Bac de philo : les sénateurs dissertent eux aussi
Avant l’épreuve du grand oral qui aura lieu à partir du 20 juin prochain, les terminales de la filière générale ont planché sur l’un des trois sujets proposés de l’épreuve tant attendue de philosophie. Au Palais du Luxembourg, quelques sénateurs ont accepté de se prêter au jeu de l’exercice de la dissertation.

Bac de philo : les sénateurs dissertent eux aussi

Avant l’épreuve du grand oral qui aura lieu à partir du 20 juin prochain, les terminales de la filière générale ont planché sur l’un des trois sujets proposés de l’épreuve tant attendue de philosophie. Au Palais du Luxembourg, quelques sénateurs ont accepté de se prêter au jeu de l’exercice de la dissertation.
Public Sénat

Par Louis Dubar

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Ce matin 15 juin sous une chaleur caniculaire, les terminales de la filière générale devaient choisir entre trois sujets, deux dissertations et un commentaire de texte. « Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ? » « Revient-il à l’Etat de décider de ce qui est juste ? » ou un extrait de l’Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique d’Antoine-Augustin Cournot. Pour Public Sénat, les sénateurs, Pierre Ouzoulias, Max Brisson et Esther Benbassa ont accepté de disserter sur les sujets proposés aux futurs bacheliers.

L’actu au service des sénateurs

« Ce sont des sujets passionnants, il aurait été très intéressant que les candidats à l’élection présidentielle planchent également sur ces thématiques en lien avec l’actualité. Des sujets sur lesquels la campagne a été totalement muette », précise le sénateur communiste Pierre Ouzoulias à Publicsénat.fr. L’élu des Hauts-de-Seine cite le faible temps de parole consacré à la culture par les différents candidats ou encore le travail de la commission d’enquête sur les cabinets de conseil qui aurait dévoilé selon lui une certaine vision de l’Etat. Pour le sénateur LR Max Brisson, professeur d’histoire dans le secondaire et ancien Inspecteur général de l’Education Nationale, il ne faut pas voir le spectre de la politique ou de l’actualité derrière les sujets du bac philo. « J’ai plusieurs fois engagé ma signature sur des sujets du baccalauréat. Les sujets correspondent à des programmes et aux sujets des années passées […]. Ils ne sont pas forcément conçus en fonction de l’actualité récente. Les sujets ont suffisamment de hauteur pour permettre aux candidats de s’affranchir de l’actualité. »

A la question, « revient-il à l’Etat de décider de ce qui est juste ? » La sénatrice Esther Benbassa considère que ce n’est pas à l’Etat de décider de manière unilatérale. Le juste « se définit par tout ce qui compose une société, le peuple, les intellectuels, les activistes et les acteurs sociaux. Le gouvernement ne prend pas toujours des décisions justes. » Elle se félicite également de l’engagement des jeunes générations en faveur de décisions justes notamment sur des enjeux climatiques. L’élue salue un sujet qui aiguise « l’esprit critique. » Professeur d’histoire-géographie dans le secondaire, le sénateur Max Brisson livre une réflexion philosophique sur l’histoire contemporaine. « Il n’y a que dans les Etats totalitaires que l’Etat définit le bien ou le mal et fixe une morale unique. Le XXème siècle a été le siècle des totalitarismes. Ces régimes ont défini le juste en fonction des valeurs d’un parti. Au XXIème siècle, les régimes illibéraux conservent toujours cette tentation. » Pour le sénateur Ouzoulias, il convient de distinguer l’Etat, une notion administrative et juridique du gouvernement responsable des lois et des décisions politiques, économiques ou sociales. L’élu communiste prend comme exemple le combat pour l’égalité menée par le gouvernement qui défendrait « une égalité des chances. » « L’égalité des chances, ce n’est pas l’égalité des droits qui concerne tous les citoyens et implique une obligation de résultat et un objectif commun. Par exemple, un accès aux services publics », souligne-t-il.

Sur le deuxième sujet, l’élu communiste Pierre Ouzoulias répond par l’affirmative, il est évident selon lui que les pratiques artistiques aspirent à transformer le monde. « C’est même dans l’ADN de ma famille politique, les communistes ont toujours considéré la culture comme un outil d’insertion, d’éducation et d’émancipation à la fois par la beauté mais également en offrant un discours sur le monde différent de celui du politique. » Un avis également partagé par la sénatrice Esther Benbassa. « L’art change notre vision du monde, c’est un apprentissage de l’intime et de la pensée. On entre en communication avec les autres », explique-t-elle. Après les confinements à répétition et l’instauration de règles sanitaires strictes dans les lieux de diffusion, le milieu de la culture tourne au ralenti, « il est urgent de revenir à ces valeurs artistiques, du regard ou du toucher pour éveiller nos sens et notre regard sur le monde. » Moins inspiré sur ce sujet, le sénateur Max Brisson préfère rendre copie blanche. « Je risquerai d’enfoncer des portes ouvertes », explique-t-il. « La philosophie est une matière qui m’inspire mais je suis plus à l’aise sur les questions en lien avec la philosophie politique et l’organisation de la cité. »

Bientôt les premières instances de philosophie organisées au Sénat ?

La philosophie est une discipline qui anime toujours le sénateur des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias, plusieurs décennies après avoir décroché son diplôme du bac. « J’ai continué à en faire après le Lycée. Je propose d’inclure la philosophie dans la formation des sénateurs en proposant une réflexion sur le rôle des institutions dans l’Etat, des fonctionnaires et de sénateurs », ironise l’élu. « Je souhaite présenter au président du Sénat les premières instances sénatoriales de philosophie, on convoquerait chaque mois dans l’hémicycle un philosophe », explique-t-il.

 L’ex-ministre Jean-Michel Blanquer aura réussi ce tour de passe-passe, de marginaliser les mathématiques et d'affaiblir la philo. 

Plus à l’aise sur le terrain politique, Max Brisson se désole du fait que l’épreuve de philosophie soit tombée en désuétude au fil des années. « L’ex-ministre Jean-Michel Blanquer aura réussi ce tour de passe-passe, de marginaliser les mathématiques et d'affaiblir la philo. Cette épreuve autrefois charnière dans le cursus des élèves ne compte plus pour grand-chose et dispose d’un coefficient réduit [La philosophie représente un coefficient 8 pour les élèves de filière générale sur un total de 100, ndlr]. Il faut un ministre ayant la volonté de préserver cette spécificité nationale, symbole du cartésianisme à la française », précise le sénateur LR.

 

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