Autonomie de la Corse : Catherine Vautrin évoque « un Congrès avant la fin de l’année 2025 »

Alors que le premier ministre avait simplement évoqué la reprise du « dialogue » avec les élus corses, la ministre du Partenariat avec les territoires et de la Décentralisation va plus loin. Le processus qui doit mener à l’autonomie de la Corse dans la République va reprendre. « Au deuxième semestre 2025, il pourrait y avoir l’examen de ce texte » constitutionnel, affirme sur Public Sénat Catherine Vautrin.
François Vignal

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La dissolution, comme le changement de gouvernement, n’ont pas enterré le projet de reconnaissance du statut d’autonomie de la Corse dans la République. Porté par l’ancien ministre de l’Intérieur, Gérard Darmanin, cette réforme institutionnelle majeure, qui nécessite un projet de loi constitutionnelle sur le statut de l’Île de Beauté, est toujours dans les cartons de l’exécutif.

Le premier ministre avait simplement évoqué le sujet, lors de son discours de politique générale, le 1er octobre dernier. « Nous respecterons les compétences de ces collectivités et regarderons les possibilités de les augmenter et de les renforcer. C’est dans cet esprit en particulier que le ministre du Partenariat avec les Territoires et la décentralisation reprendra le dialogue avec les élus et les responsables socio-économiques, notamment de la Collectivité de Corse », avait affirmé Michel Barnier. Un premier signal.

« Il y a un calendrier qui est fixé »

Interrogé ce mercredi par Public Sénat, en marge des questions d’actualité au gouvernement, la ministre du Partenariat avec les territoires et de la Décentralisation, Catherine Vautrin, va plus loin. Cinq jours après un premier déplacement en Corse, elle confirme qu’« il y a un calendrier qui est fixé. Au deuxième semestre 2025, il pourrait y avoir l’examen de ce texte (constitutionnel) et pourquoi pas un Congrès, avant la fin de l’année 2025 » (voir la vidéo).

« Il s’agit d’autonomie dans la République », rappelle bien la ministre, « cela s’appelle les écritures institutionnelles. Elles font l’objet d’un travail par la commission des lois du Sénat, qui ira ensuite vers l’Assemblée nationale ». « Parallèlement à ça, nous avons travaillé avec l’ensemble des élus corses, les communes, les intercommunalités, la collectivité territoriale, sur des sujets aussi concrets que l’eau, les déchets, les transports, tous les sujets du quotidien des Corses », ajoute Catherine Vautrin.

Processus encore long

C’est à la suite d’une semaine de violence, intervenue sur l’île en 2022, suite à la mort d’Yvan Colonna, agressé en prison, où il purgeait une peine à perpétuité pour l’assassinat en 1998 du préfet Erignac, que les discussions avaient été lancées. En mars 2024, Gérard Darmanin avait conclu un accord avec les élus corses. L’Assemblée de Corse avait ensuite adopté, début avril, une proposition d’écriture constitutionnelle, transmis au Parlement.

Il reste cependant encore du chemin, avant que le processus n’aille au bout. S’agissant d’une réforme de la Constitution, les députés n’ont pas le dernier mot. Il faut que l’Assemblée et le Sénat votent dans les mêmes termes le texte, avant que le président de la République ne puisse convoquer le Congrès, où la réforme doit être adoptée à la majorité des 3/5.

En mars 2024, Bruno Retailleau dénonçait des « difficultés absolument majeures »

Il faudra voir aussi quelle sera la position de la droite sénatoriale, hostile à la réforme, avant la dissolution. D’autant qu’un certain Bruno Retailleau, devenu depuis ministre de l’Intérieur, ne cachait pas sa franche opposition à l’accord. « Sur le fond, il y a deux difficultés absolument majeures. D’une part, la reconnaissance d’une communauté historique, culturelle, linguistique, liée à une terre. Ce serait la constitutionnalisation du communautarisme. La Constitution ne reconnaît qu’une seule communauté : c’est la communauté nationale », affirmait le 12 mars dernier à publicsenat.fr Bruno Retailleau, alors à la tête des sénateurs LR, avant d’ajouter que « la reconnaissance du peuple corse. Il n’en est pas question ».

Le sénateur de l’Ardèche, Mathieu Darnaud, qui a succédé à Bruno Retailleau à la présidence du groupe LR, ne cachait pas non plus avoir de sérieux doutes. « Nous l’avons clairement dit, nous sommes favorables à la décentralisation. En revanche, nous ne voulons pas multiplier les droits d’exception, c’est-à-dire avoir des collectivités qui fonctionnent différemment. […] L’unité de la République, nous y sommes très attachés », prévenait le sénateur LR, ajoutant que « la ligne rouge au Sénat a été clairement rappelée par le président Larcher, le président Retailleau, c’est que la fabrique de la loi doit rester au Parlement ». Depuis, Michel Barnier, membre comme eux des LR, est devenu premier ministre. On verra si l’arrivée de la droite au pouvoir a fait évoluer l’état des réflexions.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
9min

Politique

« Je serai le Président de l’ordre, de la justice et de la fierté française » : Bruno Retailleau se déclare candidat à la présidentielle de 2027

Le président des LR se lance dans la course pour 2027. « J’ai pris la décision d’être candidat à l’élection présidentielle » a annoncé l’ancien ministre de l’Intérieur, assurant ne pas vouloir être chef de l’Etat « par obsession du pouvoir, mais par sens du devoir ». Une décision que l’ancien président du groupe LR du Sénat a « mûri » petit à petit. Mais selon ses proches, il a en réalité décidé d’y aller « il y a déjà plusieurs mois ».

Le

« Regards croisés allemand et polonais sur les grands dossiers européens »
4min

Politique

Union européenne : au Sénat, des acteurs allemands et polonais appellent à « améliorer notre capacité à se défendre sans divorcer avec les Etats-Unis »

L’année 2026 célèbre le 35e anniversaire du Triangle de Weimar, une coopération entre la France, l’Allemagne et la Pologne basée sur le renforcement du dialogue politique entre les trois pays. Pour l’occasion, la commission des affaires européennes du Sénat a invité deux représentants de think tanks allemand et polonais, ce jeudi 12 février, pour croiser leurs regards sur une actualité européenne sous tension : les offensives de Donald Trump et la montée de l’extrême-droite sur le Vieux Continent.

Le

Paris: no-confidence debate in French parliament
5min

Politique

Programmation pluriannuelle de l’énergie : la feuille de route de Sébastien Lecornu coûte-elle 300 milliards comme l’affirme le RN ?

Sébastien Lecornu a détaillé la nouvelle feuille de route énergétique de la France, très attendue depuis 3 ans.  La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui prévoit une relance du nucléaire et la poursuite du développement des énergies renouvelables est estimée par le Rassemblement national à un minimum de 300 milliards d’euros. Un calcul démenti par les experts.

Le