Aymeric Caron : « Je prône une société dans laquelle il y aurait très peu de lois »
Invité de l’émission « On va plus loin », le journaliste et écrivain Aymeric Caron vient défendre le retour à l’utopie comme modèle de société.

Aymeric Caron : « Je prône une société dans laquelle il y aurait très peu de lois »

Invité de l’émission « On va plus loin », le journaliste et écrivain Aymeric Caron vient défendre le retour à l’utopie comme modèle de société.
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On a plus l’habitude de le voir dans des polémiques sur les plateaux télé ou les réseaux sociaux mais Aymeric Caron écrit aussi des livres. Après avoir réfléchi sur l’écologie et les droits des animaux, il revient avec « Utopia XXI » (Editions Flammarion).

Le journaliste est parti du livre « Utopia » de Thomas More, philosophe et homme politique du 16e siècle : « [Thomas More] avait inventé un mot et une île imaginaire sur laquelle régnait un gouvernement parfait et il était extrêmement visionnaire à l’époque. Il avait imaginé des choses impensables il y a cinq siècles : l’égalité homme-femme, la solidarité (…) la sécurité sociale, la retraite, même les droits des animaux (…) Lorsqu’il a sorti ce livre on a dû bien évidemment le traiter de fou » explique-t-il.

L’idée d’Aymeric Caron a donc été de vouloir revenir sur l’île imaginée par Thomas More et de voir ce qui aurait pu changer à l’aune de notre époque.  

Pour le journaliste, « le problème (…) c’est qu’aujourd’hui, on n’a plus d’utopie » : « Cette capacité à imaginer un monde politique, une société qui soit radicalement différente de celle dans laquelle on vit. Et c’est ce que j’ai tenté de faire dans ce livre en se disant : Mais quels sont les fondamentaux que l’on a oubliés ? (…) Est-ce que finalement le but des politiques n’est pas de chercher le bonheur de tous ? » s’interroge-t-il.

«  On voit très bien qu’énormément de choses qui décident de notre quotidien sont choisies, votées par des gens que l’on ne connaît même pas  »

Ce bonheur que la société ne nous permet pas d’atteindre : « On nous fait croire que l’on choisit beaucoup de choses qu’en réalité, on ne choisit pas (…) on voit très bien qu’énormément de choses qui décident de notre quotidien sont choisies, votées par des gens que l’on ne connaît même pas (…) On nous fait croire que nous sommes dans une démocratie parfaite où chacun s’exprime, choisit…et pas du tout en réalité. Je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à améliorer pour parvenir à ce bonheur » estime-t-il.   

Et cela passe, notamment,  par une réinvention du droit actuel : « Je prône une société dans laquelle il y aurait en réalité très peu de lois » affirme l’écrivain. «  En France, on est spécialiste des codes énormes avec des réglementations pour absolument tout. Thomas More, déjà à l’époque, prônait une société dans laquelle il y aurait très peu de lois. Mais avec à chaque fois une règle essentielle : être libre le plus possible tant que ma liberté ne nuit pas à celle des autres ».

Dans son livre, Aymeric Caron fait le constat inquiétant que nos sociétés sont dominées par le faux. Que ce soit pour l’argent, le travail, la liberté, l’égalité… : « 90% de l’argent qui est en circulation est de l’argent scriptural. C’est du vide, de l’argent qui n’existe pas, qui est créée sur du crédit (…) Le cas Drahi par exemple [Patrick Drahi, patron d’Altice NDLR], aujourd’hui nous prouve bien que l’argent n’existe pas. On a quand même l’une des plus grosses fortunes de France qui est l’un[e] des plus endetté[e] du pays ».  

Et même l’amour est touchée par ce fléau : « L’argent (…) la réussite, le devoir absolu de s’imposer professionnellement  [ont] pris une telle place dans notre société (…) que ça corrompt même les relations humaines (…) On va avoir tendance à privilégier les relations utiles, que ce soit sur le plan amical ou amoureux ».

Un programme politique ?

A la question de savoir si cet ouvrage ne serait pas un programme politique, Aymeric Caron répond par la négative : « Ce sont des propositions. Non pas pour moi me lancer en politique, mais en revanche je voudrais alimenter le débat qui me paraît extrêmement pauvre aujourd’hui. Car quoiqu’on dise réellement, tout tourne toujours autour de la croissance, du PIB, du plein emploi.  Des notions qui sont aujourd’hui complètement dépassées (…) Lorsque l’on dit de l’utopiste que c’est celui qui rêve, qui ne voit pas la réalité telle qu’elle est, je pense qu’on a tout faux ».

 

OVPL : interview en intégralité d'Aymeric Caron
08:56

Interview d'Aymeric Caron en intégralité

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