce qui ne l’est pas, avec des tarifs minimums fixés par l’agence de régulation ».

Sparadrap du capitaine haddock

Si François Fillon veut mettre de l’eau dans son vin, il ne semble pas avoir renoncé à tout sur le fond et l’esprit de la réforme. Il ne faut pas accréditer l’idée d’une volte-face, lui qui récuse tout zigzag. Contrairement à ce qu’il a dit, tous les sujets sensibles n’ont pas été retirés du site de campagne. Dans un communiqué du 25 novembre, il propose ainsi de « clarifier la part prise en charge par la Sécurité sociale et par les mutuelles : cela passe par un panier des soins « solidaire » dont sont exclus les soins de confort et la "bobologie" ». Plus clair encore, un abécédaire du programme de François Fillon à destination des militants est toujours en ligne. Page 90, on peut y lire : « Je ferai, en outre, recentrer l’assurance maladie sur les affections graves et l’assurance privée sur le reste »...

Capture du site de François Fillon

Si la position du candidat ne change pas fondamentalement sur le fond, pourquoi la mise au point de François Fillon et toutes ces auditions ? « Politiquement, il était urgent d’agir. Certains ont exploité ce qui était une erreur de langage et en ont profité pour dire n’importe quoi » selon les termes d’Alain Milon, qui vise particulièrement la ministre de la Santé, Marisol Touraine. La crainte pour le candidat : l’effet sparadrap du capitaine haddock. Autrement dit, que la polémique sur la Sécu lui colle à la main encore un moment.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Auditions de Fillon sur la santé : faire oublier la polémique sans « repartir de zéro »
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le