Bayrou-Macron, une alliance fructueuse mais chaotique
Allié depuis quatre mois à Emmanuel Macron, François Bayrou, qui s'attribue volontiers la victoire présidentielle, y a gagné un...

Bayrou-Macron, une alliance fructueuse mais chaotique

Allié depuis quatre mois à Emmanuel Macron, François Bayrou, qui s'attribue volontiers la victoire présidentielle, y a gagné un...
Public Sénat

Par Déborah CLAUDE

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Allié depuis quatre mois à Emmanuel Macron, François Bayrou, qui s'attribue volontiers la victoire présidentielle, y a gagné un groupe parlementaire pour son parti, le MoDem, au prix de crispations dans le camp du chef de l'Etat qu'il veut néammoins continuer "d'aider".

Chargé de porter la loi sur la moralisation de la vie publique en tant que ministre de la Justice, François Bayrou a trébuché après un mois à peine au gouvernement.

Voyant son parti visé par une enquête préliminaire sur les assistants parlementaires de ses députés européens -- rares élus qui lui restaient depuis 2007 -- il a jeté le gant mercredi matin quelques heures avant l'annonce du remaniement.

Après avoir rendu visite au groupe parlementaire MoDem à l'Assemblée, il a expliqué mercredi, depuis le siège du parti qu'il ne voulait "pas exposer" le gouvernement et le président de la République à "des campagnes mensongères".

"Je n'accepte pas de vivre sans liberté de parole", a-t-il argumenté.

Marielle de Sarnez, son bras droit depuis des années, quitte elle aussi le gouvernement pour prendre la tête du groupe MoDem à l'Assemblée, composé de 42 députés. La veille, c'était Sylvie Goulard, députée européenne MoDem, qui démissionnait de son poste de ministre des Armées.

Mercredi soir ont été nommés au gouvernement deux MoDem: la sénatrice Jacqueline Gourault (ministre auprès du ministre de l'Intérieur), fidèle de toujours de François Bayrou, et la maire de Mont-de-Marsan Geneviève Darrieussecq (secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées).

Le départ de M. Bayrou? "Un choix personnel" qui "simplifie la situation", a réagi Christophe Castaner, porte-parole de l'équipe d'Edouard Philippe.

L'allié centriste était devenu bien encombrant.

Renonçant à une quatrième candidature présidentielle, François Bayrou avait rejoint Macron mi-février. Il estime que son apport a été décisif pour sa victoire présidentielle, à un moment où M. Macron connaissait un passage à vide.

L'arrivée de cet ancien ministre d'Edouard Balladur et centriste médiatique avait fait grincer quelques dents chez les premiers fidèles de Macron et les jeunes loups d'En Marche.

Son départ, conjugué à ceux de Mmes de Sarnez et Goulard, conclut un mois et demi de tensions débutées pendant les investitures aux législatives.

Mécontent du sort réservé à son parti, François Bayrou avait poussé un grand coup de gueule. L'affaire, qui avait créé des tensions entre M. Bayrou et Richard Ferrand, alors secrétaire général d'En Marche!, s'était finalement dénouée à Lyon entre le maire Gérard Collomb, soutien de la première heure de M. Macron, et le sénateur du Rhône Michel Mercier, proche de M. Bayrou.

- "Beaucoup d'affect" -

Une fois nommé Garde des Sceaux, François Bayrou ne tarde pas à se faire rappeler à l'ordre par le Premier ministre Edouard Philippe après avoir passé un coup de fil à Radio France au sujet d'une enquête sur les assistants parlementaires du MoDem.

Un appel qu'il justifie en tant que "citoyen". Le rappel à l'ordre de M. Philippe ne suffira pas à impressionner M. Bayrou, qui prévient qu'il n'a pas l'intention de se taire.

"Il a des qualités qui peuvent être utiles. Maintenant, il y a des règles quand on est au gouvernement", critiquait la semaine dernière un élu LR. Défier Edouard Philippe ? "Il ne le fera pas deux fois", affirmait cet élu de la mouvance des "constructifs".

Au MoDem, l'affaire des emplois fictifs est considérée comme une "vengeance", lancée par d'anciens salariés, en particulier celui qui de son propre chef a envoyé un courrier au parquet de Paris, et a quitté en délicatesse en 2014 le MoDem pour rejoindre Anne Hidalgo à la mairie de Paris.

François Bayrou a fustigé ces "dénonciations anonymes".

Un de ses anciens compagnons de route n'est quant à lui pas étonné de ses imprudences téléphoniques alors même qu'il était Garde des Sceaux.

"Il met beaucoup d'affect dans ses relations personnelles et dans la politique", relève-t-il. "Psychologiquement pour lui, c'est très compliqué: la recomposition qui arrive, c'est une aspiration de Bayrou en 2007 et à la réalisation, ce n'est pas lui", décrypte-il.

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