Autonomie de la Guadeloupe : Sébastien Lecornu s’explique sur ses propos polémiques
Le ministre des Outre-mer a profité d’un débat sur la situation des territoires ultramarins au Sénat pour revenir sur sa déclaration concernant l’autonomie de la Guadeloupe. Il assure avoir voulu mettre certains élus locaux face à leurs contradictions.

Autonomie de la Guadeloupe : Sébastien Lecornu s’explique sur ses propos polémiques

Le ministre des Outre-mer a profité d’un débat sur la situation des territoires ultramarins au Sénat pour revenir sur sa déclaration concernant l’autonomie de la Guadeloupe. Il assure avoir voulu mettre certains élus locaux face à leurs contradictions.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

5 min

Publié le

« Je les ai pris au mot. » Lors d’un débat organisé au Sénat sur la situation des territoires d’Outre-mer, Sébastien Lecornu est revenu sur sa déclaration polémique concernant l’autonomie de la Guadeloupe. Face à la crise protéiforme qui secoue les Antilles, le ministre des Outre-mer avait évoqué l’ouverture d’un débat sur l’autonomie de la Guadeloupe. Des propos qui ont fait bondir l’opposition d’un bout à l’autre de l’échiquier politique (voir notre article).

Face aux sénateurs, le ministre des Outre-mer revient sur cette séquence. Concernant les crispations sur l’obligation vaccinale et le passe sanitaire, il évoque une forme d’exaspération devant « certains élus de premier plan qui vous disent que ce sont les Guadeloupéens qui doivent décider pour la Guadeloupe et pas les sénateurs et députés à Paris ».

Refus de l’obligation vaccinale : « Une crise démocratique et principielle »

« On entre dans un débat qui n’a rien à voir avec la différenciation. C’est là où j’ai pris au mot ces élus », explique-t-il. Le ministre des Outre-mer voit même une « crise démocratique et principielle » dans ce refus d’appliquer des lois votées par le Parlement.

Il faut dire que ces mesures sanitaires ont agi comme un détonateur aux Antilles, les revendications s’élargissant très vite au coût exorbitant de la vie sur place ou au chômage endémique des jeunes. A la tribune de l’hémicycle, les sénateurs ont d’ailleurs énuméré les graves difficultés subies dans ces territoires. Il est admis par tous que la défiance à l’égard du vaccin est avant tout un révélateur de problématiques très ancrées.

Aussi, la réponse sécuritaire du gouvernement a été interrogée par certains sénateurs de gauche. « Après l’utilisation d’armes à feu, il est légitime que l’Etat rétablisse l’ordre. Mais l’image du GIGN venant mettre fin à une révolte populaire est pour le moins désastreuse », estime le président du groupe écologiste, Guillaume Gontard. A l’inverse, la sénatrice LR, Agnès Canayer, a jugé « essentiel de renforcer la sécurité publique en Outre-mer pour éviter la répétition de scènes de violences, comme celles qui nous ont tant choqués ces derniers jours ».

Le gouvernement a, en effet, choisi de faire intervenir une cinquantaine de membres des forces d’élite du GIGN et du Raid. Une image qui a pu choquer mais que le ministre des Outre-mer assume :

« La première des crises est tout de même une crise de l’ordre public »

Sébastien Lecornu assure que parmi les manifestants se cachent des « voyous » et évoque « le réveil du grand banditisme ». « Il y a malheureusement une tradition autour des trafics de drogues dans les Caraïbes […] Ces individus ont profité de contestations sociales pour commettre des méfaits sur les biens et des atteintes inédites sur les fonctionnaires de police et les militaires de la gendarmerie », affirme le ministre.

« Une centaine de coups de feu ont été tirés sur les forces de police et les militaires de la gendarmerie, les renforts du Raid et du GIGN s’expliquent en cela », justifie-t-il. Dans l’hémicycle, ce mercredi 1er décembre, le ministre de l’Intérieur déplorait, lui, « une cinquantaine de policiers et de gendarmes blessés, dont un grièvement ». Gérald Darmanin a également fait état de « plus de 150 interpellations » (lire notre article).

