Avec ou contre Macron ? Les Républicains toujours divisés

Avec ou contre Macron ? Les Républicains toujours divisés

Au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron, deux lignes s’opposent chez les LR. Certains, comme Bruno Le Maire, sont prêts à faire partie de la majorité Macron. François Baroin menace de nouveau d’exclure ceux qui franchiront le pas. Avec peu de succès.
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La victoire d’Emmanuel Macron ne change rien pour la droite : c’est compliqué. Les Républicains sont toujours dans la même situation que la semaine dernière, à savoir divisés sur l’attitude à avoir à l’égard du nouveau Président. D’un côté ceux qui sont prêts à marcher aux côtés d’Emmanuel Macron. Essentiellement des juppéistes et les proches de Bruno Le Maire. De l’autre  ceux qui veulent rester dans l’opposition, ou dans une cohabitation. Soit les sarkozystes et fillonistes.

Dès hier soir, Bruno Le Maire a de nouveau fait une offre de service. « Oui, je pourrais travailler dans une majorité de gouvernement », a réaffirmé l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy et François Fillon sur RTL. « Ca dépend des gestes que fera Emmanuel Macron en direction de cet électorat auquel j'appartiens », « tous ceux qui estiment qu'il faut faire plus pour la sécurité », « des gestes en ce qui concerne la montée de l'islam politique dans ce pays », « sur l'éducation », « sur la culture française », a expliqué le député de l'Eure, qui a indiqué avoir eu des contacts avec Emmanuel Macron. « Si c'est un socialiste qui est premier ministre, il n'y a aucune recomposition, enfin on est dans la vieille politique ! (...) Dans ce cas-là, Emmanuel Macron sera l'héritier de François Hollande », a-t-il mis en garde.

« Si Bruno Le Maire rejoint le gouvernement dans une dizaine de jours, de fait il quitte la famille »

Un peu plus tard, François Baroin l’a remis à sa place. Celui qui joue le chef de file des Républicains pour la campagne des législatives a lui aussi répété ses menaces de sanctions, déjà proférées la semaine dernière.

« Si Bruno Le Maire rejoint le gouvernement dans une dizaine de jours, de fait il quitte la famille, de fait il appartient à En Marche! » a mis en garde le sénateur-maire de Troyes sur France 2. Ceux qui rejoindront Macron, « la vérité, c’est qu’ils s’excluront tout seul de la famille, c’est une autre histoire. Naturellement qu’il y aura des candidats contre ceux qui rejoindraient Emmanuel Macron dans le gouvernement ou ceux qui voudraient éventuellement avoir l’investiture En Marche. Il n’y aura pas de double-investiture. Ils seront En marche pour une majorité présidentielle ou ils seront LR-UDI pour une majorité pour la France. Il n’y aura aucune ambiguïté » a ajouté François Baroin, qui insiste : « Si Bruno Le Maire, ou tout autre candidat, entre au gouvernement et s'il est candidat aux législatives, il aura (face à lui) un candidat LR ou UDI, lui et tous les autres ».

« On ne peut pas être dehors quand il fait beau et dedans lorsqu'il pleut, on est d'un coté ou de l'autre, il faut assumer », a ajouté de son côté Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée nationale, interrogé sur BFM-TV

Sur RTL, le député Eric Woerth, qui a chapeauté le projet des LR pour les législatives qui doit être validé demain en bureau politique, a appelé les Français à choisir la cohabitation. « M. Macron se dit ni de gauche, ni de droite. Nous, nous voulons lui donner une majorité claire de droite et du centre » a-t-il affirmé.

Raffarin pour que Macron ait un gouvernement « yin et yang »

Les rappels à l’ordre de François Baroin sonnent apparemment dans le vide. Dès lundi matin, l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin a plaidé sur France 2 pour qu'Emmanuel Macron ait un gouvernement « yin et yang », composé à la fois de « têtes nouvelles » et de gens d'expérience. « La France n'a pas intérêt à l'échec de M. Macron » car « qui profiterait d'un échec d'Emmanuel Macron ? Les extrêmes, Mélenchon, Le Pen » selon le sénateur. Ce juppéiste considère qu'« il faudra en effet aider la France à réussir ». « Pour cela la droite et le centre doivent avoir des députés, doivent pouvoir compter, doivent pouvoir peser, soutenir les politiques qui vont dans le bon sens : la construction européenne, la politique de l'offre, la politique des entreprises pour l'emploi », a-t-il détaillé.

Sur Public Sénat, la sénatrice juppéiste Fabienne Keller, qui avait été l’une des premières à évoquer après le premier tour l’idée d’une coalition avec En marche !, s’est de nouveau dite ouverte à cette hypothèse. « On attend les preuves d’amour, le actes. (…) Il faut rassembler toutes celles et ceux prêts à faire des efforts sur les questions de marché du travail, les questions européennes » a-t-elle souligné (voir la vidéo ci-dessus).

Christian Estrosi, président de Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui se montre aussi ouvert à Macron, a averti lundi son parti sur la ligne à suivre pour les législatives. Il s’oppose aussi à l’idée d’exclusions. « Le premier mot dans ma famille politique, au lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron, ça doit être rassemblement, ça ne devrait pas être exclusion. Si on part sur le mot exclusion plutôt que sur le mot rassemblement, c'est la radicalisation pour les législatives telle que nous l'avons eue pour la présidentielle, et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, vous avez l'échec assuré », a estimé Christian Estrosi sur CNews.

Le député-maire LR du Havre Edouard Philippe à Matignon ?

Tout en indiquant qu'il « soutiendrait » les candidats de la droite et du centre aux législatives, Alain Juppé a salué la « très belle victoire » d'Emmanuel Macron, « celle des valeurs républicaines ». En fonction de la majorité issue des législatives, « il appartiendra au président de la République de prendre les initiatives qui s'imposent, et ce sera le moment, bien sûr, de prendre à notre tour nos propres responsabilités », a ajouté le maire de Bordeaux.

Les juppéistes sont nombreux à se laisser tenter par le leader d’En marche !. L’un de ses proches, le député-maire du Havre, Edouard Philippe, est même cité comme possible premier ministre… Il serait une prise de choix. Il coche toutes les cases : renouvellement, jeune en politique (46 ans), connaissance de la procédure parlementaire et de centre-droit. Ce qui aurait l’avantage d’accélérer l’explosion des LR et la recomposition qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux.

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