Une visite express qui ne passe pas

Absent pour des raisons personnelles, le sénateur guadeloupéen, Victorin Lurel, a toutefois réussi à faire entendre son mécontentement concernant le déplacement du ministre. L’ancien ministre des Outre-mer a fustigé « le choix délibéré d’une visite express, d’une symbolique militaire, d’une posture martiale et autoritariste ». Une attitude qui constitue « une grave erreur politique ».

Sébastien Lecornu a passé, montre en main, 24 heures en Guadeloupe. Les discussions avec l’intersyndicale ont tourné court, le ministre des Outre-mer se disant « plus que choqué » par la demande de libération des personnes condamnées pour violence, après plusieurs jours de fortes tensions.

« Vous ne pouvez ignorer que cela a braqué, a choqué et surtout - et c’est le plus grave - légitimé l’action politique de ceux qui ne sont pas là pour discuter. Ce malheureux épisode n’a fait que renforcer la stratégie de pourrissement voulue par certains », a encore accusé l’ancien ministre socialiste. En réponse, Sébastien Lecornu a dénoncé « la stratégie de la chaise vide » de certains élus antillais. Un débat visiblement abîmé, mais qui devra bien se tenir pour trouver des voies de sorties de crise.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Autonomie de la Guadeloupe : Sébastien Lecornu s’explique sur ses propos polémiques
3min

Politique

Taxer les riches : « C’est totalement indécent cet accaparement de la richesse par quelques-uns au détriment du reste de la population », dénonce cette eurodéputée

Faut-il taxer davantage les plus fortunés ? Après avoir agité le débat en France, le sujet s’invite désormais dans les couloirs du Parlement Européen. Si imposer davantage les plus riches et des multinationales permettrait de renforcer le budget de l’Union, à quel prix et par quels moyens ? Caroline de Camaret et Alexandre Poussart reçoivent les eurodéputés Marina Mesure et Yvan Vergoustraete pour en débattre, dans l’émission Ici l’Europe diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le

Autonomie de la Guadeloupe : Sébastien Lecornu s’explique sur ses propos polémiques
5min

Politique

Budget 2026 : le Sénat vote l’accélération de la suppression de la CVAE

Lors des débats budgétaires, la majorité sénatoriale a poursuivi sa politique de réduction des impôts, en accélérant la trajectoire de suppression de la CVAE, un impôt de production. La gauche dénonce une « irresponsabilité » budgétaire supplémentaire, qui diminue les recettes de l’Etat d’1 milliard en 2026 et de 3 milliards en 2028.

Le

Autonomie de la Guadeloupe : Sébastien Lecornu s’explique sur ses propos polémiques
4min

Politique

Centres-villes : « Je suis inquiet de voir que tous les commerces disparaissent. Que va devenir notre ville ? » L’appel d’un retraité aux sénateurs.

Jean-Claude Ducarois, 81 ans, retraité à Pont-de-Buislès, livre ses préoccupations. Dans sa commune du Finistère, le dernier commerce alimentaire, une petite supérette, a fermé ses portes quelques semaines seulement après la station-service. Comment inverser la tendance, et que peuvent les élus ? Quentin Calmet pose la question aux sénateurs invités de l’émission Dialogue citoyen.

Le

Mirecourt: French president Emmanuel Macron
6min

Politique

Macron veut interdire les portables au lycée : mesure qui « va dans le bon sens » ou « peine perdue » ?

Le chef de l’Etat a annoncé que les téléphones portables allaient « sans doute » être interdits dès la rentrée prochaine dans les lycées. C’est « faisable », soutient le sénateur Renaissance Martin Lévrier. « Il est incorrigible. C’est une annonce par jour pour exister », raille le sénateur LR Max Brisson, opposé à l’interdiction au lycée. « Une annonce un peu surréaliste » qui élude les vrais problèmes, dénonce la sénatrice PS Colombe Brossel.

Le